Israël en guerre - Jour 150

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Les otages libérées racontent une détention qui s’est dégradée au fil du temps

Ruti Munder, 78 ans, raconte que la nourriture est lentement devenue plus rare ; les captifs dormaient sur des chaises en plastique ou sur le sol dans une pièce obscure

Ruthie Munder, au centre, à son retour en Israël avec sa fille, Keren Munder, derrière elle, le 24 novembre 2023. (Autorisation)
Ruthie Munder, au centre, à son retour en Israël avec sa fille, Keren Munder, derrière elle, le 24 novembre 2023. (Autorisation)

Une otage israélienne libérée par le Hamas a fait savoir dans un entretien qu’elle avait initialement été bien nourrie pendant sa captivité mais que les conditions de sa détention s’étaient rapidement détériorées et que les otages avaient alors connu la faim. Elle était gardée captive dans une pièce « étouffante » et elle dormait sur des chaises en plastique alignées les unes à côté des autres, avec un drap pour se couvrir.

Au cours de l’un des tous premiers entretiens avec une otage libérée, Ruti Munder, 78 ans, a déclaré devant les caméras de la Treizième chaîne qu’elle était restée en permanence avec sa fille, Keren, et son petit-fils, Ohad Munder-Zichri, qui a fêté son neuvième anniversaire dans les geôles du Hamas, pendant sa détention. Son récit, qui a été diffusé lundi, vient s’ajouter aux quelques informations qui ont d’ores et déjà filtré sur la vie des captifs à Gaza.

Munder avait été enlevée, le 7 octobre, alors qu’elle se trouvait dans son habitation à Nir Oz, un kibboutz du sud d’Israël. Son époux, Avraham, qui est aussi âgé de 78 ans, se trouve encore entre les mains du groupe terroriste. Son fils a été tué dans l’attaque du 7 octobre.

Initialement, les otages mangeaient « du poulet avec du riz, toutes sortes de boîtes de conserve et du fromage », a raconté Munder lors de son entretien avec la Treizième chaîne. « On allait bien ».

Ils buvaient du thé matin et soir, et les enfants avaient droit à des friandises. Mais ce menu a changé « quand la situation économique n’a plus été bonne et à ce moment-là, nous avons connu la faim ».

Munder, qui a été remise en liberté vendredi, est revenue en bonne condition physique, comme cela a été le cas également des autres captifs rapatriés en Israël – qui ont toutefois significativement perdu du poids. Mais Elma Avraham, 84 ans, a pour sa part été hospitalisée alors qu’elle se trouvait entre la vie et la mort parce qu’elle n’avait pas bénéficié des soins appropriés pendant sa détention, ont annoncé les médecins. Une autre jeune femme a subi une intervention chirurgicale.

Elma Avraham. (Autorisation)

La majorité des otages sont restés à l’abri des regards depuis leur retour. La plus grande partie des détails de l’épreuve qu’ils ont vécue pendant cinquante jours en moyenne ont été donnés par des proches.

Munder, qui a confirmé les récits livrés par les familles des autres captifs, a raconté que les otages dormaient sur des chaises en plastique. Elle avait un drap pour se couvrir – mais ce n’était pas le cas de tous.

Les garçons discutaient jusqu’à une heure avancée de la soirée, les petites filles pleuraient, a-t-elle ajouté. Certains jeunes dormaient à même le sol.

Elle se réveillait tard – une manière d’aider à passer le temps. La pièce dans laquelle ils étaient enfermés était « étouffante » et il leur était interdit d’ouvrir les stores – mais elle était parvenue à forcer une fenêtre.

« C’était très dur », a-t-elle continué.

Le récit de Munder a été rendu public alors qu’Israël et le Hamas ont convenu de prolonger leur trêve. Les deux parties ont procédé à des échanges – un otage civil innocent contre trois prisonniers palestiniens incarcérés au sein de l’État juif pour atteinte à la sécurité nationale – dans le cadre d’un accord qui a entraîné une pause dans les combats à Gaza. L’accord prévoit aussi une augmentation de l’aide humanitaire livrée au sein de l’enclave côtière.

Ohad Munder retrouve son père et son frère à son retour de captivité de Gaza, le 25 novembre 2023. (Crédit : Hôpital Schneider)

Israël avait déclaré la guerre au groupe terroriste suite à l’attaque du 7 octobre – des milliers d’hommes armés étaient entrés sur le territoire, dans le sud du pays, massacrant 1200 personnes et prenant 240 personnes en otage. Le ministère de la Santé de Gaza, placé sous l’autorité du Hamas, a indiqué que la guerre, depuis le 7 octobre, avait tué plus de 13 0000 Palestiniens. Des chiffres qui ne peuvent pas être vérifiés de manière indépendante et qui ne font pas la distinction entre les civils et les membres du groupe terroriste, et qui comptent aussi les victimes des roquettes défaillantes qui, lancées vers le territoire israélien, sont retombées dans la bande.

Munder a expliqué que le 7 octobre, elle avait été embarquée à bord d’un véhicule et emmenée à Gaza. Un homme armé les avait recouverts d’une couverture que son petit-fils avait amenée de la maison, ce qui, a-t-elle supposé, visait à les empêcher de voir les visages des terroristes qui évoluaient autour d’eux. Pendant sa captivité, elle a appris des terroristes du Hamas qui avaient écouté la radio que son fils avait été tué, selon le reportage de la Treizième chaîne.

Et pourtant, a-t-elle continué, elle a conservé l’espoir de pouvoir recouvrer la liberté.

« J’étais optimiste. J’avais compris que si nous étions arrivés jusqu’ici, nous serions libérés. J’ai compris que nous étions encore en vie parce que de l’autre côté, ils avaient tué tous les gens qu’ils voulaient à Nir Oz », a-t-elle expliqué.

Deux chaînes de télévision israéliennes, la Douzième chaîne et la Treizième chaîne, ont annoncé que le numéro un du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, s’était rendu auprès des otages dans un tunnel, leur garantissant qu’il ne leur serait fait aucun mal.

« Vous êtes plus en sécurité ici que n’importe où ailleurs. Rien ne vous arrivera », aurait-il dit selon deux sources qui ont livré une histoire identique et qui n’ont pas été identifiées par les chaînes.

Cette série de remises en liberté quotidiennes, qui a commencé vendredi, a été l’occasion, pour le groupe terroriste, de relâcher des femmes et des enfants. Ils ont subi des examens physiques et psychologiques dans des hôpitaux israéliens avant de pouvoir retourner chez eux.

Cette photo de famille non datée, fournie le 16 octobre 2023, de Maya Regev, 21 ans, et Itaï Regev, 18 ans pris en otage au Festival Supernova, le 7 octobre 2023. (Crédit : Regev Family via AP)

Mirit Regev dont la fille de 21 ans, Maya, a été libérée dimanche, a déclaré à la chaîne public Kan qu’il avait été conseillé à la famille de « lui rendre son pouvoir individuel » au cours de leurs interactions en lui demandant toujours la permission avant de faire quelque chose – quitter la pièce, par exemple. Le fils de 18 ans de Regev, Itai, est encore entre les mains du Hamas.

Itai Pessach, directeur de l’hôpital pour enfants Edmond et Lily Safra à l’hôpital Sheba, où un grand nombre des otages ont été pris en charge, a dit être optimisme dans la mesure où les otages se rétablissaient physiquement. Mais il a indiqué que les personnels entendaient « des récits très difficiles, très complexes, sur le temps passé par les otages en captivité », sans donner de détail.

« Nous avons conscience du fait que malgré leur santé physique qui s’améliore, il y aura un chemin très, très long à parcourir avant qu’ils ne se rétablissent vraiment », a-t-il continué.

Au cours d’un entretien distinct, la tante d’un captif de nationalité israélo-russe qui a été remis en liberté dimanche a raconté que son neveu avait échappé à ses ravisseurs et qu’il était resté caché pendant plusieurs jours dans la bande avait d’être capturé.

« Il a dit qu’il avait été kidnappé par les terroristes et qu’ils l’avaient emmené dans un bâtiment. Mais le bâtiment a été détruit par des bombardements israéliens et c’est là qu’il a pu prendre la fuite », a dit Yelena Magid, le tante de Roni Krivoi, au micro de Kan, lundi. « Il cherchait à aller jusqu’à la frontière mais je pense qu’il n’a pas eu les moyens de savoir exactement où il se trouvait et dans quelle direction prendre la fuite, il a eu beaucoup de difficultés ».

Il lui a confié, lors d’un entretien téléphonique, qu’il avait pu se cacher pendant environ quatre jours avant d’être découvert par les Palestiniens, a-t-elle continué.

« Ce qui nous a donné de l’espoir dès le début, c’est que c’est un jeune homme qui sourit toujours et qui peut se débrouiller dans n’importe quelle situation », a déclaré Magid.

Shoshan Haran, qui a été libérée de captivité par le Hamas samedi soir, a rencontré le président Isaac Herzog mardi, au bureau du président à Jérusalem. « Je suis ici mais un si grand nombre d’Israéliens sont encore là-bas », a commenté Haran. « Je n’ai pas encore l’image d’ensemble de ce qui s’est passé ici mais je sais que j’étais là-bas et que vous devez faire le maximum pour faire revenir tous les otages ».

Libéré par le Hamas, Eitan Yahalomi serre sa mère dans ses bras après avoir débarqué de l’hélicoptère, le 27 novembre 2023 (Crédit : Armée israélienne)

La tante d’Eitan Yahalomi, Devorah Cohen, a raconté aux médias français que son neveu de douze ans lui avait confié que pendant sa captivité, « chaque fois qu’un enfant pleurait, ils le menaçaient avec une arme pour qu’il se taise ».

« Les terroristes du Hamas l’ont forcé à regarder des films des atrocités, ce genre de film que personne ne souhaite voir, ils l’ont obligé à les regarder », a-t-elle poursuivi, faisant référence aux vidéos des actes de barbarie qui ont été commis par les hommes armés du groupe terroriste en date du 7 octobre dans les communautés du sud d’Israël.

Les proches de Yaffa Adar, 85 ans, qui a été relâchée vendredi dans la soirée, ont indiqué que l’octogénaire n’avait pas pris de douche et qu’elle n’avait pas changé de vêtement pendant sa captivité et que la veille de son départ seulement, de nouveaux habits lui avaient été donnés.

Les médias israéliens ont par ailleurs diffusé, lundi, des images d’Ori Megidish, une soldate israélienne qui avait été enlevée et qui avait été secourue par l’armée, à la fin du mois dernier. Elle déclare être heureuse dans cette séquence, faisant le vœu que tous les otages puissent être rapatriés.

« Je suis heureuse d’avoir retrouvé ma vie », s’exclame-t-elle.

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