Les Palestiniens demandent à Sissi la réouverture du carrefour de Rafah
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Les Palestiniens demandent à Sissi la réouverture du carrefour de Rafah

Les factions ont aussi demandé de donner l'ordre à l'armée égyptienne de ne plus harceler et humilier les passagers palestiniens arrêtés aux barrages militaires du Sinaï

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le poste-frontière de Rafah avec l'Egypte, sous le contrôle de l'Autorité palestinienne, dans le sud de la bande de Gaza, le 18 novembre 2017 (Crédit : AFP/Said Khatib)
Le poste-frontière de Rafah avec l'Egypte, sous le contrôle de l'Autorité palestinienne, dans le sud de la bande de Gaza, le 18 novembre 2017 (Crédit : AFP/Said Khatib)

Les factions palestiniennes de la bande de Gaza ont appelé lundi le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi à rouvrir le passage frontalier de Rafah en permanence et à mettre un terme aux « souffrances » de centaines de passagers bloqués.

Elles ont également appelé Sissi à donner l’ordre à l’armée égyptienne de ne plus harceler et humilier les Palestiniens arrêtés aux barrages militaires du Sinaï.

La semaine dernière, les autorités égyptiennes ont ouvert le carrefour de Rafah pendant trois jours (de mercredi à vendredi) pour la première fois depuis le début de l’année 2018. Toutefois, il a été refermé alors que l’Egypte lançait une opération militaire contre l’Etat islamique au Sinaï.

Depuis que le poste-frontière a fermé ses portes, ce sont des centaines de passagers palestiniens souhaitant entrer dans la bande de Gaza qui se sont retrouvés bloqués de l’autre côté de la frontière.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à gauche, avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, en 2014. (Crédit : AFP)

Les autres passagers ayant quitté l’enclave côtière par le passage frontalier, la semaine dernière, se sont trouvés dans l’incapacité de continuer leur voyage vers le Caire en raison des restrictions sévères imposées par les autorités égyptiennes. Ces passagers ont trouvé refuge dans les villes égyptiennes d’Al Arish et de Rafah.

Un groupe appelé le Comité de suivi des forces nationales et islamiques (dans la bande de Gaza) a envoyé un courrier à Sissi lui recommandant vivement l’ouverture permanente du carrefour.

Le groupe, qui représente des factions palestiniennes variées, a également déploré les mauvais traitements et les humiliations infligés aux Palestiniens aux points de contrôle militaires établis par l’armée égyptienne dans le Sinaï.

Cette opération a coïncidé avec une visite au Caire effectuée par une délégation du Hamas avec à sa tête le leader du groupe terroriste, Ismail Haniyeh.

Le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, en arrivant au passage transfrontalier de Rafah, en provenance d’Égypte après la réconciliation avec le mouvement Fatah négocié par les renseignements égyptiens, dans le sud de la bande de Gaza, le 19 septembre 2017 (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)

Cette délégation s’est entretenue avec des responsables de la sécurité égyptiens sur les moyens à mettre en place pour renforcer la coopération sécuritaire entre le Hamas et l’Egypte ainsi que sur l’allègement des restrictions imposées aux Palestiniens dans la bande de Gaza.

Dans leur lettre à Sissi, les factions palestiniennes ont demandé la création d’un mécanisme qui permettrait de « soulager les souffrances » des passagers traversant le poste frontalier de Rafah.

Elles ont indiqué qu’alors qu’elles étaient conscientes de « l’ampleur des défis sécuritaires dans le Sinaï et des efforts livrés par l’armée égyptienne dans la guerre contre le terrorisme », elles étaient également « profondément attristées par les récits de souffrances de passagers palestiniens arrêtés aux barrages militaires » égyptiens.

Les factions ont souligné que la majorité des passagers qui ont traversé la semaine dernière le carrefour de Rafah et qui ont été également touchés par les dures mesures de sécurité mises en place étaient des femmes, des enfants, des malades et des personnes âgées.

« Au nom de la population palestinienne, de nos sacrifices et du sang des martyrs, nous vous appelons à rouvrir le poste-frontière de Rafah et à faciliter les déplacements des Palestiniens, en particulier à travers les barrages militaires alors qu’ils quittent ou qu’ils entrent dans la bande de Gaza », lisait-on dans la missive.

Les voyageurs palestiniens bloqués du côté égyptien du poste-frontière de Rafah ont appelé lundi l’ambassade palestinienne au Caire à intervenir auprès des Egyptiens pour qu’ils prennent en charge cette situation critique.

Les portraits du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et du leader palestinien Mahmoud Abbas dressés au carrefour de Rafah avec l’Egypte, le 1er novembre 2017 (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Mohammed Al Wahaidi, l’un des voyageurs bloqués, a raconté que plus de 100 hommes, femmes et enfants qui avaient quitté la bande de Gaza vendredi se trouvaient entre les mains des autorités égyptiennes à environ 50 mètres du poste-frontière.

« Après avoir traversé le poste frontière de Rafah vers l’Egypte la semaine dernière, nous avons été tout à coup arrêtés par les barrages militaires égyptiens », a-t-il dit. « Depuis, on nous a empêchés de continuer notre voyage sans aucune justification ».

La situation des passagers bloqués est « dure et scandaleuse », a ajouté Wahidi.

« Ils dorment dans les rues et dans le froid. Personne ne sait que nous existons et personne n’est intervenu pour nous aider. J’espère que l’ambassade palestinienne au Caire va faire quelque chose pour nous aider à nous rendre au Caire ».

Une femme a écrit dans un message adressé à sa famille dans la bande de Gaza : « Nous sommes traités comme des animaux par les Egyptiens. Nous avons été laissés sans eau et sans nourriture ».

L’ambassadeur de l’Autorité palestinienne au Caire, Diab Al Louh, a indiqué être en contact avec les autorités égyptiennes pour résoudre cette crise.

Il a noté que de nombreux Palestiniens se sont trouvés dans l’incapacité de revenir dans la bande de Gaza en raison de la fermeture continue du carrefour de Rafah et de l’offensive militaire égyptienne contre les jihadistes dans le Sinaï. Des douzaines de voyageurs qui se rendaient dans la bande de Gaza sont également retenus à l’aéroport du Caire.

« La détresse des Palestiniens bloqués des deux côtés du poste-frontière de Rafah et à l’aéroport du Caire suite à la décision prise par les autorités égyptiennes de fermer le carrefour pour les passagers quittant et pénétrant dans Gaza constitue une tragédie pour un grand nombre de malades et d’étudiants bloqués » a averti l’observatoire des droits de l’Homme euro-méditerranéen.

Le groupe a noté que les autorités égyptiennes avaient permis à seulement 650 voyageurs coincés de rentrer dans la bande de Gaza lorsque le terminal de Rafah a été rouvert la semaine dernière. Des centaines d’autres Palestiniens se trouvent encore du côté égyptien de la frontière et ne peuvent pas la traverser.

« De plus, les autorités égyptiennes ont ordonné le retour à l’aéroport du Caire de plus de 44 véhicules qui transportaient des Palestiniens et elles ont refusé de les laisser entrer dans la bande de Gaza », a ajouté l’organisation.

« Euro-Med a reçu plusieurs déclarations émanant d’un certain nombre de Palestiniens actuellement retenus à l’aéroport du Caire qui disent que les personnels de sécurité maintiennent sur place, dans une seule pièce, environ 100 personnes, majoritairement des malades, des étudiants et des enfants, sans leur donner de nourriture, de boisson ou de couverture. La plupart ne peuvent se permettre de s’acheter à manger ».

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