Les partis orthodoxes menacent de ne pas soutenir Netanyahu en cas d’élection
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Les partis orthodoxes menacent de ne pas soutenir Netanyahu en cas d’élection

Les partis Yahadout HaTorah et Shas appellent le Likud et Kakhol lavan à faire des compromis concernant le vote du budget

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre), le ministre de l'Intérieur Aryeh Deri (à droite) et le ministre de la Santé de l'époque Yaakov Litzman (à gauche) participent à une conférence à Lod, le 20 novembre 2016. (Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre), le ministre de l'Intérieur Aryeh Deri (à droite) et le ministre de la Santé de l'époque Yaakov Litzman (à gauche) participent à une conférence à Lod, le 20 novembre 2016. (Kobi Gideon/GPO)

Des hauts responsables des deux partis ultra-orthodoxes auraient menacé d’abandonner leur partenariat politique de longue date avec le parti du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu si un désaccord sur le budget d’État emmenait Israël vers de nouvelles élections. En outre, un élu haredi a déclaré que son parti s’opposerait à toute mesure risquant de provoquer des élections anticipées.

Le Likud est actuellement à couteaux tirés avec le parti Kakhol lavan afin de déterminer s’il faut faire passer un budget d’un an, comme le demande le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ou un budget sur deux ans tel que soutenu par le ministre de la Défense Benny Gantz et inclus dans l’accord de coalition signé entre les deux partis.

Un échec à adopter un budget d’ici le 25 août entraînera des élections automatiques en novembre, ce qui serait le quatrième scrutin en moins de deux ans.

Les partis Shas et Yahadout HaTorah ont appelé Netanyahu et Gantz à faire un compromis et à ne pas laisser leur conflit mener vers de nouvelles élections en pleine épidémie de coronavirus.

Renforçant la pression, des hauts responsables de Yahadout HaTorah et du Shas ont été cités mardi par la chaîne publique Kan comme ayant affirmé que si Netanyahu refusait de faire un compris, les partis refuseront de soutenir publiquement le Premier ministre comme ils l’ont fait lors des dernières élections.

Ils ne soutiendront plus Netanyahu pour le poste de Premier ministre après l’élection, lui empêchant ainsi potentiellement d’obtenir le soutien nécessaire de 61 élus.

L’élu de Yahadout HaTorah Uri Maklev a déclaré au site d’information Ynet que son parti s’opposait à toute mesure qui entraînerait des élections.

« Nous ne participerons pas à entraîner des élections », a déclaré Maklev. « Si un projet de loi est déposé pour décaler la date butoir du budget, nous n’en ferons pas partie. »

Le député Likud, Miki Zohar, réagit lors d’une réunion de la commission d’organisation à la Knesset à Jérusalem, le 13 janvier 2020. (Hadas Parush/Flash90)

Le président du groupe du Likud Miki Zohar a balayé la menace d’un revers de la main.

« Je n’ai aucun doute que le bloc de droite sera préservé », a-t-il dit. « Je ne pense pas qu’il y ait une possibilité de coopérer avec les éléments de gauche. »

Mais Gantz a déclaré mardi dans un entretien avec le site internet Ynet que ses liens avec les partis ultra-orthodoxes étaient « excellents », ajoutant que les partis haredi voulaient un gouvernement « stable et continu ».

Gantz a déclaré que « toute personne qui ne s’en tient pas à l’accord [de coalition], qui a été signé il y tout juste trois mois, devra ensuite s’expliquer sur ce qui s’est passé. Les ultra-orthodoxes et tous les partenaires sont les garants du respect de l’accord.

« Je pense que des élections et le manque d’une stabilité économique ne sont bons pour personnes dans l’Etat d’Israël », a-t-il dit.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de la Défense Benny Gantz dirigent une réunion hebdomadaire du cabinet, au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 7 juin 2020. (Marc Israel Sellem)

Lundi, le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, qui dirige aussi le Shas, a demandé au Likud et à Kakhol lavan de trouver un compromis afin de ne pas mettre un terme à la coalition.

« Le peuple israélien ne nous pardonnera pas si nous retournons aux urnes », a-t-il dit dans un entretien avec la Douzième chaîne. « Le peuple ne comprend pas [ce conflit] et veut que nous travaillons ensemble. »

Deri, qui a aidé à rapprocher Netanyahu et Gantz dans une coalition d’unité, a déclaré qu’il continuait d’essayer à jouer un rôle de médiateur.

« Je parle à tout le monde et j’essaie de trouver différents compromis. Nous devons aller au-delà de cela. C’est un large gouvernement et nous avons travaillé très dur pour le former. Il doit se poursuivre », a-t-il dit.

Alors que les deux partis sont très méfiants l’un de l’autre, Gantz a promis qu’il ne reculerait pas sur sa demande d’un budget sur deux ans, comme c’est inscrit dans l’accord de coalition.

Cherchant à modifier l’accord de coalition avec Gantz et à passer un budget couvrant seulement le reste de l’année actuelle, Netanyahu a cité l’incertitude créée par la crise du coronavirus. Pourtant, beaucoup voient cela comme un moyen pour lui de se retirer de l’accord de partage du pouvoir qu’il a signé avec Gantz, qui doit occuper le poste de Premier ministre à la fin de l’année prochaine.

Si Deri a déclaré que le Shas ne voulait pas de nouvelles élections, il a refusé de dire qu’il soutenait un budget sur un ou deux ans.

« Nous faisons ce que nous pouvons pour trouver un compromis entre les deux visions du budget », a-t-il dit. « Tout le monde doit faire un compromis. Nous ne pouvons pas faire tomber le gouvernement là-dessus. »

Lundi également, le ministre de la Coopération régionale Ofir Akunis a prévenu que si Kakhol lavan ne soutenait par un budget d’un an comme cela est demandé par le parti du Likud, ce dernier chercherait à remplacer la coalition d’unité avec un gouvernement alternatif de 61 élus.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec le ministre des Sciences Ofir Akunis (à gauche) au début de la réunion hebdomadaire du cabinet le 22 décembre 2019, au bureau du Premier ministre à Jérusalem. (Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)

« Moi, et le Likud, ne voulons pas que la Knesset se dissolve, mais plutôt qu’un gouvernement alternatif soit formé au sein de la 23e Knesset », a-t-il dit, sans préciser comment parvenir à réunir à une majorité de 61 élus de la Knesset.

Le Likud « ne va pas céder » dans sa confrontation avec Kakhol lavan sur le budget, a affirmé Akunis.

« Tout le monde saura qui a entraîné Israël vers une quatrième élection » si les élections ont finalement lieu, a-t-il dit. « Gantz sera totalement responsable. »

Lundi également, Netanyahu a affirmé lors d’une réunion de son parti du Likud à la Knesset que le budget devait être adopté, ou alors le pays aurait besoin de procéder à des « coupes significatives » alors que l’économie a déjà été durement touchée par l’épidémie de coronavirus.

« Ce n’est pas le moment d’avoir des coupes », a déclaré Netanyahu. « C’est le moment de donner de l’argent aux citoyens. »

Malgré toutes les assurances d’Akunis, il semble probable que Netanyahu mise sur l’option d’un budget d’un an pour se laisser la possibilité de dissoudre le gouvernement l’année prochaine en ne validant pas le budget 2021 – la seule option, selon son accord complexe et alambiqué avec Gantz, qui est aussi Premier ministre d’alternance, lui permettant de mener le pays vers une nouvelle élection sans que Gantz ne devienne automatiquement Premier ministre dans l’intérim entre eux.

Le gouvernement d’unité, formé après trois élections successives sans résultat concluant et finalement intronisé le 17 mai, a depuis été secoué par des manœuvres de blocage entre le Likud et Kakhol lavan.

Dimanche, Zohar a déclaré à la chaîne publique Kan, « qu’il y a un fossé croissant entre nous et Kakhol lavan sur de nombreux sujets à un niveau idéologique ».

« C’est comme un couple qui veut divorcer et qu’à tout moment » les procédures pour mettre un terme au mariage peuvent commencer, a-t-il dit. « C’est le sentiment en ce moment : peu importe ce que nous faisons, cela va s’arrêter entre nous et Kakhol lavan. »

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