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Les Pays-Bas cessent de financer une ONG palestinienne liée au FPLP

Selon le gouvernement néerlandais, l'UAWC avait des "liens" avec le groupe terroriste palestinien

Shawan Jabarin, à droite, directeur du groupe de défense des droits de l'homme al-Haq, prend la parole lors d'une réunion de solidarité entre des dirigeants d'organisations israéliennes de défense des droits de l'homme et des représentants de six groupes palestiniens de défense des droits de l'homme mis hors la loi par Israël, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 27 octobre 2021. (AP Photo/Majdi Mohammed)
Shawan Jabarin, à droite, directeur du groupe de défense des droits de l'homme al-Haq, prend la parole lors d'une réunion de solidarité entre des dirigeants d'organisations israéliennes de défense des droits de l'homme et des représentants de six groupes palestiniens de défense des droits de l'homme mis hors la loi par Israël, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 27 octobre 2021. (AP Photo/Majdi Mohammed)

Après un an d’examen, le gouvernement néerlandais a officiellement coupé les liens, mercredi, avec l’une des six organisations de la société civile palestinienne qu’Israël avait déclarée être un groupe terroriste à la fin de 2021.

Les Pays-Bas ne financeront plus l’Union des comités de travail agricole, ni ne transféreront à l’organisation la dernière tranche d’une subvention néerlandaise déjà budgétisée, ont écrit deux ministres néerlandais dans une lettre conjointe.

En octobre dernier, Israël avait déclaré l’UAWC et cinq autres organisations à but non lucratif comme étant des groupes terroristes en raison de leurs liens présumés avec le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). La déclaration avait suscité une condamnation internationale ; Israël avait insisté sur le fait que les preuves à l’appui de la classification étaient « irréfutables ».

Israël a accusé les groupes d’avoir trompé les donateurs européens pour qu’ils leur fournissent des millions de dollars de financement qu’ils ont ensuite transférés au FPLP. L’examen du gouvernement néerlandais n’a trouvé aucune preuve que l’UAWC ait agi de la sorte.

A LIRE : Quelles sont ces 6 ONG palestiniennes qu’Israël considère comme terroristes ?

« L’examen externe montre qu’aucune preuve de flux financiers entre l’UAWC et le FPLP n’a été trouvée. Aucune preuve n’a non plus été trouvée d’une unité d’organisation entre l’UAWC et le FPLP ou d’une direction donnée par le FPLP à l’UAWC », ont écrit les ministres des Affaires étrangères Ben Knapen et du Commerce extérieur Tom de Brujin.

Les enquêteurs externes ont toutefois constaté une certain connexion entre les membres des deux organisations.

« Il existe des liens au niveau individuel entre le personnel et les membres du conseil d’administration de l’UAWC et le FPLP depuis un certain temps. Le grand nombre de membres du conseil d’administration de l’UAWC ayant des rôles dans les deux organisations est particulièrement préoccupant », ont écrit les deux ministres néerlandais.

Le bâtiment du Parlement néerlandais (CC BY, Michiel Jelijs via Wikimedia Commons)

Les enquêteurs externes engagés par le gouvernement néerlandais ont déterminé que l’UAWC n’était probablement pas au courant de l’affiliation politique de ses membres. Mais dans leur lettre, les diplomates néerlandais ont déclaré qu’il était « raisonnable de supposer » que l’organisation connaissait les liens des membres du conseil d’administration avec le FPLP.

En septembre 2019, deux hommes ont été arrêtés, soupçonnés d’être impliqués dans un attentat à la bombe en Cisjordanie ayant tué Rina Shnerb, une Israélienne de 17 ans, imputé au FPLP. Les suspects, qui font toujours l’objet d’une enquête, travaillaient à l’UAWC.

Après ces arrestations, l’UAWC a cessé d’employer les deux hommes, et informé les Pays-Bas des soupçons israéliens. L’UAWC a affirmé qu’aucun des deux hommes n’était impliqué dans des activités financées par les Pays-Bas.

Après avoir constaté que les suspects percevaient néanmoins une partie de leur salaire sous forme de frais généraux, le gouvernement néerlandais a en 2020 suspendu les paiements à l’UAWC et lancé une enquête externe sur les possibles liens entre UAWC et FPLP.

Rina Shnerb, 17 ans, a été tuée dans un attentat terroriste palestinien en Cisjordanie le 23 août 2019. (Autorisation de la famille)

Les deux employés, Abd al-Raziq Farraj et Samir Arbeed, ont ensuite été inculpés pour leur implication présumée dans l’attentat.

L’enquête menée par les Néerlandais a déterminé que leur financement avait contribué à payer les salaires des deux employés, bien que ni l’un ni l’autre n’ait géré des projets de développement soutenus par les Pays-Bas.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a salué la décision des Pays-Bas comme une « annonce importante et louable ». Il a refusé de commenter l’échec des enquêteurs néerlandais à trouver des preuves pour étayer les autres allégations d’Israël concernant l’organisation à but non lucratif.

« Israël poursuivra son dialogue avec les Pays-Bas et d’autres pays concernant ces organisations, dont le soutien constitue une violation de la loi israélienne », a déclaré le ministère des Affaires étrangères.

Le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid, s’exprime lors d’une réunion de sa faction à la Knesset, à Jérusalem, le 4 octobre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« L’UAWC est choquée et attristée par la décision du gouvernement néerlandais », a réagi l’UAWC qui travaille avec les petits agriculteurs et qui recevait des financements des Pays-Bas depuis 2007. « Dès le début, cette enquête était motivée par des considérations politiques ».

« Nous sommes choqués que le gouvernement néerlandais ait mis fin à son financement d’une organisation de la société civile palestinienne de premier plan […] sur la base de liens individuels présumés », a déclaré l’organisation, ajoutant que l’enquête avait contenu des inexactitudes factuelles.

Fondée en 1986, l’UAWC mène des projets agricoles au nom de dizaines de milliers d’agriculteurs palestiniens. Selon son directeur, quelque 25 000 familles palestiniennes bénéficient du travail du groupe.

« Nous n’avons aucune affiliation factionnelle, religieuse ou sectaire. Nous ne croyons tout simplement pas à ce genre de liens. Nous faisons partie de la société civile », a déclaré le directeur Fuad Abu Seif au Times of Israël lors d’une précédente interview.

Une femme palestinienne entre dans les bureaux de l’organisation de défense des droits de l’homme al-Haq dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 23 octobre 2021. (Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)

Abu Seif a affirmé que l’implication terroriste présumée de Farraj et Arbeed n’était pas représentative des centaines de personnes qui travaillent dans l’organisation.

« Nous parlons de deux personnes au milieu de centaines d’employés et de milliers de familles. Quel genre de stupidité ridicule nous entraînerait dans une telle opération ? » a déclaré Abu Seif.

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