Les pays signataires fêtent le premier anniversaire des Accords d’Abraham
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Les pays signataires fêtent le premier anniversaire des Accords d’Abraham

Lors d'une cérémonie organisée par la mission d'Israël à l'ONU, les différents États se sont réjouis de leurs liens croissants, affirmant que "nous n'en sommes qu'au début"

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Les ambassadeurs  Gilad Erdan (Israël), Lana Nusseibah (EAU), Linda Thomas-Greenfield (États-Unis) , Omar Hilale (Maroc)  et Jamal Al Rowaiei (Bahreïn) lors d'une cérémonie organisée pour le premier anniversaire des accords d'Abraham, à New York, le 13 septembre 2021. (Crédit : Jacob Magid/ Times of Israel)
Les ambassadeurs Gilad Erdan (Israël), Lana Nusseibah (EAU), Linda Thomas-Greenfield (États-Unis) , Omar Hilale (Maroc) et Jamal Al Rowaiei (Bahreïn) lors d'une cérémonie organisée pour le premier anniversaire des accords d'Abraham, à New York, le 13 septembre 2021. (Crédit : Jacob Magid/ Times of Israel)

NEW YORK — Les ambassadeurs aux Nations unies d’Israël, des Émirats arabes unis, de Bahreïn et du Maroc ont fêté le premier anniversaire de la signature des Accords d’Abraham lors d’une cérémonie organisée lundi à New York – l’occasion de saluer le développement rapide des liens entre les pays depuis la normalisation de leurs relations.

Organisée par la mission israélienne à l’ONU au Musée du patrimoine juif de Manhattan, la cérémonie a réuni les envoyés de plusieurs autres pays, et notamment l’ambassadeur-adjoint d’Oman à l’ONU Ahmed Dawood Ali Al Zadjal – sultanat qui n’entretient pas de relations diplomatiques officielles avec Jérusalem.

L’administration Trump qui avait négocié les Accords avait tenté, à la dernière minute, de pousser Oman et Israël à normaliser leurs liens mais Mascate avait résisté à cette initiative, disant souhaiter au préalable voir des progrès réalisés dans le processus de paix israélo-palestinien.

Il y a eu une absence notable : aucun représentant du Soudan n’était toutefois présent à l’événement de lundi – le Soudan avait signé un accord d’établissement de relations diplomatiques avec l’État juif au mois d’octobre dernier. L’accord doit néanmoins être encore finalisé et il rencontre une opposition considérable dans le pays. Un responsable de la diplomatie a expliqué que la mission soudanaise à l’ONU avait bien reçu une invitation, mais qu’elle avait pris la décision de ne pas assister à la cérémonie.

La responsable de plus haut-rang présente lors de cet événement a été, sans aucun doute, l’ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, Linda Thomas-Greenfield. S’exprimant après ses quatre collègues, elle a salué les signataires des Accords d’Abraham qui, selon elle, ont su « transformer l’encre sur le papier en améliorations concrètes entre les pays ».

Thomas-Greenfield a cité les récentes ouvertures d’ambassade, la nomination d’ambassadeurs, le lancement de vols directs et la célébration dans les différentes nations de la Journée de commémoration de la Shoah parmi les accomplissements permis par les accords qui ont été signés l’année passée.

Comme la majorité des responsables de Biden, elle a évité de désigner les accords sous le nom « d’Accords d’Abraham », tentant de s’écarter de cette appellation rappelant l’administration Trump. Elle a promis néanmoins qu’elle œuvrerait à développer encore les accords de normalisation existants et à trouver de nouveaux alliés pour Israël dans le monde arabe et musulman.

Les ambassadeurs israélien Gilad Erdan, émirati Lana Nusseibah, américain Linda Thomas-Greenfield, marocain Omar Hilale, et bahreïni Jamal Al Rowaiei lors d’un événement à New York marquant le premier anniversaire de la signature des accords d’Abraham, le 13 septembre 2021. (Crédit : Jacob Magid/ Times of Israel)

Thomas-Greenfield n’a donné aucun détail sur la manière dont l’administration prévoit d’atteindre ses objectifs et le président américain Joe Biden n’a, pour le moment, délégué aucun envoyé pour prendre la tête de cette mission, comme cela avait été le cas sous Donald Trump.

De plus, le manque d’enthousiasme de l’administration actuelle face aux avantages et autres compromis que l’ancien président souhaitait offrir aux potentiels partenaires des Accords d’Abraham – comme la vente d’avions de chasse F-35 aux Émirats arabes unis, la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur la région du Sahara occidental, ou l’allègement de la dette du Soudan à hauteur de milliards de dollars – indique qu’elle n’est pas prête à aller aussi loin que sa prédécesseur pour convaincre les pays arabes réticents à normaliser leurs relations avec Israël.

L’ambassadrice américaine a fait savoir qu’elle était « déterminée à explorer les moyens de faire progresser ces accords dans le cadre du système de l’ONU ».

Elle a pourtant pris la peine d’établir clairement que le soutien au développement de ces liens n’aurait pas lieu au détriment du soutien apporté par les États-Unis au processus de paix israélo-palestinien.

« Nous restons attachés à la solution à deux États. Nous avons la ferme conviction qu’Israéliens et Palestiniens méritent l’égalité dans la liberté, la dignité, la sécurité et la prospérité et la diplomatie des États-Unis va continuer à se concentrer sur des initiatives pratiques pour faire avancer cette ambition à court-terme », a ajouté Thomas-Greenfield. Une déclaration qui est venue faire écho à un positionnement que l’administration Biden a réaffirmé à d’innombrables reprises sur le sujet, au cours de l’année passée – et qui a exposé la Maison Blanche aux critiques de l’aile la plus progressiste du parti Démocrate, qui dénonce ce qu’elle considère comme un simple « vœu pieux » de la part des autorités américaines et qui déplore ce qui s’apparente, selon elle, à une incapacité de l’administration à agir avec plus de force pour soutenir les Palestiniens.

Thomas-Greenfield a néanmoins davantage évoqué le problème palestinien que les autres envoyés qui ont pris la parole lors de l’événement de lundi.

Le président américain Donald Trump, (au centre), avec de gauche à droite, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Khalid bin Ahmed Al Khalifa, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Trump, et le ministre des Affaires étrangères des Emirats arabes unis Abdullah bin Zayed al-Nahyan, lors de la cérémonie de signature des Accords d’Abraham sur la pelouse sud de la Maison Blanche, mardi 15 septembre 2020, à Washington. (AP Photo/Alex Brandon)

L’ambassadeur israélien aux Nations unies, Gilad Erdan, a utilisé cette opportunité pour lancer une pique aux dirigeants de Ramallah, qui avaient critiqué les accords d’Abraham qui, selon eux, étaient une tentative hypocrite de contourner les Palestiniens.

« Peut-être que même les Palestiniens, en constatant les bénéfices tirés de notre paix et la prospérité qu’elle a amené, verront enfin que ces Accords sont une opportunité et non une menace », a-t-il déclaré.

Toutefois, l’essentiel de son discours a porté sur les autres voisins d’Israël dans la région.

« Les pays modérés du Moyen-Orient doivent s’unir pour s’attaquer aux défis que nous devrons tous relever, comme le changement climatique, et ils doivent former une alliance régionale qui nous permettra de nous attaquer aux menaces qui planent sur nous tous et avant tout, à la menace représentée par l’Iran », a-t-il continué.

« Une telle alliance pourrait partager des renseignements sur les différentes menaces communes, et même collaborer en termes de capacités défensives. Pouvez-vous seulement imaginer un système de défense antiaérien comme le Dôme de fer qui protégerait l’espace aérien de nos nouveaux partenaires dans le Golfe ? Et peut-être même, un jour, l’espace aérien de l’Arabie saoudite ? », a-t-il interrogé.

A une question portant sur le positionnement adopté par Thomas-Greenfield concernant la solution à deux États, Erdan a dit au Times of Israel que le gouvernement israélien actuel respectait le point de vue des États-Unis « mais qu’il a un point de vue différent, estimant que cette ambition « n’est pas réalisable à l’heure actuelle ».

« Même l’administration Biden, lorsque nous nous entretenons avec elle, reconnaît que ce n’est pas réalisable pour le moment », a-t-il ajouté, notant qu’en même temps, les deux pays tentaient de mettre en œuvre des projets économiques susceptibles d’améliorer la qualité de vie des Palestiniens.

« La solution à deux États n’est pas d’actualité et nous nous concentrons donc sur ce qui nous unit plutôt que sur ce qui nous divise », a continué l’envoyé israélien.

Erdan a remarqué que l’administration Trump, qui avait initié les Accords d’Abraham, n’avait pas toujours non plus soutenu la solution à deux États. « Ce n’était pas le positionnement adopté par la précédente administration même si cela a été le cas par moment pour elle ».

De gauche à droite : Le premier ministre Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif al-Zayani et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed al-Nahyan sont vus sur le balcon de la Blue Room après avoir signé les accords d’Abraham lors d’une cérémonie sur la pelouse sud de la Maison Blanche à Washington, le 15 septembre 2020. (AP Photo/Alex Brandon)

L’ex-président américain Donald Trump avait changé d’avis à plusieurs reprises sur la question, disant initialement que « je m’intéresse à la solution à deux États et à la solution à un État et j’apprécierai celle qui sera choisie par les parties concernées ». Il avait ensuite soutenu une solution à deux États et il avait dévoilé un plan de paix, en 2020 qui, selon lui, avait adopté le cadre de la solution à deux États. Il avait néanmoins prévu l’annexion par Israël de toutes ses implantations, laissant aux Palestiniens un État semi-autonome et non-contigu sur environ 70 % de la Cisjordanie.

Les responsables de l’administration Trump auraient également à plusieurs occasions qualifié « d’irréaliste » le modèle traditionnel à deux États.

Les Palestiniens n’ont pas été une seule fois mentionnés dans les brèves allocutions des ambassadeurs du Bahreïn et du Maroc. L’ambassadrice émiratie, Lana Nusseibah, n’a que rapidement évoqué la question, exprimant son espoir que les Accords d’Abraham puissent entraîner « un accord durable entre Palestiniens et Israéliens. »

Nusseibah, l’ambassadeur bahreïni Jamal Al Rowaiei et l’envoyé marocain Omar Hilale ont plutôt évoqué les liens que leurs pays respectifs ont développés avec Israël au cours de l’année passée. Ils ont aussi présenté leurs nations comme des phares de tolérance et de coexistence, soulignant le développement croissant de leurs communautés juives.

« Notre relation avec Israël tire sa force de la protection apportée depuis si longtemps à la communauté juive du Maroc », a dit Hilale.

« La communauté juive florissante au sein des Émirats arabes unis – elle a été la première communauté juive à s’implanter dans un pays arabe depuis des siècles – est l’une des nombreuses preuves des capacités de vivre-ensemble des trois religions abrahamiques, de leur capacité à travailler ensemble et dans la paix dans notre région », a commenté Nusseibah.

Des manifestants soudanais brûlent des drapeaux israéliens pendant un rassemblement suite à la signature d’un accord de normalisation entre le Soudan et l’Etat juif aux abords des bureaux du cabinet à Khartoum, le 17 janvier 2021. (Crédit : ASHRAF SHAZLY / AFP)

« Et nous n’en sommes qu’au début », a-t-elle ajouté.

Erdan, qui est aussi ambassadeur d’Israël aux États-Unis, partira mardi pour Washington où il participera à une cérémonie d’anniversaire organisée par l’AAPI (Abraham Accords Peace Institute). Ce centre a été ouvert au début de l’année par Jared Kushner, ancien haut-conseiller de Trump qui est aussi son gendre, et qui a été l’un des principaux initiateurs de ces accords de normalisation.

Kushner prononcera un bref discours avant de présenter une discussion entre Erdan, l’ambassadeur des UAE aux États-Unis Yousef al-Otaiba et l’ambassadeur bahreïni aux États-Unis Sheikh Abdullah bin Rashid al-Khalifa.

De hauts-responsables du département d’État de l’administration Biden seront également présents, a dit le directeur de l’AAPI Robert Greenway au Times of Israel la semaine dernière.

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