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Les pompiers mettent en garde les environs de Jérusalem contre le risque d’incendie

Le pays se prépare à la saison des incendies. Les villes de Mateh Yehuda, menacées par un énorme incendie en 2021, sont taxées d’ignorer les consignes de prévention

Un feu de broussailles à l’ouest de Jérusalem, le 15 août 2021. (Crédit : Ariel Kedem/Israel Nature and Parks Authority)
Un feu de broussailles à l’ouest de Jérusalem, le 15 août 2021. (Crédit : Ariel Kedem/Israel Nature and Parks Authority)

Le chef des pompiers de Jérusalem a indiqué que les municipalités de la région de Jérusalem, qui ont manqué d’être dévastées par des incendies de forêt il y a un an, n’avaient pris aucune mesure de prévention en vue de la saison sèche en Israël, alors même que la forêt qui les entoure est « une bombe », prête à les consumer une fois de plus.

L’avertissement a été lancé au moment-même où autorités gouvernementales et divers organismes redoublent d’efforts en amont de la saison des incendies, en débroussaillant et retirant toute végétation susceptible de servir de combustible au feu dans le but de contenir les feux de broussailles. Seront également utilisés de nouveaux outils qui, espèrent les responsables, les aideront à faire face à un problème qui ne devrait que s’aggraver.

Les villes du Conseil régional de Mateh Yehuda, qui comprend la région boisée et vallonnée, à l’ouest de la capitale, sont frappées par des feux de forêt presque chaque année. Or, Eyal Cohen, chef du service d’incendie et de secours du district de Jérusalem, a indiqué la semaine passée que ces municipalités n’avaient pas encore pris de mesures pour éclaircir la végétation autour des habitations situées en lisière de forêt.

« Suite aux incendies de l’année dernière, nous avons effectué des inspections dans les communautés proches des forêts de la région de Jérusalem et de Mateh Yehuda, suivies de rapports d’audit préconisant de défricher ces zones», a déclaré Cohen au Times of Israel par l’entremise de son porte-parole. « Hélas… il semble que cela n’ait pas été suivi d’effet. »

La plupart des communautés de la région de Mateh Yehuda n’ont pas suivi les instructions données par les autorités d’incendie et de secours, a regretté Cohen.

« Tout cela en dépit des violents incendies de l’année dernière, du danger pour la vie humaine et les biens, des dégâts causés à la nature et des conditions météorologiques extrêmes que nous connaissons dans le contexte du réchauffement climatique », a-t-il précisé.

En août dernier, plus de 1 100 hectares de forêt aux alentours de Jérusalem étaient partis en fumée en l’espace de 52 heures, résultat d’un probable incendie criminel dont la preuve n’a jamais pu être clairement apportée. Bien que les zones peuplées aient été grandement épargnées, plus de 2 000 personnes ont tout de même dû être évacuées et plusieurs maisons ont été détruites.

Avec l’aide de nombreuses personnes, la police a procédé au sauvetage spectaculaire des patients et membres du personnel, pris au piège d’un établissement psychiatrique situé au plus profond de la forêt. L’hôpital a finalement été épargné par les flammes, sans doute grâce au coupe-feu mis en place à la demande de son directeur, grâce au Fonds national juif KKL-JNF et à l’Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA).

Une colline brûlée en contrebas de l’hôpital Eitanim à la suite d’un incendie dans les collines de Jérusalem, le 21 août 2021. (Crédit : Rédaction du Times of Israel)

Cohen a expliqué qu’un hiver particulièrement pluvieux avait stimulé la croissance de la végétation, qui ensuite se dessèche et se transforme en « une sorte d’explosif ». Plus il y a de matière végétale, plus les incendies sont susceptibles d’être importants, étendus et intenses.

Le Conseil régional de Mateh Yehuda administre près de 500 kilomètres carrés de villes, fermes, forêts et terres ouvertes, au sud et à l’ouest de Jérusalem, pour une population de l’ordre de 58 000 personnes en 2018, selon les informations du conseil.

Un porte-parole a déclaré que le conseil avait affecté plus de 2 millions de shekels supplémentaires aux communautés afin d’effectuer des travaux de prévention des incendies, qu’il leur appartenait de les mettre en œuvre.

« Des dizaines de localités ont commencé les travaux [de prévention des incendies] il y a plusieurs mois. Certaines, comme le Moshav Ora [à proximité de Jérusalem] les ont terminés, et d’autres devraient les imiter prochainement », a-t-il déclaré.

Le porte-parole a noté que le conseil n’était pas habilité à effectuer les travaux au sein des communautés et que les terres qui les bordaient n’étaient pas administrées par le conseil mais par d’autres organes, comme le KKL et l’INPA.

Un incendie encercle Moshav Giv’at Ye’arim dans les collines de Jérusalem, le 16 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un rapport gouvernemental de 2017 recommandait la création d’un organe de surveillance centralisé pour superviser une action coordonnée au niveau national visant à mettre en œuvre des mesures de prévention dans l’ensemble des forêts israéliennes, indépendamment de leur statut ou autorité de tutelle. Cette recommandation n’a jamais été mise en œuvre.

Israël est régulièrement victime d’incendie de forêt de grande ampleur, comme ce fut le cas en 1989, 1995, 2010, 2016, 2019 et 2021. Les modèles climatiques montrent que leur fréquence augmente et qu’ils se propagent plus rapidement, notamment du fait de la hausse des températures et de l’allongement de la durée de la saison sèche.

Selon un communiqué publié par le ministère de la Protection de l’environnement l’an dernier, l’avenir devrait être synonyme de « hausse des températures, baisse des précipitations et augmentation du taux et de l’intensité des événements extrêmes tels que les vagues de chaleur et les incendies ».

Cohen a expliqué avoir tenté de faire comprendre la gravité de la situation à Niv Wiesel, à la tête du conseil régional, lors d’une récente réunion.

Eyal Cohen, chef par intérim du service d’incendie du district de Jérusalem. (Crédit : Avec l’aimable autorisation du service d’incendie du district de Jérusalem)

Il a précisé que le service avait recommandé à Mateh Yehuda de construire de grands bassins d’eau dans les zones sujettes aux incendies, pour compenser le faible nombre de bornes d’incendie et la faible pression de l’eau dans cette région semi-rurale.

Le porte-parole de Mateh Yehuda a déclaré que l’idée, qui nécessitait des permis de construire et des budgets, était à l’étude.

Cohen a mis en balance l’attitude du conseil régional avec celle de Jérusalem, dont la coopération – des services de la ville et de son maire, Moshe Lion – est pleine et entière , a-t-il précisé. La végétation y est retirée dès que nécessaire et des bornes d’incendie ont été ajoutées dans toute la capitale, en partenariat avec la compagnie des eaux de Gihon.

Le service d’incendie a également relevé son niveau de préparation dans la région, en installant une nouvelle caserne de pompiers dans le Moshav Ora, qui jouxte la lisière ouest de Jérusalem. Elle devrait permettre de gagner un temps précieux pour se rendre sur les incendies en forêt de Jérusalem, à Yad Vashem ou dans les quartiers occidentaux de la capitale, comme Ein Kerem, où se trouve l’un des plus grands services de traumatologie du pays.

Le Fonds national juif du KKL-JNF et l’Autorité israélienne de la nature et des parcs se préparent également à la saison des incendies, avec des équipes dépêchées dans tout le pays – dont la région de Mateh Yehuda – pour défricher la végétation, construire des coupe-feu et équiper des postes de surveillance, affecter des gardes forestiers.

Chercher de la fumée et suivre les flammes

Dans le nord d’Israël, les équipes de l’INPA ont travaillé à des mesures de prévention et exercices d’urgence dans des points névralgiques tels que la forêt du Carmel, où un énorme incendie de forêt, en décembre 2010, avait coûté la vie à 44 personnes et consumé plus de 2500 hectares, soit un quart de la superficie de la forêt.

Natan Elbaz, directeur forestier du district nord de l’INPA, a déclaré que son équipe s’était assurée de la présence de coupe-feu adaptés autour de l’université de Haïfa, de la ville druze de Daliyat al-Karmel et d’autres zones habitées à l’intérieur et autour de la forêt.

L’incendie du Carmel a fait rage dans le nord d’Israël pendant Hanoukka en 2010, faisant 44 morts. Dix-neuf pompiers palestiniens s’étaient joints aux opérations pour circonscrire le feu. (Crédit : Firelines)

« Nous ajoutons toujours de nouveaux coupe-feu autour de nouveaux quartiers », a-t-il déclaré.

L’organisation a également remis en état les routes d’accès traversant les réserves naturelles pour assurer un accès facile aux véhicules de lutte contre les incendies, éclaircissant au passage la végétation le long des accotements.

Elbaz a noté que les pompiers devaient souvent s’appuyer sur les rangers de l’INPA, pour leur parfaite connaissance du terrain. Les rangers sont équipés d’extincteurs et formés pour signaler toute fumée suspecte ou présence de flammes.

Natan Elbaz. (Crédit : Meir Ben Sira)

L’Autorité s’est par ailleurs dotée de petits camions et chariots, et même des tracteurs, de mini-systèmes d’extinction activables avant l’arrivée des camions de pompiers, a expliqué Elbaz. Des drones sont également utilisés pour suivre le déplacement des incendies.

Une nouveauté, dans l’arsenal de lutte contre les incendies de l’INPA, est un système de réservoirs à cadre pliant, semblables à de petites piscines hors sol, susceptibles d’être assemblées et mises en eau rapidement, pratique empruntée par Elbaz aux États-Unis. Ces piscines rapprochent de grandes quantités d’eau des incendies, permettant aux pompiers de reconstituer les réserves sans avoir à attendre le retour du camion-citerne ou d’une embarcation aéroportée.

Une piscine à feu est testée lors d’un exercice d’urgence de l’Autorité de la nature et des parcs d’Israël dans la forêt de Megiddo, le 2 mai 2022. (Crédit : Avishai Elimelech)

Gilad Ostrovsky, forestier en chef et directeur du département des forêts au KKL, qui gère quelque 121 400 hectares de forêt dans tout le pays, a déclaré que 50 millions de shekels avaient été ajoutés au budget pour la prévention des incendies cette année.

Parmi les actions déployées par son organisation figurent la cartographie des endroits nécessitant des coupe-feu et l’ajout de nouveaux postes de contrôle mobiles.

Gilad Ostrovsky, forestier en chef et directeur du département des forêts au KKL. (Crédit : Bonnie Sheinman/KKL archives photographiques)

L’organisation s’est également dotée d’un grand drone équipé d’une caméra infrarouge thermique à 360 degrés pour surveiller les sols à des dizaines de kilomètres à la ronde, de jour comme de nuit. L’idée est à la fois d’assurer une veille face aux incendies, tout en repérant de possibles déversements illégaux ou des actes de vandalisme.

L’organisation a baptisé le drone « Tinshemet », le mot hébreu pour designer la chouette effraie.

Sur le terrain, KKL veille à ce que les postes de guet qu’il entretient soient occupés pendant toute la saison des feux de forêt, de mai à fin octobre, et même jusqu’en novembre, en journée.

« L’élément essentiel dans la lutte contre les incendies est la rapidité d’action », a résumé Elbaz.

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