Les principaux candidats pour une place sur le navire travailliste sombrant
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Les principaux candidats pour une place sur le navire travailliste sombrant

Alors que la formation - pilier du centre-gauche - se prépare à une performance médiocre lors du scrutin d'avril, les carrières de plusieurs députés sont sur la sellette

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Les urnes pour les Primaires du parti Travailliste au centre de conférences de Tel Aviv, le 11 février 2019 (Crédit : Raanan Cohen)
Les urnes pour les Primaires du parti Travailliste au centre de conférences de Tel Aviv, le 11 février 2019 (Crédit : Raanan Cohen)

L’analogie du réagencement des chaises longues sur le Titanic est presque trop évidente à utiliser pour décrire les Primaires du parti Travailliste de lundi, au cours desquelles 44 candidats rivaliseront pour les meilleures places sur la liste électorale du scrutin général du mois d’avril. Mais au vu de sondages décevant qui montrent que la formation pourrait bien être effacée pour de bon de la carte politique israélienne, le combat féroce pour les sièges pourrait être en effet qu’un post-scriptum dans l’histoire du naufrage de ce vénérable parti.

Tandis que les Primaires du Likud, la semaine dernière, ont été l’occasion d’une compétition féroce pour les cinq premières places de la liste, qui ne garantiront aucunement un siège à la table du cabinet, les cinq premiers fauteuils proposés sur la liste Travailliste pourraient être également ces derniers, les plus récentes enquêtes d’opinion indiquant que cinq entrées à la Knesset pourraient faire figure de plafond de verre en lieu et place de façade.

Signe de ces prévisions sombres, seuls 14 des 24 législateurs entrés à la Knesset sous l’étiquette du parti, en 2015, se représentent. Et alors que la première place sur la liste est automatiquement occupée par le chef de la formation, Avi Gabbay, et la deuxième allouée au candidat de son choix, les chances paraissent extrêmement minces pour les députés vétérans comme pour les nouvelles recrues qui ont espéré les rejoindre.

Ces Primaires sont considérées par certains, à l’intérieur du parti, comme une dernière chance de le sauver de l’oubli et les activistes espèrent qu’une liste finale de candidats populaires et dynamiques sauront lui redonner vie au cours des deux prochains mois de campagne électorale.

Pour les plus importants candidats, le vote de lundi n’est pas seulement une opportunité pour changer les choses, mais également l’occasion de prendre place dans la liste des successeurs potentiels de Gabbay après les élections nationales du mois d’avril.

Depuis l’adoption du système des Primaires, en 1992, les Travaillistes n’ont jamais désigné un seul responsable pour deux mandats consécutifs. Ehud Barak aura été le seul à s’approcher de cet exploit, à l’occasion de deux votes – à une décennie d’intervalle – en 1999 et en 2009.

Avec un remaniement vertigineux des candidats : Yitzhak Rabin a été remplacé par Shimon Peres après l’assassinat de ce dernier en 1995. Peres a cédé sa place à Barak en 1997 après avoir perdu les élections générales, un an auparavant, face à Benjamin Netanyahu. Binyamin Ben-Eliezer a succédé à Barak en 2001 après la défaite de ce dernier, cette année-là, face à Ariel Sharon, du Likud. Amram Mitzna a ensuite détrôné Ben-Eliezer à la tête du parti Ben-Eliezer en 2002, mais il a rapidement lui-même cédé la place après s’être incliné devant Ariel Sharon lors du scrutin de 2003. Amir Peretz l’a emporté sur Peres en 2005, puis il a perdu face à un Barak redynamisé en 20017, suite à la Seconde guerre du Liban qui avait eu lieu l’année précédente.

Barak a abandonné la formation en 2011, entraînant une course à son leadership remportée par Shelly Yachimovich, qui devait s’incliner deux ans plus tard seulement devant Isaac Herzog. Herzog, malgré une performance relativement forte lors des élections de 2015, a été encore une fois rondement battu par le Likud de centre-droit de Netanyahu, ouvrant la voie à son éventuel remplacement par le leader travailliste actuel, Gabbay.

Gabbay, ancien directeur général du géant des télécommunications Bezeq, a remporté la tête du parti une année seulement après sa démission du poste de ministre de l’Environnement et de ses hautes responsabilités assumées au sein du parti Koulanou de centre-droit. Mais il ne s’est que médiocrement distingué dans les 20 mois qui se sont écoulés depuis sa désignation à la tête de la formation et, suite à plusieurs tentatives destinées à implanter fermement le parti Travailliste au centre de l’échiquier politique, il a perdu du soutien au sein de la formation et de la popularité auprès de l’opinion publique.

Au vu de l’histoire du parti Travailliste qui n’a jamais hésité à sacrifier ses têtes après les échecs électoraux, Gabbay est certain de devoir faire face à un destin similaire à celui de ses prédécesseurs – et si ce n’est pas immédiatement après les élections générales, alors ce sera un peu plus tard. Si la formation parvient à franchir le seuil électoral et à rester au parlement, alors les gagnants des Primaires seront parmi les favoris à sa succession.

Voici les principaux candidats ayant une chance de victoire, que ce soit lundi ou après :

Stav Shaffir 

Stav Shaffir, députée de l’Union sioniste. (Crédit : Flash90)

Shaffir, ancienne responsable du mouvement de protestation massif contre le coût élevé de la vie en 2011, est députée du parti Travailliste depuis 2013 et elle s’est imposée comme étant une fervente opposante aux inégalités économiques, ainsi qu’une avocate de la transparence au gouvernement.

Ayant siégé à la puissante commission des Finances et à la tête actuellement de la commission sur la transparence au Parlement, Shaffir, âgée de 33 ans, a utilisé la campagne des Primaires de 2019 pour mettre en exergue ses antécédents de militante déterminée contre la corruption gouvernementale qui, selon elle, va loin – et bien plus loin que les accusations de pots-de-vins à l’encontre de Netanyahu.

Critique – avec une dose de mépris – des échecs ostensibles du gouvernement à gérer les problèmes d’inégalités sociales, à s’attaquer au destin réservé à des dizaines de milliers d’immigrants clandestins, à faire avancer un processus diplomatique avec le monde arabe et à prévenir ce qu’elle considère comme un isolement israélien croissant, Shaffir est devenue l’une des voix les plus bruyante du parti Travailliste et une candidate incontournable à sa direction à l’avenir.

Lors des Primaires de 2013, elle s’était placée 9ème (passant à la 8ème place sur la liste finale suite à la démission de Peretz).

En 2015, elle avait été propulsée à la deuxième place (chutant à la quatrième après la fusion entre le parti Travailliste et Hatenua). Elle espère cette année – une perspective envisageable – se hisser à la première place.

Itzik Shmuli

Le député Itzik Shmuli (Union sioniste) prend la parole lors d’une réunion du Comité du travail, de la protection sociale et de la santé à la Knesset, le 7 mars 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Comme Shaffir, Itzik Shmuli est entré à la Knesset en 2013 après s’être fait un nom lors des manifestations sociales de 2011. Et comme Shaffir, cet ancien président de l’Union nationale des étudiants israéliens est devenu depuis l’un des membres les plus éminents du parti, offrant l’espoir juvénile de lui rendre sa superbe.

Mais contrairement à sa collègue, Shmuli, 38 ans, s’est récemment élevé au sein de la formation en s’alignant sur les positionnements de Gabbay, malgré les critiques vives du chef actuel au sein du parti.

Après que Gabbay a rompu son partenariat avec la dirigeante de Hatnua, Tzipi Livni, le mois dernier, Shmuli a été désigné leader de la faction Travailliste et chef de l’opposition, prenant ce rôle qui était alors assumé par Yoel Hasson, législateur de Hatnua.

En tant que député, et dans le rôle bref qu’il a assumé en tant que leader des factions, Shmuli s’est distingué par sa défense des minorités, des personnes en situation de handicap et des allocations pour les retraités.

Après avoir fait son coming-out public lors d’une attaque au couteau meurtrière survenue lors de la Gay Pride de Jérusalem, en 2015, il est également devenu un député déterminant dans la bataille pour la GPA en faveur des homosexuels.

En 2013 et 2015, Shmuli a fini à une place derrière Shaffir. Un résultat qu’il espère pouvoir inverser cette année.

Shelly Yachimovich dirige une réunion de la Commission de contrôle de l’État à la Knesset le 31 décembre 2018 (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Alors que le réalisme impose la perspective de peu de fauteuils remportés lors des élections, Shaffir et Shmuli rivalisent pour battre leur patronne politique Yachimovich, qui avait dirigé la formation de 2011 à 2013.

En 2013, en faisant campagne sur la base d’un credo social-démocrate et en se concentrant sur le logement et l’économie, tout en ne s’exprimant que peu sur la paix et la sécurité, Yachimovich avait amené le parti à un score décevant de 15 sièges seulement lors des élections générales.

Pendant toute sa carrière politique et avant cela en tant que personnalité des médias, Yachimovich aura montré son inimitié envers les grandes entreprises. Cheffe des Travaillistes, elle a appelé l’Etat juif à adopter une approche plus socialiste au gouvernement. « Notre objectif est d’établir un gouvernement alternatif, responsable, social-démocrate », avait-elle déclaré lors du lancement de la campagne électorale de 2013.

Depuis qu’elle a été remplacée à la tête du parti, échouant ensuite à prendre la direction du plus important syndicat israélien, elle est devenue l’une des plus hautes personnalités de la formation à appeler cette dernière à davantage adopter et prôner une vision du monde sociale-démocrate.

Trouver un partenaire à Gabbay, qui a cherché à se concentrer sur les questions sociales dans une tentative d’éloigner le parti des messages traditionnels de sécurité et de campagne diplomatique de gauche, Yachimovitch a été nommée chef de l’opposition – Gabbay ne peut jouer ce rôle puisqu’il n’est pas membre de la Knesset – après la destitution de Livni.

Le président de l’Union sioniste, Avi Gabbay (à gauche), annonce la rupture brutale de l’Union sioniste avec son ancienne partenaire, Tzipi Livni, chef de l’opposition, pendant une réunion du parti à la Knesset, le 1er janvier 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Amir Peretz

Peretz, un autre ancien président du Parti travailliste qui a dirigé le parti en 2005-2007, recherche le soutien des membres du parti après l’avoir récemment rejeté en faveur de Gabbay lors de la course à la direction de 2017.

Membre de la Knesset depuis 1988, Peretz a quitté le Parti travailliste dans les années 1990 pour former le parti Am Ehad, qui a fusionné avec le Parti travailliste en 2005. En 2012, Peretz abandonne à nouveau sa maison politique au profit du parti Hatnua de Livni, qui, fin 2014, s’associe aux travaillistes pour former l’Union sioniste. Mais en février 2016, deux ans après avoir démissionné de son poste de ministre de la Protection de l’environnement dans le gouvernement de Netanyahu pour des raisons budgétaires, Peretz annonce qu’il retourne au Parti travailliste.

Peretz a un héritage militaire mixte : En tant que ministre de la Défense pendant la Seconde Guerre du Liban en 2006, Peretz – qui n’avait que peu d’expérience militaire avant de prendre ses fonctions – a été fortement critiqué par la Commission Winograd nommée par le gouvernement, bien qu’il ait depuis tenté de recadrer l’histoire en sa faveur. Toutefois, il est également crédité d’avoir approuvé le développement du système antimissiles Dôme de fer.

Bien qu’il soit perçu un peu comme un dinosaure par certains membres plus jeunes du parti, son expérience, à la fois comme ministre et comme vétéran du parti, l’a aidé à plusieurs reprises à se placer en tête de liste, une réalisation qu’il cherche à réitérer lundi.

Le député de l’Union sioniste Amir Peretz lors d’une réunion de la Knesset le 1er février 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Omer Barlev

Le député Omer Barlev, ancien commandant de l’unité de commando d’élite Sayeret Matkal de l’armée israélienne, fonctionne sur une plate-forme qui promet de « ramener la sécurité au Parti travailliste ».

Barlev, qui détient le grade de colonel et a fait carrière dans des entreprises de haute technologie avant d’être élu à la Knesset en 2013, a souvent fait appel au gouvernement pour ce qu’il décrit comme des failles de sécurité.

Mais il est aussi l’un des rares candidats travaillistes à critiquer avec véhémence la présence israélienne en Cisjordanie et à appeler sans compromis à une solution à deux États, affirmant l’année dernière qu’Israël se rapprochait chaque jour de l' »apartheid ».

En décembre 2015, Barlev, au milieu des rumeurs d’une visite prochaine, a qualifié Donald Trump, alors candidat à l’élection présidentielle américaine, de « raciste » qui ne devrait pas être le bienvenu au Parlement israélien.

Autre candidat raté dans la course à la direction de 2017, les critiques ont noté que, malgré quelque quatre ans au Parlement, Barlev a eu peu d’impact et l’ont accusé de manquer de charisme. En réponse, M. Barlev a souligné son travail au sein de la Commission des affaires étrangères et de la défense, affirmant que la plupart de ses efforts restaient en coulisses.

Le député de l’Union sioniste, Omer Barlev, donne une conférence de presse à la Knesset le 30 novembre 2015. (Miriam Alster/Flash90)

Eitan Cabel

Le critique le plus féroce de Gabbay est le député Eitan Cabel, qui est entré à la Knesset comme député travailliste en 1996 et qui est resté avec le parti depuis.

S’exprimant lors de la conférence du parti le mois dernier, Cabel a ouvertement demandé que Gabbay soit démis de ses fonctions afin d’éviter que le parti ne disparaisse.

« J’admets que j’ai fait une erreur. On a tous fait une erreur. J’ai fait une erreur en vous soutenant », a dit Cabel à la salle bouillonnante, à un rugissement de désapprobation de ce qui semblait être une légère majorité parmi les militants sur place.

Il a affirmé que le chef du parti avait menacé de faire tomber les travaillistes si ses dirigeants ne le soutenaient pas, ce que Gabbay a nié. Cabel a également dit qu’il avait passé un test de détecteur de mensonges pour prouver qu’il disait la vérité, et que les résultats dans sa main étaient la preuve que Gabbay avait effectivement proféré cette menace.

Alors que ses attaques contre Gabbay lui ont valu l’appui de nombreux membres travaillistes, d’autres soulignent son passé de changement d’allégeance au sein du parti et suggèrent que ses dernières actions ne sont rien d’autre que de se soumettre aux électeurs de la primaire.

Cabel a été une figure constante dans le top 10 de la liste du Parti travailliste depuis une décennie et demie. Cette fois, ce ne sera peut-être pas le cas.

Le président de la commission des Affaires économiques, le député Eitan Cabel (Union sioniste), à la Knesset, le 16 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
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