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Les prisonniers contrôlent les gardiens, le scandale de Gilboa débattu à la Knesset

L'avocate représentant les victimes affirme que la police était au courant d'un autre cas et n'a pas enquêté ; les législateurs accusent l'IPS de blanchir les allégations

Le chef de la division des ressources humaines de l'IPS, Tami Ezra, assiste à une discussion à la Knesset concernant les allégations d'abus sexuels dans la prison de Gilboa, le 3 août 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef de la division des ressources humaines de l'IPS, Tami Ezra, assiste à une discussion à la Knesset concernant les allégations d'abus sexuels dans la prison de Gilboa, le 3 août 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les législateurs israéliens ont accusé mercredi le Service pénitentiaire israélien (IPS) d’essayer de blanchir les allégations faites contre ses officiers au cours d’un débat animé sur le scandale de la prison de Gilboa, dans lequel des officiers supérieurs ont été accusés de « maquer les gardiennes » aux prisonniers de sécurité.

Au cours d’un débat conjoint tenu par la puissante commission des Affaires étrangères et de la Défense et la commission de la Sécurité intérieure de la Knesset, une gardienne de prison invitée à témoigner a déclaré que l’IPS était « un bon endroit pour travailler ».

Ses remarques ont toutefois été coupées par la commission, un certain nombre de législateurs qualifiant la décision de la faire témoigner de « mascarade montée par l’IPS ».

Tami Ezra, qui occupe le poste de chef de la division des ressources humaines de l’IPS et qui représentait l’organisation lors du débat, a qualifié l’affaire « d’incident difficile qui s’est déroulé il y a des années », précisant que les procédures de l’IPS ont été mises à jour en 2018 pour traiter de tels problèmes.

« En 2018, nous avons commencé à traiter les cas de harcèlement sexuel du personnel par des détenus », a-t-elle déclaré, sans fournir d’explication sur la raison pour laquelle aucune procédure n’avait été mise en place avant.

Elle a été interrompue par le député du parti Sionisme religieux Itamar Ben Gvir, qui l’a réprimandée pour avoir utilisé l’expression « harcèlement sexuel » pour décrire ce qu’il considère comme bien pire.

« Les gens parlent comme s’il s’agissait d’une discussion sur le harcèlement sexuel. Nous parlons de terroristes qui ont prostitué nos filles », s’est-il exclamé.

Le chef de la division des ressources humaines de l’IPS, Tami Ezra, assiste à une discussion à la Knesset concernant les plaintes pour abus sexuels dans la prison de Gilboa, le 3 août 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, le député Ram Ben Barak, a souligné l’importance de l’IPS comme organisation et a déclaré que depuis que l’affaire a été révélée en 2018, « nous n’avons plus entendu parler de cas similaires », indiquant, selon lui, que l’IPS avait pris des mesures pour s’assurer que de tels incidents ne se reproduisent pas.

Mais son affirmation a été contestée par l’avocate Keren Barak, qui représente plusieurs gardiennes qui affirment avoir été abusées. Barak a déclaré que cette année encore, l’unité de police chargée d’enquêter sur les allégations avait été informée d’une autre tentative de viol impliquant le même détenu présumé.

« En janvier, vous avez reçu le témoignage d’une personne qui a subi une tentative de viol qui s’est produite de la même manière que pour la soldate violée, au même endroit », a déclaré Barak.

« Ne dites pas que vous n’étiez pas au courant », a-t-elle ajouté en se tournant vers les représentants de la police dans le débat.

« C’est un échec sécuritaire, un échec moral… Je comprends que vous vouliez clore l’affaire mais il y a encore beaucoup à faire », a ajouté Barak. Elle a également accusé le parquet, la police et l’IPS de tenter de présenter les soldates comme des « menteuses avides ».

Les députés Ram Ben Barak, à droite, et Merav Ben Ari, au centre, dirigent un débat à la Knesset sur les plaintes pour abus sexuels dans la prison de Gilboa, le 3 août 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

La députée Orit Strock du parti Sionisme religieux a déploré la situation dans laquelle « les terroristes se trouvent dans un endroit où ils contrôlent les gardiens. »

« Notre bras long les attrape pour ensuite les placer dans un luxueux jardin pour enfants », a-t-elle déclaré. « Ce qui est arrivé aux gardiennes est terrible, mais tout ce qui se passe là-bas est terrible, au-delà de ces événements ».

Ilana Yerushalmi, la procureure en chef du district nord, a défendu la police et l’accusation en notant que l’enquête était sous embargo, ce qui « a donné l’impression que ceux qui enquêtaient sur l’affaire traînaient les pieds », ce qui n’est pas le cas, a-t-elle insisté.

« Nous sommes en train de retourner chaque pierre pour enquêter sur cette affaire… des dizaines de personnes ont été examinées depuis décembre 2021. Chaque témoignage est analysé et tous les efforts sont mis en œuvre pour établir la vérité », a-t-elle déclaré.

La députée Michal Rozin (Meretz) a dirigé ses critiques contre la coalition, lui reprochant de ne pas avoir créé en décembre une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire, comme l’opposition l’avait proposé à l’époque.

« Nous avons supplié le ministre de la Sécurité intérieure et son adjoint de nous laisser voter en faveur de la création d’une commission… Ils ont fermement refusé et nous avons été contraints de faire un compromis et de nous abstenir de voter », a-t-elle déclaré. « Au final, nous pouvons tous nous déclarer choqués, mais c’est nous qui avons échoué », a-t-elle ajouté.

Dvora Gonen, une mère endeuillée qui a perdu son fils, Danny, dans une attaque terroriste il y a sept ans, a également participé au débat. Mme Gonen, qui a récemment annoncé qu’elle participait aux primaires du parti d’extrême droite Sionisme religieux, a accusé l’État de laisser de tels incidents se produire.

« Un terroriste commet un acte de terreur à l’intérieur de la prison et viole une soldate – et tout cela est parrainé par l’État d’Israël », a-t-elle accusé.

La députée de Meretz Michal Rozin prend la parole lors d’une discussion à la Knesset concernant les plaintes pour abus sexuels à la prison de Gilboa, le 3 août 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Entre-temps, le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev a rejeté mercredi la demande du ministre de la Défense Benny Gantz de mettre fin à un accord de plusieurs années permettant aux conscrits militaires d’être incorporés dans l’IPS, en disant que cela nécessiterait un changement de la loi.

Gantz a répondu en disant que si la question n’est pas résolue par voie législative prochainement, il ne prolongera pas l’accord qui expire dans quatre mois.

Plus tôt dans la journée de mercredi, un haut responsable de l’administration pénitentiaire a déclaré à la radio israélienne que le harcèlement et les agressions sexuelles à l’encontre des gardiennes ne se limitaient pas à la prison de Gilboa et se produisaient régulièrement dans toutes les prisons d’Israël.

« Le harcèlement est quasi quotidien, nous parlons de crimes sexuels, d’actes indécents, d’abus verbaux et de tentatives d’agression sexuelle », a déclaré le fonctionnaire, ajoutant que d’autres employées travaillant dans le système pénitentiaire, comme les travailleurs sociaux, sont confrontées à des situations similaires.

Le fonctionnaire a ajouté que les détenus ont le sentiment de n’avoir rien à perdre et ne sont pas dissuadés par les punitions, comme de nouveaux chefs d’accusation ou le placement à l’isolement.

Le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev assistant à une réunion des Travaillistes à la Knesset, à Jérusalem, le 16 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Des informations révélant que des soldates de Tsahal étaient harcelées et agressées sexuellement dans les prisons israéliennes ont été signalées en 2018, mais elles ont été essentiellement ignorées jusqu’à l’année dernière, lorsqu’une enquête a été rouverte à la suite de nouvelles preuves.

Le mois dernier, Barlev a approuvé le licenciement de l’officier de renseignement de la prison, Roni Basha, en raison d’allégations selon lesquelles il « maquait » les gardiennes. Basha était en congé depuis novembre 2021, date à laquelle Freddy Ben Shitrit, l’actuel directeur de la prison dans le nord d’Israël, a fait des déclarations explosives concernant ces allégations.

Selon des informations publiées lundi, un autre officier de renseignement de l’IPS qui avait servi à la prison de Gilboa aurait été interrogé sous caution pour son implication présumée dans le scandale.

La décision de rouvrir l’enquête sur ces allégations est également intervenue après que Ben Shitrit – qui n’était pas présent à la prison au moment des incidents – a indiqué que les soldates qui servaient de gardiennes à la prison avaient été poussées à servir d’appât visuel ou pire encore à certains détenus afin d’empêcher les prisonniers de devenir incontrôlables.

Le site d’information Ynet a révélé la semaine dernière qu’un prisonnier palestinien condamné pour terrorisme, Mahmoud Atallah, faisait l’objet d’une enquête de police pour agression sexuelle alors même qu’il était derrière les barreaux.

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