Les rabbins conservateurs pourront assister aux mariages mixtes
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Les rabbins conservateurs pourront assister aux mariages mixtes

La fin de cette interdiction, vieille de quatre décennies, illustre une nouvelle approche des mariages mixtes

Illustration : un rabbin célèbre un mariage mixte à Boston, le 19 août 2011 (Crédit : autorisation  de Jared et Laurie Berezin)
Illustration : un rabbin célèbre un mariage mixte à Boston, le 19 août 2011 (Crédit : autorisation de Jared et Laurie Berezin)

JTA — L’association rabbinique du mouvement conservateur va autoriser ses rabbins à se rendre aux mariages mixtes.

Ce changement politique, qui met un terme à une interdiction vieille de quatre décennies, a été adopté la semaine dernière lors d’un vote de la commission sur la loi et les pratiques juives au sein de l’Assemblée rabbinique, qui détermine les règles à observer par ce mouvement religieux.

Alors que les rabbins conservateurs ne peuvent toujours pas procéder aux mariages entre juifs et non-juifs, ils sont désormais autorisés à assister aux mariages interconfessionnels sans avoir à redouter d’éventuelles sanctions. L’interdiction qui leur était faite d’assister à ce type de mariages – instituée en 1972 – n’avait pas été pleinement appliquée, même si de nombreux rabbins avaient indiqué l’avoir respectée.

« Les rabbins des mouvements conservateur et massorti ne sont autorisés à célébrer des mariages que si les deux parties sont juives », a indiqué la commission dans l’avis rendu.

« La célébration d’une union signifie de signer des documents ou d’intervenir verbalement lors de la cérémonie. La présence en tant qu’invité à un mariage où seulement l’une des parties est juive n’entre pas dans ce cadre de pratique religieuse ».

Le fait que la participation à un mariage mixte « n’entre pas dans le cadre » de la pratique religieuse – telle qu’elle a été redéfinie dans l’avis de la commission – signifie qu’elle n’est pas interdite, a appris le JTA, qui a sollicité l’Assemblée rabbinique pour des commentaires.

Ce changement marque une nouvelle avancée dans le débat sur le mariage interconfessionnel au sein du mouvement, qui était pourtant divisé sur la question. Par le passé, des rabbins ont été renvoyés ou ont choisi de quitter le mouvement afin de pouvoir célébrer des mariages mixtes, et d’autres ont indiqué avoir souffert de ne pas avoir pu assister au mariage de proches.

Mais le mouvement a également pris des initiatives pour accueillir les couples mixtes hors du cadre de la cérémonie de mariage proprement dite, en fêtant les nouvelles unions avant ou après la cérémonie officielle. L’année dernière, les synagogues du mouvement ont voté en faveur de l’adhésion de membres non-juifs.

L’année dernière aussi, les plus importants rabbins du mouvement se sont prononcés sur l’interdiction de la célébration des mariages mixtes dans une lettre ouverte. Cette dernière appelait à reconnaître les couples mixtes déjà mariés.

Par la suite, le mouvement a décidé de convoquer une commission chargée d’étudier cette interdiction faite aux rabbins et la question de la transmission du judaïsme par la filiation matrilinéaire, c’est-à-dire à travers une mère juive.

« Nous réaffirmons la pratique traditionnelle qui consiste à réserver la célébration d’un mariage par un rabbin à l’union entre deux juifs », avait dit la lettre en 2017, qui affirmait que les chefs du mouvement « sont, de la même manière, inflexibles sur le fait que nos rabbins et nos communautés font tout leur possible pour créer de multiples opportunités de relations profondes et bienveillantes entre le couple et le rabbin, le couple et la communauté – tout cela dans un contexte d’accueil et d’amour qui va bien au-delà du moment du mariage, et bien au-delà du mariage aussi ».

Ce positionnement a été à la fois salué et dénoncé : selon ses partisans, il maintenait la volonté d’accueil du mouvement dans le cadre de la loi et de la tradition juives, tandis que pour les détracteurs, il était peu probable que les couples se sentent les bienvenus s’ils avaient dû par ailleurs se marier hors du mouvement.

Au mois de janvier, le comité directeur de l’Assemblée rabbinique a rendu public un communiqué réaffirmant l’interdiction de la célébration des mariages mixtes et le principe de la transmission du judaïsme via la filiation matrilinéaire. Mais il a également attribué la résolution de la question de la participation aux mariages mixtes à la commission chargée de la loi juive, qui a émis son avis la semaine dernière. Cet avis appelle également à tendre la main aux couples mariés de religion différente.

« Cette pratique contribue à réaffirmer notre croyance dans le fait que les narratifs, les symboles et les rituels de la cérémonie de mariage juive que nous représentons s’appliquent aux couples Juifs susceptibles de les accepter comme ayant une signification religieuse authentique », dit l’avis émis la semaine dernière.

« Cette pratique importante ne préjuge pas toutefois de l’accueil et de la main que nous tendons aux couples et aux familles issues de mariages interconfessionnels, car nous avons la conviction qu’il est également important de créer des relations rabbiniques positives avec le membre juif ou le partenaire non-juif d’un tel couple ».

Depuis l’an 2000, plus de 70 % des juifs non-orthodoxes ont épousé des partenaires non-juifs, selon une étude réalisée en 2013 sur la communauté juive américaine par le centre de recherche Pew. Le mouvement réformé autorise les mariages mixtes, ce qui n’est pas le cas des orthodoxes.

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