Les rebelles syriens ont pris Jarablos à l’EI avec l’aide d’Ankara
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Les rebelles syriens ont pris Jarablos à l’EI avec l’aide d’Ankara

Les combattants de l'EI se sont retirés en direction d'Al-Bab ; Inquiétude de Moscou ; condamnation de Damas ; soutien de Berlin

Des chars de l'armée turque et-des combattants de l'opposition syrienne se déplacent à l'ouest de la ville frontalière de la Syrie Jarablos le 24 août 2016. (Crédit : AFP / BULENT KILIC)
Des chars de l'armée turque et-des combattants de l'opposition syrienne se déplacent à l'ouest de la ville frontalière de la Syrie Jarablos le 24 août 2016. (Crédit : AFP / BULENT KILIC)

Les rebelles syriens, soutenus par les forces terrestres et aériennes turques, ont pris mercredi la localité frontalière de Jarablos aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI), à l’issue d’une offensive éclair, selon des groupes insurgés et une ONG.

« Jarablos est complètement libérée », a affirmé à l’AFP Ahmad Othmane, commandant du groupe rebelle « Sultan Mourad » ayant pris part à l’offensive pour s’emparer de cette localité située dans le nord syrien, à la frontière turque.

Un porte-parole d’un autre groupe rebelle, Noureddine al-Zinki, a confirmé la chute totale de la ville aux mains des insurgés et affirmé que les combattants de l’EI s’étaient retirés en direction d’Al-Bab, un autre fief des jihadistes au sud-ouest de Jarablos.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une ON qui s’appuie sur un vaste réseau de sources à travers le pays en guerre, a affirmé que Jarablos était tombée car il y a eu « très peu de résistance » de la part des jihadistes.

L’armée turque a lancé mercredi une opération sans précédent mercredi en Syrie où elle a envoyé ses chars et ses avions de combat aider les rebelles à chasser l’EI de Jarablos, de l’autre côté de la frontière.

C’est la première fois depuis la création en juin 2014 de son « califat », regroupant des territoires sous son emprise en Syrie et en Irak voisin, que l’EI offre si peu de résistance face à une offensive visant à lui reprendre une région sous son contrôle.

Selon le géographe français expert de la Syrie, Fabrice Balanche, Jarablos compte 30.000 habitants, dont la moitié de déplacés. La population est essentiellement arabe avec, avant l’arrivée de l’EI, en janvier 2014, des minorités turkmène et kurde.

La Russie se dit « profondément préoccupée » par l’intervention turque en Syrie

La Russie s’est dite « profondément préoccupée » mercredi par l’importante opération lancée dans la nuit par l’armée turque en Syrie, s’inquiétant d’une possible aggravation des tensions avec les milices kurdes.

« Moscou est profondément préoccupée par ce qu’il se passe à la frontière turco-syrienne. La possibilité d’une dégradation supplémentaire de la situation dans la zone du conflit est inquiétante », a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

La Russie s’inquiète notamment « des éventuelles victimes collatérales dans la population civile » et de « l’aggravation des divergences entre les Kurdes et les Arabes ».

« La crise syrienne ne peut être réglée que sur la base du droit international, à travers un dialogue intersyrien, avec la participation de tous les groupes ethniques et confessionnels, y compris les Kurdes », a ajouté le ministère dans son communiqué.

L’opération « Bouclier de l’Euphrate » a été lancée mercredi avant l’aube par l’armée turque, soutenue par les forces de la coalition internationale antijihadiste, avec avions de combat et forces spéciales, dans le but de chasser le groupe Etat islamique (EI) de la localité de Jarablos, près de la frontière turco-syrienne.

Cette intervention rend encore plus complexe le conflit en Syrie qui implique plusieurs pays étrangers: les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et la Turquie du côté des rebelles, et la Russie et l’Iran du côté de Damas. Le régime de Bachar al-Assad ne contrôle plus qu’une partie du territoire, le reste étant aux mains des Kurdes, des jihadistes ou des rebelles.

D’après le président turc Recep Tayyip Erdogan, l’offensive vise non seulement l’EI mais aussi les autonomistes kurdes syriens, bête noire d’Ankara.

Washington a dit aux milices kurdes de ne pas franchir l’Euphrate

Washington a dit aux milices kurdes de Syrie de ne pas franchir l’Euphrate vers l’ouest, a déclaré mercredi le vice-président américain Joe Biden, lors d’une conférence de presse à Ankara avec le Premier ministre turc Binali Yildirim.

« Nous avons dit très clairement » que ces forces « doivent retraverser la rivière » et « n’auront, en aucune circonstance, le soutien des Etats-Unis si elles ne respectent pas leurs engagements, un point c’est tout », a déclaré M. Biden au sujet de la coalition des Forces démocratiques syriennes (FDS) dominée par les combattants kurdes.

M. Biden répondait à une question d’un journaliste sur l’opération lancée tôt mercredi par les forces armées turques, soutenues par la coalition antijihadiste, pour libérer la localité syrienne de Jarablos, située à proximité de la frontière turque, tenue par le groupe de l’Etat islamique (EI).

Damas condamne l’intervention turque en Syrie

L’intervention militaire de la Turquie en Syrie est une « violation flagrante » de la souveraineté du pays, a dénoncé mercredi le ministère syrien des Affaires étrangères.

Damas « condamne le franchissement de la frontière turco-syrienne par des chars et des blindés turcs en direction de la ville de Jarablos avec une couverture aérienne de la coalition menée par Washington, et considère qu’il s’agit d’une violation flagrante de sa souveraineté », a réagi le ministère dans un communiqué.

« La Syrie réclame la fin de cette agression », a-t-il ajouté.

« Quelle que soit la partie qui mène le combat contre le terrorisme sur le territoire syrien, elle doit le faire en coordination avec le gouvernement syrien et l’armée syrienne qui mène cette lutte depuis cinq ans », ont souligné les Affaires étrangères. »La lutte contre le terrorisme ne consiste pas à chasser l’EI pour mettre à sa place des organisations terroristes appuyées par la Turquie », a affirmé le ministère, en référence aux insurgés.

Le pouvoir de Bachar al-Assad ne fait aucune distinction entre les militants anti-régime, les insurgés et les jihadistes. Il accuse depuis 2011 Ankara, ainsi que l’Arabie saoudite et le Qatar, de financier et d’armer les rebelles.

« Le gouvernement turc a abandonné sa politique (hostile) à l’égard du régime et se trouve désormais à ses côtés dans un même camp », a dénoncé l’administration semi-autonome kurde dans un communiqué.

« L’intervention turque à Jarablos est (…) une déclaration de guerre contre l’administration autonome, le projet fédéral » auto-proclamé en mars par les Kurdes dans leurs régions dans le nord et le nord-est du pays, a tweeté Aldar Xelil, un responsable au sein de l’administration semi-autonome.

L’Allemagne soutient les opérations anti-EI et anti-Kurdes de la Turquie

L’Allemagne a apporté mercredi son soutien à l’offensive militaire de la Turquie lancée en Syrie contre le groupe jihadiste Etat islamique mais aussi contre les milices kurdes à la frontière entre les deux pays.

Après avoir souligné que la dimension anti-EI de l’opération turque était « à l’unisson des objectifs et intentions de la coalition anti-EI », le porte-parole de la diplomatie allemande a dit « respecter » la décision d’Ankara de porter le combat contre les groupes Kurdes en Syrie, pourtant alliés des Occidentaux dans le conflit syrien.

« La Turquie, à tort ou a raison, considère qu’il y a des liens entre, du côté turc, le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), que nous considérons aussi comme une organisation terroriste, et au moins une partie des Kurdes du côté syrien. Nous respectons cela, et nous considérons que c’est le droit légitime de la Turquie d’agir contre ces activités terroristes. Nous soutenons la Turquie sur ce point », a dit le porte-parole, Martin Schäfer, lors d’une conférence de presse régulière.

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