Les résidents des implantations ont voté en masse pour Benjamin Netanyahu
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Les résidents des implantations ont voté en masse pour Benjamin Netanyahu

Alors que certains attribuent la réussite du Likud aux promesses d'annexion, d'autres estiment qu'il s'agit d'allégeance au Premier ministre, qui est perçu comme étant attaqué

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au cours de la cérémonie d'inauguration d'un nouveau quartier dans l'implantation de Kiryat Arba, le 23 février 2020 (Crédit :  Gershon Elinson/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu au cours de la cérémonie d'inauguration d'un nouveau quartier dans l'implantation de Kiryat Arba, le 23 février 2020 (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a passé beaucoup de temps à faire campagne au-delà de la Ligne verte avant l’élection de lundi, cherchant à rappeler aux populations locales tout ce qu’il a fait et continuera de faire pour étendre et consolider leur présence sur place. Lundi, les résidents d’implantations lui ont rendu la pareille, accordant au Likud du Premier ministre un plus grand soutien qu’à toute autre formation parmi les Israéliens de Cisjordanie.

Sur les quelque 460 000 résidents d’implantations, 29,7 % des électeurs ont voté pour le Likud – un bond de 7,3 points par rapport aux élections de septembre. Le Likud a été le parti le plus populaire au-delà de la Ligne verte par le passé, mais cela a généralement été le cas lorsque les partis religieux nationaux ont été divisés. De plus, l’écart de 6,9 points de soutien entre le parti de Netanyahu et le deuxième plus populaire, Yamina, est le plus important qui soit depuis des décennies.

Ce soutien en hausse a été le plus évident dans les villes qui étaient déjà des bastions du Likud, comme Ma’ale Adumim et Ariel, les 3e et 4e plus grandes implantations, avec respectivement quelque 40 000 et 20 000 habitants. À Ma’ale Adumim, le Likud est passé de 49 % des voix en septembre à 59 % le 2 mars, et à Ariel, il est passé de 44 % à 52 % des suffrages.

Dans les foyers religieux nationaux connus pour leur soutien à Yamina ou à son prédécesseur, Habayit HaYehudi, le Likud a également réussi à gagner du terrain, passant de 23 % des voix à Efrat en septembre dernier à 34 % des voix cette semaine, Yamina passant de 60 % à 53 % de soutien. Des chiffres similaires ont été enregistrés à Ofra, où le Likud est passé de 17 à 29 %, tandis que Yamina a chuté de 68 à 64 % dans ce centre religieux national.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’annonce des résultats des sondages de sortie des urnes, le 2 mars 2020. (Crédit : Twitter)

Même dans les quartiers ultra-orthodoxes de Modiin Illit et de Beitar Illit, où les habitants soutiennent massivement les partis du Shas et de Yahadout HaTorah, le Likud a vu ses chiffres augmenter lundi par rapport aux élections précédentes. Dans l’ancienne implantation de 74 000 habitants, le Likud était le seul parti non ultra-orthodoxe à avoir obtenu plus d’un pour cent des voix. C’était également le cas à Beitar Illit, où 4,2 % des 21 339 bulletins de vote ont été accordés au Likud.

Dans les villes où les habitants ont généralement des opinions plus centristes, tant près de la Ligne verte que dans la vallée du Jourdain, le parti de Benjamin Netanyahu a également enregistré de légers gains. Le parti a grimpé de six points (à 38 % des voix) et de trois points (25 %) dans les bastions de Kakhol lavan de Har Adar et Alfei Menashe.

Alors que dans le reste du pays, le bond du Likud de 32 sièges en septembre à 36 lundi s’est fait au détriment des partis des deux côtés de l’échiquier politique, au-delà de la Ligne verte, les gains de Netanyahu semblent avoir affecté de manière plus significative le parti national de l’establishment religieux Yamina et celui de l’extrême droite Otzma Yehudit. Le premier a vu son soutien dans les implantations chuter de 24,4 % en septembre à 22,8 % cette semaine. Otzma Yehudit, quant à lui, est passée de 6,96 % des voix lors des dernières élections à seulement 1,6 % lundi.

Otzma Yehudit, qui était largement considérée comme n’ayant pratiquement aucune chance de franchir le seuil électoral lundi, a vu son soutien dans les localités les plus dures comme Yitzhar et Bat Ayin s’effondrer. À Yitzhar, tous les autres partis de droite ont gagné aux dépens de l’extrémisme, tandis qu’à Bat Ayin, le Likud a grimpé en flèche de plus de 20 points pour devenir le parti le plus populaire de l’implantation.

Un diagramme montrant les résultats des vote du 2 mars 2020 par parti dans les implantations. Likud 29,7 % ; Yamina 22, 8 % ; Yahadout HaTorah 21,1 % ; Shas 10,7 % ; Kakhol lavan 9,1 % ; Yisrael Beytenu 2,8 % ; Otzma Yehudit 1,6 % ; Parti travailliste-Gesher-Meretz 1,3 %. (Crédit : Conseil de Yesha)

Alors qu’il y a souvent un intérêt à différencier les résidents d’implantations et leurs besoins de ceux des Israéliens vivant de l’autre côté de la Ligne verte, le directeur du conseil de coordination de Yesha, Yigal Dilmoni, estime que ce succès du Likud dans les implantations lundi n’était pas nécessairement dû à la politique du Premier ministre qui les affecte directement.

« La population a réalisé qu’il y avait une lutte contre Bibi [Netanyahu] et s’est engagée à le soutenir », soutient Yigal Dilmoni. « Nous ne vivons pas dans une bulle non plus. Nous pensons que la situation est assez bonne à de nombreux niveaux et que Bibi est un diplomate de haut niveau, alors pourquoi changer cela ? »

Expliquant la légère diminution du soutien à Yamina, il explique que beaucoup de personnes étaient rebutées par la manière dont la faction avait été formée. L’alliance des partis religieux nationaux – HaYamin HaHadash, Habayit HaYehudi et l’Union nationale – a été rompue après les élections de septembre pour se reformer quelques heures avant la date limite de dépôt des listes en janvier, mais pas avant que le président du Habayit HaYehudi, Rafi Peretz, ne revienne sur un accord de fusion avec Otzma Yehudit afin de rejoindre Yamina, dont le leader, Naftali Bennett, refusait d’inclure la faction d’extrême droite.

Yigal Dilmoni suppose que de nombreux anciens électeurs d’Otzma Yehudit convaincus que le parti ne franchirait pas le seuil d’éligibilité ont dévolu leur soutien aux partis ultra-orthodoxes plutôt qu’à Yamina en raison de la colère suscitée par la décision de Bennett d’exclure la formation extrémiste.

Le président d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir (2e à gauche) s’exprime devant les médias au siège du parti le soir des élections, à Jérusalem, le 2 mars 2020. (Crédit : Mendy Hechtman/Flash90)

Interrogé sur les promesses de Netanyahu d’annexer des parties de la Cisjordanie ainsi que sur ses autres politiques visant à développer la vie israélienne au-delà de la Ligne verte, le directeur du Conseil de Yesha a déclaré que ces questions avaient moins d’impact. Néanmoins, il a insisté sur le fait que les électeurs des implantations croient que le chef du Likud tiendra ses promesses de souveraineté.

« Ils voulaient Bibi en raison de toutes les contributions positives qu’il apporte, et cela inclut la souveraineté », commente Yigal Dilmoni.

Mais pour Nevo Kaz, directeur national des affaires religieuses au Likud, il y avait une corrélation beaucoup plus forte entre les gestes et les promesses de Benjamin Netanyahu aux résidents d’implantations et leur décision de venir le plébisciter en masse lundi.

« Ils [les résidents d’implantations] lui font confiance. Personne d’autre ne peut s’occuper de leurs problèmes comme lui le peut », indique-t-il, citant l’ordre de Benjamin Netanyahu de raccorder 12 avant-postes au réseau électrique moins d’une semaine avant l’élection comme étant la plus récente des nombreuses contributions au mouvement d’implantation.

De gauche à droite : Naftali Bennett, Ayelet Shaked et Bezalel Smotrich lors d’un événement de campagne dans l’implantation d’Elkana, en Cisjordanie, le 21 août 2019. (Crédit : Ben Dori/Flash90)

« Il y a également fait d’innombrables visites pendant la campagne, au Tombeau des Patriarches à Hébron, à Kyriat Arba, à Ariel, à Mitzpe Yericho, à Ma’ale Adumim, à Efrat et à bien d’autres endroits », ajoute Nevo Kaz.

Jeremy Saltan, directeur de la communication en anglais de Yamina et expert en sondages, s’est déclaré d’accord avec Yigal Dilmoni sur ce qui a motivé le soutien au Likud. « La campagne contre Bibi a donné envie à d’autres personnes de s’identifier à lui », indique-t-il.

Quant aux autres questions qui auraient pu influencer les résultats finaux des élections, Jeremy Saltan spécule que l’augmentation des électeurs du Likud dans la vallée du Jourdain pouvait être attribuée au plan Trump et au lien de Netanyahu avec celui-ci. La poussée du parti à Ma’ale Adumim, ajoute-t-il, pourrait s’expliquer par l’annonce faite le mois dernier par le Premier ministre de nouveaux logements dans la zone E1, une zone controversée située à proximité de l’implantation.

« Mais il est difficile d’en être sûr », nuance-t-il. « Le vote stratégique est beaucoup plus facile à repérer que le vote thématique. »

Le responsable de la communication de Yamina a découvert, en faisant ses calculs, qu’un siège sur les quatre gagnés par le Likud dans le résultat total provenait d’anciens électeurs Kakhol lavan, ce qui n’était pas le cas en Cisjordanie. Un deuxième siège est venu des anciens électeurs d’Otzma Yehudit, dont beaucoup viennent des implantations. Un troisième siège lui a été accordé aux dépens des anciens électeurs de Yamina et un autre siège est venu de l’augmentation de la participation, selon lui.

S’interrogeant sur les moyens d’améliorer la campagne de Yamina, M. Saltan a déclaré que son parti aurait pu bénéficier de la dernière stratégie du Likud, qui visait à faire sortir les électeurs restés chez eux en septembre. « Peut-être aurait-il fallu faire plus d’efforts pour persuader les électeurs au sein du bloc, plutôt que d’essayer de recueillir des votes sur le terrain », suppose-t-il.

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