Les responsables israéliens de l’attaque du réacteur nucléaire syrien racontent
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Les responsables israéliens de l’attaque du réacteur nucléaire syrien racontent

Les responsables lancent par ailleurs un avertissement aux "ennemis" d'aujourd'hui, notamment l'Iran

Avigdor Liberman et Tzipi Livni en janvier 2013. (Crédit : Flash90)
Avigdor Liberman et Tzipi Livni en janvier 2013. (Crédit : Flash90)

Des politiciens et d’anciens responsables de Tsahal ont exprimé leur fierté mercredi après la première reconnaissance publique indiquant que les forces aériennes ont détruit un réacteur nucléaire syrien en 2007, lors d’une attaque audacieuse qu’un ancien ministre a décrite comme l’une des décisions stratégiques israéliennes les plus importantes de ces dernières décennies.

La confirmation officielle a mis fin à une politique de 10 ans et demi concernant l’attaque, connue dans le monde entier sous le nom d’Operation Orchard – dans la région de Deir Ezzor avant l’aube du 6 septembre 2007 – de manière ironique « selon les sources étrangères ».

« La destruction du réacteur nucléaire en Syrie est un épisode important dans l’histoire d’Israël et de son système de défense », a déclaré le député Amir Peretz (Union sioniste), qui avait été ministre de la Défense jusqu’à son remplacement par Ehud Barak deux mois et demi avant l’opération.

« Je suis fier d’avoir eu l’occasion de participer au renseignement, à la planification opérationnelle et diplomatique d’une procédure aussi complexe », a écrit M. Peretz sur Facebook. « Il a démontré que l’État d’Israël ne restera jamais sans rien faire et prendra toutes les mesures nécessaires pour éliminer une menace existentielle. »

Le député de l’Union sioniste Amir Peretz lors d’une réunion de la Knesset le 1er février 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Dans une interview à la radio de l’armée, Peretz a raconté que le chef du Mossad lui avait dit « qu’il voulait convoquer une réunion d’urgence. Il est venu et a révélé les renseignements qu’il avait, point par point, formant un puzzle entier qui indiquait un événement inhabituel ».

« A partir de ce moment, le compte à rebours a commencé à se mettre en marche », a-t-il dit. « Il était clair que le temps était compté. »

La députée Tzipi Livni (Union sioniste), qui était ministre des Affaires étrangères pendant l’opération, a déclaré que c’était « l’une des décisions stratégiques et de sécurité les plus importantes et justifiées qu’Israël a prises au cours des dernières décennies ».

« Même 11 ans plus tard, je me souviens des moments où nous étions assis dans le bunker de commandement de la base de la Kirya [à Tel Aviv] avec le chef d’état-major et le commandant de la Force aérienne, écoutant les rapports sur le déroulement de l’opération, recevant la confirmation que le réacteur avait été détruit, attendant le retour de nos avions en toute sécurité et espérant que le peuple israélien pourrait continuer à dormir tranquillement », a-t-elle dit dans une déclaration.

Tzipi Livni and Ehud Olmert at a cabinet meeting in 2007 (photo credit: Flash90)
Tzipi Livni et Ehud Olmert pendant une réunion du gouvernement, en mai 2007. (Crédit : Flash90)

Le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, qui était ministre des Affaires stratégiques en 2007, a déclaré que certains membres du cabinet avaient à l’époque hésité tandis que d’autres faisaient pression pour que l’opération soit menée à bien.

« La décision historique et courageuse que nous avons prise a prouvé que nous ne saurions être dissuadés en matière de sécurité », a tweeté Liberman. « Essayez d’imaginer ce qui se serait passé si nous n’avions pas agi. Nous ferions face à une Syrie nucléaire. »

Faisant peut-être allusion aux ambitions nucléaires actuelles de l’Iran et aux menaces de destruction d’Israël, le ministre de la Défense a ajouté que « la motivation de nos ennemis a augmenté ces dernières années, mais la puissance de Tsahal aussi… Cela doit être compris par tous au Moyen-Orient ».

Le ministre du Renseignement, Yisraël Katz, a été plus explicite, reliant spécifiquement la frappe syrienne à l’Iran.

« La décision courageuse du gouvernement israélien, il y a presque 11 ans, de détruire le réacteur nucléaire en Syrie et l’opération réussie qui s’en est suivie envoie un message clair : Israël ne permettra jamais à des pays comme l’Iran qui menacent son existence de posséder des armes nucléaires », a tweetté Katz.

James Jeffrey, qui était à l’époque le conseiller adjoint à la sécurité nationale des États-Unis, a déclaré à la radio de l’armée que l’administration américaine avait complètement soutenu Israël dans la réalisation des frappes.

« Les États-Unis étaient du côté d’Israël, le président [George W.] Bush a souligné que la priorité était la sécurité [d’Israël] », a-t-il dit.

Le pilote d’un avion de chasse F-15I, du 69e Escadron de l’armée de l’air israélienne, monte dans son avion avant une opération de bombardement d’un réacteur nucléaire syrien à Deir Ezzor le 5 septembre 2007. (Tsahal)

A l’époque, le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu faisait partie d’une petite équipe de quatre membres de la Commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset qui suivait de près l’attaque en temps réel, a déclaré mercredi le ministre de la Coopération régionale, Tzahi Hanegbi.

L’équipe était composée de deux députés de la coalition et de deux députés de l’opposition. Hanegbi, qui dirigeait à l’époque le comité influent de la Knesset, a déclaré que la « surveillance étroite » de cette attaque était sans précédent. Le politicien du Likud a dit qu’il voulait qu’Israël s’attribue publiquement le mérite de l’attaque, mais le gouvernement a insisté pour que le secret soit gardé.

Eliezer Shkedi, qui était alors commandant de l’armée de l’air, a raconté que près d’un an avant la frappe, « j’ai reçu des informations brutes sur des nouvelles très étranges et, pour la première fois, j’ai compris qu’il pouvait y avoir des activités nucléaires en Syrie ».

« L’idée principale était de le faire aussi discrètement et secrètement que possible », a déclaré Shkedi à Kan, le radiodiffuseur public, « Pourquoi ? Afin de ne pas nous retrouver dans une situation dans laquelle les Syriens réagissent immédiatement et que cela se transforme en guerre. »

Shkedi a décrit comment l’opération a reçu les autorisations du Premier ministre Ehud Olmert, du chef d’état-major Gabi Ashkenazi et du chef du Mossad Meir Dagan. Il se souvient aussi de la jubilation ressentie après qu’il a été confirmé qu’elle avait été couronnée de succès.

« Il y a très peu de moments dans la vie où une personne a l’impression d’avoir fait quelque chose qui la dépasse », a-t-il dit. « Il ne s’agissait pas du commandant de l’armée de l’air, de l’armée de l’air, de Tsahal ou du Premier ministre. C’était quelque chose énorme. »

Raphael Ahren et Judah Ari Gross ont contribué à cet article.

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