Les Saoudiens pourraient acheter la bombe atomique pakistanaise
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Les Saoudiens pourraient acheter la bombe atomique pakistanaise

Washington et Londres ont déclaré observer avec inquiétude la perspective d'une course aux armes nucléaires au Moyen-Orient, sur fond de peur croissante des Etats du Golfe envers l’arme nucléaire iranienne

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le roi Salmane ben Abdel Aziz al-Saoud (Crédit : Wikimedia)
Le roi Salmane ben Abdel Aziz al-Saoud (Crédit : Wikimedia)

L’Arabie saoudite tend la main à son allié pakistanais pour acquérir des armes atomiques « sur mesure » alors qu’une course aux armements nucléaires commence à prendre forme avec son rival iranien chiite, comme le rapportent des sources américaines.

« Pour les Saoudiens le moment est venu », a dit au Sunday Times un ancien fonctionnaire de la défense des États-Unis la semaine dernière. « Il y a un accord de longue date en place avec les Pakistanais et les Saoudiens ont désormais pris la décision stratégique d’enclencher l’accélérateur ».

L’ancien fonctionnaire anonyme a déclaré que les Etats-Unis ne croient pas que « des armes réelles aient déjà été transférées » mais notent que « les Saoudiens disent ce qu’ils pensent et ils feront ce qu’ils disent ».

Les tensions entre Téhéran et le Royaume ont augmenté au cours des derniers mois, alors que l’Arabie Saoudite a intensifié sa campagne aérienne contre les rebelles Houthi soutenus par l’Iran au Yémen.

Le roi Salmane d’Arabie saoudite a refusé une invitation à participer à un sommet historique organisé par le président américain Barack Obama la semaine dernière, alors que la tension est à son comble à propos des négociations nucléaires avec l’Iran sous commandement américain.

L’ancien chef du renseignement saoudien, le prince Turki bin Faisal, a exprimé le désir du royaume de se doter de l’arme nucléaire le mois dernier au Asan Plenum, une conférence organisée par l’Institut Asan des études politiques, basé en Corée du Sud. « Quel que soit ce que les Iraniens réussissent à avoir, nous l’aurons aussi, » aurait-il affirmé selon le New York Times.

Faisal a également averti que l’accord sur le nucléaire iranien « ouvre la porte à la prolifération nucléaire, et ne la ferme pas, au contraire de l’intention initiale ».

Selon le Sunday Times, l’Arabie saoudite et le Pakistan ont bénéficié d’une relation mutuellement bénéfique depuis des décennies. Arabie Saoudite a donné des milliards de dollars au Pakistan sous forme de pétrole subventionné, tandis que le second a officieusement accepté de fournir des ogives nucléaires à l’Etat du Golfe.

« Les programmes d’armes nucléaires sont extrêmement coûteux et il n’y a aucun doute qu’une bonne partie du financement du programme d’armement nucléaire du Pakistan a été fourni par l’Arabie saoudite » a déclaré au Sunday Times Lord David Owen, qui a été ministre des Affaires étrangères en Angleterre entre 1977 et 1979.

« Compte tenu de leurs relations étroites et des liens militaires rapprochés, il a longtemps été supposé que si les Saoudiens voulaient le nucléaire, ils feraient appel à un engagement, moral ou autre, du Pakistan pour que ce dernier leur fournisse des ogives nucléaires », relève Owen.

Cependant, ajoute le rapport, le lieutenant général Khalid Kidwai, qui a aidé des pionniers du programme nucléaire du Pakistan, a affirmé que le Pakistan n’avait jamais accordé l’accès à sa technologie nucléaire à l’Arabie Saoudite.

La principale préoccupation partagée par les responsables américains et européens est que si l’Arabie Saoudite devait acquérir l’arme atomique, cela pourrait inciter d’autres nations sunnites à vouloir suivre le mouvement.

Un responsable militaire britannique anonyme a également confié au Sunday Times que les chefs militaires occidentaux « pensent tous que les Saoudiens ont pris la décision de passer au nucléaire ».

Le responsable ajoute : « la crainte, c’est que d’autres puissances du Moyen-Orient, la Turquie et l’Egypte, puissent se sentir obligés de faire la même chose et nous verrons alors une nouvelle et encore plus dangereuse course à l’armement ».

Cette position a également été validée par les positions d’autres Etats du Golfe lors d’un sommet la semaine dernière entre les États-Unis et plusieurs pays arabes.

Un chef d’un Etat du Golfe non identifié assistant au sommet de Camp David a dit au New York Times : « Nous ne pouvons pas rester les bras croisés et être au point mort alors que l’Iran est autorisé à conserver une grande partie de sa capacité et à continuer ses recherches ».

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