Les services secrets britanniques ont-ils aidé des nazis à fuir la Justice ?
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Les services secrets britanniques ont-ils aidé des nazis à fuir la Justice ?

Stanislaw Chrzanowski, décédé en 2017, est soupçonné d'avoir été un criminel de guerre nazi puis plus tard espion pour Londres - ce qui lui aurait permis d'éviter toute poursuite

Stanislaw Chrzanowski, en mars 1942, en uniforme de la police auxiliaire biélorusse, une force de civils armés exécutant les basses œuvres des nazis, sur une photo retrouvée par son beau-fils John Kingston. (Crédit : John Kingston archives)
Stanislaw Chrzanowski, en mars 1942, en uniforme de la police auxiliaire biélorusse, une force de civils armés exécutant les basses œuvres des nazis, sur une photo retrouvée par son beau-fils John Kingston. (Crédit : John Kingston archives)

Alors qu’il était enfant, John Kingston écoutait en frissonnant les histoires de la Seconde Guerre mondiale de son beau-père, Stanislaw Chrzanowski, faites d’aventures et d’horreur.

Le jeune John, par la suite traumatisé par les violences de l’homme, se souvient notamment de ses récits d’interrogatoires dans la ville de Slonim, dans l’actuelle Biélorussie, et de prisonniers et de bébés torturés.

Si Stanislaw Chrzanowski, Polonais émigré au Royaume-Uni, a nié avoir participé à ces crimes et expliqué avoir vu ces horreurs avec des jumelles, la façon si vivante de raconter les récits, notamment avec toute une gestuelle, a fini par semer le doute chez John, le fils de sa compagne.

Dès lors, et ce, pendant plus de soixante ans, ce dernier a soupçonné son beau-père, qu’il décrit comme « très dangereux », d’avoir été plus qu’un simple garde au service du conseil local de sa ville natale d’Europe de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale, mais bien un criminel de guerre nazi qui avait réussi à échapper à la justice.

Il a ainsi enquêté sur lui, amassant des preuves et des documents, faisant tout pour que l’homme soit arrêté et comparaisse au Royaume-Uni. John a notamment pu réunir des témoignages. « C’était un boucher. C’est ce qu’il faisait – tuer des gens », lui a déclaré une témoin en 1996, qui l’a reconnu sur une photo de 1942. Il aurait notamment tué 50 Juifs en trois jours à Slonim, selon un autre témoin.

Il aurait été fait prisonnier de guerre à la fin du conflit, alors qu’il combattait sous l’uniforme nazi dans l’est de la France, et aurait ensuite changé de camp et rejoint les forces alliées polonaises.

Si l’Allemagne a enquêté sur Chrzanowski avant sa mort en 2017 à l’âge de 96 ans et qu’il a été interrogé par la police britannique, il n’a jamais été jugé. Les éléments contre lui étaient « insuffisants », d’après les autorités britanniques.

Cette histoire est racontée dans une enquête longue de cinq ans du journaliste Nick Southall de la BBC, qui a récupéré les archives de John Kingston à sa mort, en 2018, seulement six mois après celle de Chrzanowski.

Dans son reportage, Southall révèle, éléments à l’appui, que Chrzanowski aurait, après la guerre, espionné pour le compte de Londres pendant la Guerre froide, raison pour laquelle il aurait échappé à toute poursuite pour ses crimes passés. Autrement dit, le Secret Intelligence Service – les services de renseignement britanniques – aurait protégé ce criminel nazi.

Les dirigeants juifs britanniques réclament désormais une enquête afin de déterminer si Chrzanowski et d’autres ont été effectivement protégés par le Royaume-Uni.

Si lui et d’autres travaillaient pour les services de renseignement britanniques, alors c’est « un signe de honte pour le Royaume-Uni » et une « double trahison » envers les victimes de la guerre, a déclaré Efraim Zuroff du Centre Simon Wiesenthal, qui a transmis en 1986 une liste de suspects nazis au gouvernement Thatcher.

« Un grand nombre de ces personnes auraient dû – auraient pu – être traduites en justice », ajoute-t-il. « Il est triste que l’une des meilleures démocraties au monde n’ait pas pu faire poursuivre ces gens. »

Marie van der Zyl, présidente du Board of Deputies of British Jews, a elle déclaré que cela ressemblait à une « énorme dissimulation ». Robert Halfon, député conservateur juif, envisage de demander au Comité parlementaire de sécurité d’enquêter sur la présence de criminels de guerre nazis au Royaume-Uni « qui ont fini par travailler pour les renseignements britanniques ou pour tout autre organe de l’État ».

Ces criminels pourraient avoir été nombreux selon Nick Southall, alors qu’un seul d’entre eux, Anthony Sawoniuk – membre comme Stanislaw Chrzanowski de la police auxiliaire biélorusse, de la Waffen-SS, puis des forces polonaises combattant avec les Alliés –, a été condamné à la perpétuité pour crimes de guerre à Londres.

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