Les sites juifs presque tous en ruines et irréparables en Irak et en Syrie
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Les sites juifs presque tous en ruines et irréparables en Irak et en Syrie

Plus de la moitié des sites sont dans un état terrible pour cause de négligence et des réaménagements après la répression et l'exode des Juifs dans les deux pays

  • La synagogue de Mosul, en Irak, sur des images d'un reportage de France 24 au mois d'avril 2019 (Capture d'écran : YouTube)
    La synagogue de Mosul, en Irak, sur des images d'un reportage de France 24 au mois d'avril 2019 (Capture d'écran : YouTube)
  • Youssef Jajati, leader de la communauté juive en Syrie, montre la Torah dans la synagogue de Joubar qui remonte à l'an 718 avant l'ère commune, le 21 janvier 2000 (Crédit :  AP Photo/ Bassem Tellawi, File)
    Youssef Jajati, leader de la communauté juive en Syrie, montre la Torah dans la synagogue de Joubar qui remonte à l'an 718 avant l'ère commune, le 21 janvier 2000 (Crédit : AP Photo/ Bassem Tellawi, File)
  • La synagogue de Mosul, en Irak, sur des images d'un reportage de France 24 au mois d'avril 2019 (Capture d'écran : YouTube)
    La synagogue de Mosul, en Irak, sur des images d'un reportage de France 24 au mois d'avril 2019 (Capture d'écran : YouTube)
  • La synagogue Meir de Bagdad, vue derrière un mur, en Irak, le 7 août 2007 (Crédit : AP Photo/Hadi Mizban)
    La synagogue Meir de Bagdad, vue derrière un mur, en Irak, le 7 août 2007 (Crédit : AP Photo/Hadi Mizban)
  • Tawfiq Safeer prépare la synagogue de Bagdad pour la prière, le samedi 21 mars 1998 (Crédit :  AP Photo/Jassim Mohammed)
    Tawfiq Safeer prépare la synagogue de Bagdad pour la prière, le samedi 21 mars 1998 (Crédit : AP Photo/Jassim Mohammed)

L’état actuel de plus de 350 sites du patrimoine juif et les secteurs dans lesquels ils sont localisés, en Irak et en Syrie, ont fait l’objet d’un nouveau projet de recherche majeur. Mais la majorité serait en ruines ou presque, souvent pour cause de négligence ou de travaux de réaménagement.

L’étude menée par la JCHI (Jewish Cultural Heritage Initiative) pendant 18 mois a répertorié et évalué les sites de l’antiquité à nos jours construits dans des centres de vie juives, autrefois vibrants, au Moyen-Orient.

Mais un rapport annexe qui a été publié ce mois-ci clame que presque 90 % des sites en Irak – et plus de la moitié de ceux qui se trouvent en Syrie – sont dorénavant irréparables ou, tout du moins, dans un état de délabrement extrême.

Il identifie également quatre sites irakiens où, selon lui, des « secours d’urgence » de préservation pourraient être déterminants. Parmi ces sites, la dernière synagogue encore active dans le pays et un cimetière de Bagdad où reposent les Juifs qui avaient été pendus en public dans les années 1960 après avoir été accusés d’espionnage pour le compte d’Israël.

La JCHI est née d’une collaboration entre la Foundation for Jewish Heritage de Londres et l’American Schools of Oriental Research.

L’étude a été dirigée par le docteur Darren Ashby et par la docteure Susan Penacho de la Cultural Heritage Initiatives au sein de cette institution américaine. L’équipe de recherche a travaillé sur le terrain, mais aussi sur la base de documentaires et de photos prises par satellite.

La vie communautaire juive en Irak et en Syrie – qui remonte à Babylone, il y a 2 600 ans – a été décimée par les répressions et l’émigration lors de la seconde moitié du 20e siècle, suite à l’établissement de l’Etat d’Israël.

L’étude de la JCHI clame pourtant qu’un « patrimoine matériel significatif persiste aujourd’hui ».

La synagogue de Mosul, en Irak, sur des images d’un reportage de France 24 au mois d’avril 2019 (Capture d’écran : YouTube)

L’état des sites varie profondément entre l’Irak et la Syrie. En Irak, les chercheurs ont attribué à 89 % de ces sites leur note de préservation la plus basse, celle du « point de non-retour », ou déterminé que rien de défini ne pouvait plus être trouvé dans leur état actuel.

Les chercheurs pensent que la majorité écrasante des sites de patrimoine entrés dans la catégorie dite « sans information disponible » se trouvent probablement dans un état de délabrement extrême, voire irréparables.

En Syrie, 53 % des sites sont classés comme étant au point de non-retour » ou dans la catégorie « sans information disponible ».

Pour 11 % des sites qui sont encore présents en Irak, neuf sont répertoriés comme étant dans un état « médiocre » et 12 % sont dans un état « très mauvais », disent les chercheurs.

Dix sont inscrits comme étant dans un état « assez bon » ou « bon ».

En Syrie, 27 sites sont catégorisés comme étant dans un état « assez bon » ou « bon » et six sont répertoriés dans la catégorie « médiocre » ou « très mauvais ».

En tout, 68 sites irakiens sont considérés comme étant au point de non-retour et aucune information n’a pu être disponible concernant 198 autres. En Syrie, les chiffres respectifs, pour ces deux catégories, sont de 32 et six sites.

Image non-datée d’Al-Bandara ou synagogue centrale d’Alep, en Syrie (Crédit : Domaine public via Wikipedia)

« Il y a une différence entre l’Irak et la Syrie en ce qui concerne la préservation », note le rapport. Il souligne que les dix sites irakiens classés comme « bon » ou « assez bon » représentent « approximativement un tiers du nombre de sites syriens malgré la taille globale du corpus irakien, qui est trois fois celle du corpus syrien ».

Mais dans les deux pays, ajoute le rapport, « la plus grande partie des bâtiments appartenant au patrimoine du 19e et du 20e siècles est dans un état très médiocre et irréparable, en raison principalement de la négligence et du réaménagement urbain ».

Pour les chercheurs, le projet « a pris place dans un environnement difficile ». Ils admettent qu’il n’a pas permis de rendre une « image pleinement exhaustive ».

Toutefois, les 368 sites présents dans la base de données de la JCHI, suggère le rapport, « représentent un carrefour du patrimoine construit par les communautés juives en Irak et en Syrie jusqu’à aujourd’hui ».

« Ces bases de données incluent les constructions et les implantations majeures dans les deux pays, ainsi qu’un certain nombre de sites supplémentaires qui sont significatifs aux niveaux régional et local », continue-t-il.

« A une période où l’attention est forte concernant la sauvegarde des patrimoines en péril au Moyen-Orient, cette recherche unique a permis de mettre en lumière un aspect toutefois oublié – celui du patrimoine antique remarquable des communautés Juives de la région », a déclaré dans un communiqué de presse Michael Mail, directeur de la Foundation for Jewish Heritage américaine.

La communauté juive a apporté une contribution profonde et il est de notre devoir de garantir que cet héritage et son histoire ne seront pas effacés

« La communauté juive a apporté une contribution profonde et il est de notre devoir de garantir que cet héritage et son histoire ne seront pas effacés », a-t-il ajouté.

La recherche comprend une liste de 27 sites, en Irak et en Syrie, actuellement en danger en raison de leur état « médiocre » ou « très mauvais ».

Parmi eux, deux synagogues en Syrie – la synagogue Bandara d’Alep et la Synagogue du prophète Elie à Damas – et un site en Irak – le tombeau du prophète Ezéchiel, à Al-Kifl – qui, selon les chercheurs, ont une importance internationale. Sept autres sites sont reconnus comme « significatifs au niveau national » et quatre comme « significatifs au niveau régional ».

Selon le projet, quatre sites devraient être candidats prioritaires à des « secours d’urgence ». Tous se trouvent en Irak, en raison de la guerre civile syrienne qui continue sans relâche. Dans les quatre cas, dit la JCHI, « une intervention en urgence serait susceptible d’améliorer substantiellement leur état ».

Tawfiq Safeer prépare la synagogue de Bagdad pour la prière, le samedi 21 mars 1998 (Crédit : AP Photo/Jassim Mohammed)

A la tête de ces quatre sites, la dernière synagogue encore active en Irak et qui se situe à Bagdad, la synagogue Meir Tweig. Le lieu de culte, clame le rapport, accueille également des artéfacts et équipements d’autres synagogues et bâtiments communautaires qui sont dorénavant fermés.

La communauté juive compterait dorénavant moins de dix personnes en Irak – en particulier des personnes âgées. Par le biais d’intermédiaires dans le pays, la JCHI a été en mesure d’entrer en contact avec des membres de la communauté à Bagdad.

La synagogue Meir de Bagdad, vue derrière un mur, en Irak, le 7 août 2007 (Crédit : AP Photo/Hadi Mizban)

Les travaux sur la synagogue – qui est considérée comme étant dans un état « assez bon » – sont « hautement envisageables », estiment les chercheurs.

« Le site est placé sous le contrôle de la communauté juive qui a d’ores et déjà préparé une liste d’entrepreneurs avec lesquelles elle a travaillé sur d’autres projets, » note le rapport. Mais, ajoute-t-il, « la principale inquiétude, pour la communauté juive, est la visibilité. Elle ne veut pas attirer l’attention sur le lieu où se trouve la synagogue ».

Sabah Haim et David Hazaquiel, deux hommes d’affaires juifs lors de leur pendaison à Bagdad, en Irak, parce qu’ils étaient des espions israéliens, le 27 janvier 1969 (Crédit : AP)

Les trois autres sites considérés comme prioritaires par la JCHI comprennent le cimetière juif Al-Habibiyah de Bagdad. Etabli au tout début du 20e siècle, il est le principal endroit où les Juifs se faisaient inhumer. Un grand nombre de notables y ont été enterrés, et notamment ces Juifs qui avaient été pendus en public à Bagdad, au mois de janvier 1969, parce qu’ils étaient soupçonnés d’être des espions pour le compte d’Israël.

Selon le rapport, le cimetière est dans un état de délabrement plus avancé que la synagogue Meir Tweir.

« L’intérieur de cette propriété entourée par des murs est rempli de végétation à de multiples endroits et les lieux sont utilisés comme décharge par les habitants des maisons adjacentes qui y jettent leurs ordures. Un grand nombre de tombes se trouvent dans un état médiocre », dit le rapport.

Dans le nord de l’Irak, les chercheurs ont déterminé deux sites candidats à des travaux de restauration d’urgence dans un secteur du pays où des reconstructions sont d’ores et déjà entreprises dans le sillage de la guerre.

La synagogue de Mosul, en Irak, sur des images d’un reportage de France 24 au mois d’avril 2019 (Capture d’écran : YouTube)

Construite en 1902, la synagogue Sasson de Mossoul était la principale synagogue de la ville pendant le 20e siècle, grâce à sa situation centrale, dans le quartier juif. Les chercheurs estiment que, même si elle est actuellement dans un état « très mauvais », elle reste le bâtiment issu du patrimoine juif le mieux conservé dans la ville.

« Le plafond de la synagogue s’est effondré à de multiples endroits, exposant la décoration intérieure – et notamment les peintures murales – aux intempéries et augmentant le risque que le reste de l’architecture ne s’effondre », écrivent les chercheurs. « Les lieux sont également remplis d’ordures et de débris qui ont été déposés dans le bâtiment au cours des dernières décennies. De plus, des pilleurs se sont attaqués au site, s’emparant d’artefacts culturels juifs ».

كنيس ساسون بالموصل .. Sassoon Synagogue in Mosul

كنيس ساسون (اخر كنيس قائم بالموصل من ٥ كنس كانت موجودة حتى اواسط السبعينات) رقم القطعة 186/2 – محلة اليهوديقع بمحلة اليهود ويجاور المدرسة اليهودية ويؤدي اليه طريق خاص غير نافذ, وتحيط به الدور من جهاته الاربعة وما يظهر منه للخارج هو المدخل الخارجي وجدار الغرفة الواقعة على الضلع الجنوبي, يقع المدخل الخارجي بزاوية البناء الجنوبية الشرقية والمدخل يتراجع بمقدار (1.5م) عن استقامة الزقاق الذي يتقدمه وهو بشكل فتحة مستطيلة الشكل (2×1.2م) والتي تتراجع هي الاخرى بمقدار (0.50م) عن سمت جدار الواجهة الخارجية وعليها باب من الحديد بمصراعين حديث الصنع .الكنيس يعود للطائفة الموسوية و تم الاستيلاء عليه (اشغاله) اواسط السبعينات بعد مغادرة اخر يهود الموصل من قبل احد الجيران، في اواسط الثمانينات وبقرار من مجلس قيادة الثورة لتصفية املاك يهود العراق الغائبين، تم بيع المدرسة و الكنيس للعائلة التي تشغله وهو ملكية خاصة الان.Sasson Synagogue(The last synagogue in Mosul out of 5 existed until the mid-seventies)Plot No. 186/2 – Jewish neighbourhood.The outer entrance is located at the corner of the south-eastern building and the entrance is reduced by 1.5 m from the straightness of the alley. (2 × 1.2 m), which is also reduced by 0.50 m from the wall of the exterior facade and has an iron door with two modern-made signs.In the middle of the 1970s, after the last Jews of Mosul left, it has occupied by a neighbor, in the mid-1980s and with a decision by the Revolutionary Command Council to liquidate the property of Iraq's absentee Jews, the school and the synagogue were sold to the family it occupies and it's a private propety now.

פורסם על ידי ‏‎Gilgamesh Center for Antiquities and Heritage Protection‎‏ ב- יום חמישי, 12 ביולי 2018

A quarante-cinq kilomètres de Mossoul se trouve le tombeau du prophète Nahum, dans la ville d’al-Qosh, en Irak. Sa construction remonterait au moins au 12e siècle avant l’ère commune et il a été un lieu de pèlerinage important pour les communautés juives de Mossoul et des régions avoisinantes, en particulier à Shavouot.

Le site est constitué d’une synagogue centrale où trône le tombeau du prophète, et d’une série de bâtiments auxiliaires répartis autour d’une cour.

Le tombeau du prophète juif Nahum à Al-qosh, en Irak (Crédit : Chaldean, CC-BY-SA, via wikipedia)

Les chrétiens locaux avaient tenté de maintenir en état le tombeau après le départ des communautés juives, et l’endroit a été également au coeur d’initiatives internationales de préservation au cours de la dernière décennie. Il est aujourd’hui considéré comme étant dans un état « médiocre ». Toutefois, à l’issue de travaux de stabilisation menés à la fin de l’année 2017, un projet de restauration initié par l’Alliance pour la restauration du patrimoine vient de commencer. Il est soutenu financièrement par le gouvernement américain, le gouvernement régional Kurde et des donateurs privés.

Les chercheurs pensent – tandis que de nombreux facteurs entrent en ligne de compte pour les niveaux de préservation plus élevés en Syrie qu’en Irak – que « deux facteurs inter-connectés se distinguent : La politique menée en direction de la population juive par le gouvernement et le calendrier de l’émigration juive dans ces deux pays ».

En Syrie comme en Irak, les violences antisémites et les répressions gouvernementales avaient provoqué un exode massif des Juifs suite à l’établissement de l’Etat d’Israël, en 1948.

FILE – This Sunday, April 20, 2008, file Des Juifs syriens fêtent Pessah dans la synagogue al-Firenj, dans le centre de Damas, le 20 avril 2018 (Crédit : AP Photo/Bassem Tellawi, File).

Pour les membres de la communauté restés en Syrie, « le degré des répressions a été fluctuant avec le temps » et, au milieu des années 1970, « on les a largement laissés gérer leurs propres affaires religieuses, sociales et économiques ». Des restrictions dures sur l’émigration juive sont néanmoins restées en place jusqu’au début des années 1990.

En Irak, l’émigration avait été restreinte de manière similaire et interdite en 1952. Mais elle avait été autorisée à nouveau vingt ans plus tôt que cela n’avait été le cas en Syrie, avec une grande partie de la communauté juive encore présente qui avait quitté le pays au début des années 1970.

« Les différents degrés de répression et les calendriers de départ de la communauté ont eu un impact sur la préservation du patrimoine immobilier juif », explique le rapport. « En Syrie, une partie de la communauté a été maintenue par la force entre les frontières du pays mais elle est parvenue à garder un certain contrôle sur ses biens communautaires, et en particulier sur les synagogues ».

Youssef Jajati, leader de la communauté juive en Syrie, montre la Torah dans la synagogue de Joubar qui remonte à l’an 718 avant l’ère commune, le 21 janvier 2000 (Crédit : AP Photo/ Bassem Tellawi, File)

Même avec le départ d’une grande partie de la communauté juive qui était restée jusqu’alors en Syrie, après 1992, le gouvernement a ensuite continué à préserver les sites à des desseins politiques. Ce qui a entraîné, selon le rapport, « la protection du patrimoine juif dans les villes majeures de Damas et d’Alep, malgré l’absence d’une communauté juive dévouée à sa préservation ».

En Irak, les choses ont été quelque peu différentes, continuent les chercheurs. « Presque tous les Juifs irakiens ont quitté l’Irak au milieu des années 1970 et la plupart des bâtiments communautaires appartenant au patrimoine juif ont été transférés sous le contrôle de l’Etat irakien, qui les a négligés, réorientés à d’autres usages, ou cédé à des privés pour qu’ils s’en servent ou procèdent à des réaménagements », explique le rapport.

« Ainsi, la plus grande partie du patrimoine irakien s’est détériorée de manière significative, ou a été substantiellement modifiée, si elle n’a pas été entièrement détruite », déplorent les auteurs.

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