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Les start-ups se préparent à un rôle majeur dans la construction du méta-univers

La start-up de "réalité créative" D-ID et la compagnie de VR/AR Glimpse Group établissent un partenariat pour donner "vie" à un monde virtuel futuriste

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Un visiteur interagit lors d'une exhibition avec des lunettes de réalité virtuelle dans la Galerie Saatchi à Londres, le dimanche 23 décembre 2018. (AP Photo/Raphael Satter)
Un visiteur interagit lors d'une exhibition avec des lunettes de réalité virtuelle dans la Galerie Saatchi à Londres, le dimanche 23 décembre 2018. (AP Photo/Raphael Satter)

La plus grande firme de réseau social du monde – qui est aussi la plus controversée – Facebook, peut avoir revendiqué l’exclusivité du « méta-univers », changeant même récemment son nom en « Meta » pour signaler son adoption franche et massive de ce monde virtuel futuriste : toutefois, et comme c’est le cas pour internet, cet univers appartient à tous. Et les entreprises, importantes ou moins importantes, en Israël y-compris, œuvrent à développer des technologies qui donneront vie au méta-univers, au sens propre comme au sens figuré.

Le méta-univers est un monde de communautés virtuelles interconnectées où les individus peuvent se rencontrer, travailler, jouer, utilisant toute une gamme d’outils tels que des casques de réalité virtuelle, des lunettes de réalité augmentée ou des applications sur smartphone. Les usagers peuvent créer des avatars, ou des représentations numériques, pour s’engager dans différentes zones et différentes parties de ce méta-univers.

Cela fait des décennies que certains parmi ces éléments existent – tout comme le terme « méta-univers ». Dans le monde du jeu vidéo, des entreprises comme Epic Games et Roblox ont créé des environnements virtuels qui rappellent le méta-univers, dans lesquels les usagers peuvent adopter des avatars qui sont de plus en plus sophistiqués. Second Life, une plateforme de simulation initialement lancée en 2003, a créé un monde virtuel tout entier, avec sa propre économie et ses propres devises.

Des entreprises comme Facebook, Microsoft et Nvidia cherchent aujourd’hui à amener ce méta-univers à un tout autre niveau, en 3D, pour permettre de créer des expériences « d’immersion » et « holographiques ».

Au cœur des technologies du méta-univers, la réalité virtuelle (VR), la réalité augmentée (AR), la réalité élargie (XR), qui combinent environnements réels et virtuels et l’intelligence artificielle (IA), explique l’entrepreneur né en Israël Lyron Ben-Tovim, fondateur du Glimpse Group, une start-up spécialisée dans ce type de technologies et qui développe des solutions pour des secteurs variés. Cette compagnie, cotée en Bourse, compte onze filiales qui travaillent sur des outils virtuels et sur des logiciels dans des secteurs tels que l’éducation, les soins de santé, la création graphique, l’agro-alimentaire et la vente au détail.

Ben-Tovim a expliqué au Times of Israel que ces technologies évoluaient mais qu’il restait énormément de travail concernant la capacité à rendre le méta-univers plus engageant et réaliste. « Nous entrons actuellement dans un nouveau cycle de technologies de VR, d’AR, et d’IA qui aideront à construire ce monde », s’est exclamé Ben-Tovim, dont le bureau se trouve à New York. « Le cycle précédent nous a aidés à décoller mais il reste encore beaucoup à faire au stade de la construction 2D. »

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a annoncé que l’entreprise changerait de nom pour devenir Meta, le 28 octobre 2021. (Capture d’écran)

« Le méta-univers va combiner tous ces éléments qui, d’ici dix à quinze ans, nous permettront de travailler dans un bureau virtuel, assis ‘à côté’ de nos collègues, puis de voyager dans un monde fabriqué, fictif, pour nous y amuser, un monde où nous pourrons écouter de la musique, avoir des loisirs, faire du sport, etc… en nous déplaçant d’un endroit à l’autre aisément et sans rien manquer », a-t-il expliqué.

Ces « éléments » pour le méta-univers sont encore en cours de conception et « c’est le tout début », a-t-il reconnu. Toutefois, Ben-Tovim se plaît à dépeindre l’image d’un monde virtuel qui sera plus réaliste encore.

Pour ce faire, le Glimpse Group de Ben-Tovim a annoncé un nouveau partenariat avec la start-up de « réalité créative » D-ID, une entreprise israélienne spécialisée dans les technologies de reconstitution vidéo brevetées.

Fondée en 2017, D-ID a commencé comme une firme « d’anonymisation » avec un logiciel visant à protéger les photos et les vidéos numériques des personnes des technologies de reconnaissance faciales automatisées et non-autorisées. Depuis, la compagnie a créé des produits capables d’animer des photographies figées et de faciliter la production de vidéos de haute-qualité à l’aide de l’IA et de l’apprentissage automatique.

Les fondateurs de D-ID, de gauche à droite : Eliran Kuta, Gil Perry et Sella Blondheim. (Autorisation)

« On peut Harry-Potteriser le monde et donner vie à des éléments numériques », a expliqué l’un des fondateurs de D-ID, Gil Perry, lors d’une visioconférence depuis les États-Unis où la firme concentre actuellement ses efforts de vente et de commercialisation.

« Avec nos capacités dans le domaine de l’IA et celles de Glimpse dans le secteur de la Réalité virtuelle, les possibilités sont infinies », selon Perry, qui a fait remarquer que, pour donner vie au méta-univers, il faudrait que les entreprises autres que les géants technologiques puissent s’impliquer.

Au début de l’année, les technologies de D-ID ont participé à une campagne réalisée par MyHeritage, la firme de généalogie israélienne qui propose également des tests ADN, en transformant les images figées de proches décédés depuis longtemps en images animées, en versions expressives d’eux-mêmes. Sous le nom de « Nostalgie profonde », cet outil sans précédent a fait fureur sur internet au mois de mars, avec des personnes, dans le monde entier, qui l’ont utilisé pour redonner vie à de vieilles photographies familiales. D’autres en ont fait usage pour faire revivre des personnalités historiques ou religieuses variées – Jésus, George Washington, Mozart ou David Ben-Gurion.

Une vieille photo animée par l’outil « Nostalgie profonde » de MyHeritage. (Autorisation : MyHeritage)

Au mois d’octobre, D-ID s’était uni au géant alimentaire Mondelēz International et à l’agence de publicité multinationale Publicis pour le lancement d’une campagne de marketing interactive au Vietnam. La campagne marquait la fête de la mi-automne – également connue sous le nom de fête de la Lune – qui célèbre la fin de la récolte automnale. Les utilisateurs avaient pu « redonner vie à des souvenirs de la fête de la mi-automne » grâce aux outils développés par la start-up.

La compagnie a aussi travaillé, dans le passé, avec la Warner Bros., permettant aux spectateurs de créer leur propre scène dans le film « Reminiscence » de Hugh Jackman en utilisant une photo d’eux.

« Si c’est à Hollywood que les rêves se réalisent, c’est l’IA qui est l’outil ultime qui permet de transformer ces rêves en expériences extraordinaires », avait commenté Perry à ce moment-là.

Le méta-univers, dit Perry au Times of Israel, va « tout » changer, de la manière dont les gens interagissent à la façon dont ils entrevoient le monde, dont ils travaillent, dont ils vivent.

Mais la réussite du méta-univers « dépend de personnages numériques réalistes, qui seront nécessaires pour que les gens en fassent une partie essentielle de leur vie quotidienne. Ils danseront à des concerts virtuels, ils iront visiter des musées avec des amis, ils interagiront avec des marques et encore davantage s’ils ont le sentiment que l’expérience est une vraie immersion et qu’ils peuvent s’identifier aux avatars », a dit Perry dans un communiqué annonçant le partenariat avec Glimpse.

Les gens recherchent des mouvements naturels, des expressions réalistes du visage, reconnaissent Perry et Ben-Tovim.

Glimpse et D-ID travaillent aujourd’hui ensemble sur la démonstration d’une technologie conceptuelle qui permettra aux usagers d’animer des photographies directement sur leurs appareils, sans avoir besoin de les télécharger sur une plateforme.

Interrogé sur les inquiétudes liées à la confidentialité dans un monde où Facebook, frappé par une série de crises et qui a fait l’objet d’accusations préoccupantes, tente d’ouvrir la route vers le méta-univers, Ben-Tovim déclare qu’il doit y avoir des régulations mises en œuvre et la volonté, de la part de toutes les parties impliquées, de « construire un bon monde ».

Perry souligne que D-ID a fait ses débuts en tant qu’entreprise spécialisée dans la confidentialité, développant des algorithmes capables « d’anonymiser » les visages. « Il faudra nous assurer que le paysage médiatique fictif ira dans la bonne direction. Le secteur médiatique synthétique et le méta-univers devront montrer beaucoup de prudence sur les questions de confidentialité. Il faut faire bon usage de l’intelligence artificielle », a-t-il dit.

Les deux entrepreneurs rappellent que Facebook/Meta n’est qu’un seul acteur – énorme – dans le méta-univers. Les équipes de la firme, en Israël, sont très impliquées dans ce projet.

Et même si le géant des réseaux sociaux semble placer son avenir entre les mains du méta-univers, il faudra voir s’il pourra mener ses ambitions à bien dans un contexte de méfiance publique entraînée par son inaction et ses hésitations face aux abus et à la désinformation qui abondent sur ses plateformes existantes, et face aux appels lancés en faveur de régulations gouvernementales dans le but de réduire la considérable influence acquise par le réseau social.

De son côté, D-ID a récemment lancé un département du méta-univers et embauché des experts en « deep learning » au sein de l’État juif et à l’étranger. La start-up est soutenue par Pitango Ventures, Maverick Ventures et Y Combinator, un accélérateur américain qui a aidé à lancer certaines des plus grandes entreprises du monde, et notamment Airbnb, DoorDash, et Instacart.

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