Les survivants de la Shoah regrettent l’annulation de la marche des Vivants
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Les survivants de la Shoah regrettent l’annulation de la marche des Vivants

La présidente de la Marche des Vivants qualifie le report de l'événement de particulièrement douloureux, en ce 75e anniversaire de la libération d'Auschwitz

Participants à la Marche des vivants au camp d'Auschwitz-Birkenau, en Pologne, alors qu'Israël célèbre la Journée annuelle de Yom HaShoah, le 1er mai 2019. (Yossi Zeliger/Flash90)
Participants à la Marche des vivants au camp d'Auschwitz-Birkenau, en Pologne, alors qu'Israël célèbre la Journée annuelle de Yom HaShoah, le 1er mai 2019. (Yossi Zeliger/Flash90)

Pour la première fois depuis sa création en 1988, la marche annuelle réunissant adolescents, éducateurs et survivants juifs du monde entier vers le camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau à l’occasion de la Journée de commémoration de la Shoah a été reportée, en raison de l’inquiétude mondiale suscitée par la propagation du Covid-19.

La Marche des Vivants attire en temps normal des milliers de personnes en Pologne pour une marche commémorative entre les camps de la mort nazis d’Auschwitz et de Birkenau, et se termine ensuite par un voyage en Israël pour le Jour de l’Indépendance. Cependant, Israël a commencé à interdire l’accès aux non-résidents, afin d’endiguer l’épidémie de coronavirus.

Annonçant le report avec « le cœur lourd » dimanche, le dirigeant mondial de la Marche des Vivants, Shmuel Rosenman, a déclaré que l’organisation agissait par sens de « la responsabilité de prendre des mesures de précaution conformément aux directives données par les autorités de divers pays ».

L’édition de cette année aurait eu une résonance particulière puisqu’il s’agit cette du 75e anniversaire de la libération du camp, où plus d’un million de personnes ont péri, des Juifs pour la plupart.

Edward Mosberg, tenant un rouleau de la Torag, lors d’une Marche des Vivants en 2018 dans l’ancien camp de la mort d’Auschwitz en Pologne. (Crédit Des profondeurs).

Plus de 50 survivants devaient voyager, certains d’entre eux se seraient efforcés de venir, malgré les problèmes de santé, en raison de cet anniversaire. Les guides soupçonnent que même si l’événement est reprogrammé dans les mois à venir, certains des survivants déclinent trop vite pour pouvoir participer au voyage.

« Pour les survivants de la Shoah qui n’ont pas la possibilité de partir maintenant, c’est dévastateur », a commenté Maya Yehezkel, guide basée à Tel-Aviv, qui devait rencontrer une importante délégation canadienne, dont sept survivants, en Pologne. « Certains survivants ne pourront pas venir la prochaine fois. En fait, certains d’entre eux prévoyaient que ce serait leur dernière année ».

Cette décision est intervenue deux semaines après que le ministre israélien de l’Éducation, Rafi Peretz, a interrompu les voyages des lycéens israéliens sur les sites historiques du génocide en Pologne.

Peu après l’annonce de la Marche des Vivants, la présidente de l’organisation, Phyllis Greenberg Heideman, a déclaré au Times of Israel qu’elle était au bord des larmes : « C’est vraiment tragique pour nous – et cela se passe 75 ans après la libération d’Auschwitz, alors que notre programme était axé sur cet anniversaire. »

Elle a déclaré que l’événement avait dû faire face à toutes sortes de défis dans le passé sans jamais être annulé, mais qu’il n’y avait pas moyen de poursuivre l’événement de cette année et d’assurer la sécurité de tous.

« Nous avons eu des tempêtes de neige, des tempêtes de poussière et un volcan qui est entré en éruption, ce qui avait nécessité l’évacuation de 6 000 personnes », a-t-elle rappelé, faisant référence à l’éruption d’un volcan islandais en 2010 qui avait empêché le trafic aérien au-dessus de l’Europe.

« Nous avons eu des troubles politiques et une Intifada – nous avons eu beaucoup de choses à affronter. Mais face à cela, nous sommes impuissants ».

La présidente de la Marche des vivants Phyllis Greenberg Heideman. (YouTube)

Maya Yehezkel, qui dirige son groupe depuis cinq ans, a déclaré que la marche est cathartique pour de nombreux survivants.

« Je sais combien c’est important pour eux de venir, c’est très curatif. Il y a un survivant qui dit que c’est sa ‘vengeance’ contre les nazis' ».

Elle dit soutenir cette décision, mais qu’elle se sent quand même « dévastée ». Elle a commenté : « C’est très perturbant. J’attends la marche toute l’année. Je ne le fais pas parce que c’est un travail, mais parce que c’est quelque chose que nous devons faire et que cela fait partie de mon identité ».

Elle a du mal à accepter que les camps soient calmes pendant Yom HaShoah. « C’est un sentiment étrange que ce jour-là, personne ne marchera là-bas – étrange, car cette marche représente la vie et le fait que nous n’oublierons jamais. » Elle  ajoute : « Pour moi, être à la maison, sans groupe, et sans que les survivants de la Shoah n’embrassent les enfants, sera très douloureux ».

Philly Greenberg Heideman a fait savoir que l’organisation était déterminée à rembourser autant d’argent que possible à tous les participants et espère reprogrammer l’événement pour plus tard dans l’année. « Je suis certaine que nous en sortirons plus forts », a-t-elle déclaré. « Nous ne laisserons pas ce virus prendre le dessus sur nous. »

Des jeunes participent à la Marche des vivants au camp de la mort d’Auschwitz en Pologne le 24 avril 2017. (Yossi Zeliger/La Marche des Vivants)

La date de la commémoration annuelle, initialement fixée au 21 avril au Musée d’Auschwitz-Birkenau, n’a pas encore été annoncée.

Le Musée d’Auschwitz-Birkenau a demandé, dans une recommandation formulée en début de semaine, aux « agences de voyage et aux organisateurs de voyages au Mémorial de renoncer à l’arrivée de personnes provenant d’endroits infectés ».

La Marche des Vivants est, selon ses organisateurs, le plus grand événement ponctuel dédié à la mémoire de la Shoah dans le monde.

Entre 1940 et le début de 1945, l’Allemagne nazie avait exterminé à Auschwitz-Birkenau environ 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs de différents pays européens. Ce camp où quelque 80 000 Polonais non-juifs, 25 000 Roms et 20 000 soldats soviétiques ont également trouvé la mort, a été libéré par l’Armée Rouge en janvier 1945.

Plus de 110 000 personnes ont été contaminées dans le monde depuis l’apparition du coronavirus en décembre dans la province de Hubei, en Chine, et des cas dans plus de 100 pays ont entraîné des milliers de décès.

À ce jour, 11 cas de COVID-19 ont été recensés en Pologne, et aucun décès n’est à déplorer.

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