La difficile position du chef de l’opposition israélien à Washington
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La difficile position du chef de l’opposition israélien à Washington

Tandis que Netanyahu fait les gros titres, Herzog rencontre Kerry - mais le monde ne s'arrête pas pour lui pour autant

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Isaac Herzog en route d'Israël vers Washington, le 8-9 novembre 2015 (Crédit : Facebook)
Isaac Herzog en route d'Israël vers Washington, le 8-9 novembre 2015 (Crédit : Facebook)

Washington – Au moment de la rédaction de cet article, ce voyage n’a pas été la visite la plus notoire dans la capitale américaine de Benjamin Netanyahu. La rencontre entre le Premier ministre et Barack Obama s’est bien passée – avec le président qui a été gracieux sur sa victoire au sujet de l’accord iranien, et le Premier ministre assez raisonnable pour ne pas le mentionner.

Il y a certes eu un petit différend ces derniers jours sur la nomination par Netanyahu de son responsable en communication, qui insulte gratuitement. Il y a eu une petite dispute pour savoir si Libéral Center for American Progress devrait être son hôte mardi après-midi. Un rapport de l’AP a tenté lundi soir d’exagérer ses derniers plans de construction des implantations. Mais vraiment, pour un voyage de Bibi en Amérique, cela a été assez calme.

Et pourtant, l’arrivée imminente de Netanyahu a fait les gros titres à travers le pays. Les chaînes de télévision ont couvert les déclarations magnanimes d’Obama et de Netanyahu. Son cortège s’est arrêté devant les feux rouges à travers la capitale. La plupart des 3 000 délégués des Fédérations juives de l’Assemblée générale de l’Amérique du Nord ont surmonté la rigoureuse sécurité pour s’assurer d’entendre chacun de ses mots prononcés au Hilton de Washington mardi matin.

Pendant ce temps, le chef de l’opposition d’Israël était également en ville. Son nom est Isaac Herzog. Si vous êtes un Américain, on vous le pardonnera de ne pas le savoir. Si vous êtes un Juif américain, vous ne semblez pas (à quelques exceptions près) beaucoup vous en soucier.

Herzog est arrivé à Washington la nuit du dimanche à lundi, pour une brève visite laissant derrière lui les querelles du parti de l’Union sioniste, qui a été vaincu par le Likud de Netanyahu lors des élections de mars dernier.

Il n’a pas obtenu de rencontrer le président mais il a eu des entretiens avec le secrétaire d’État John Kerry. Comme Netanyahu, il a été invité à répondre devant l’ensemble des membres – 3 000 membres – de l’assemblée générale du JFNA – sauf qu’ils avaient organisé son apparition lundi en début de soirée au moment où de nombreux délégués commençaient à penser à leur dîner. Il a parlé à une salle qui était presque comble au début et qui s’est progressivement vidée.

Quelques minutes plus tard, il s’est soumis aux questions de Gil Hoffman du Jerusalem Post dans un étage inférieur de l’hôtel où il n’y avait pas plus d’une cinquantaine de personnes qui se sont déplacées pour l’écouter.

Herzog n’est rien de moins qu’un soldat.

Ne montrant aucune consternation visible face à la participation dérisoire de sa conférence, il a transmis un message politique puissant et nuancé.

Il a averti que « si nous ne nous séparons pas des Palestiniens, nous sommes condamnés ». Il n’a pas seulement blâmé Netanyahu pour l’absence de progrès, « mais il détient la clé », a-t-il déclaré à propos du Premier ministre, puis s’est presque écrié, « il doit essayer ! ».

Deux ou trois personnes dans la salle ont applaudi. Malheureusement, il a poursuivi, Netanyahu est victime d’un « chantage » de certains de ses partenaires de la coalition qui disent des bêtises comme annexer des parties de la Cisjordanie.

Israël, dit Herzog, a besoin d’engager les Etats arabes comme l’Egypte dans sa quête d’un compromis avec les Palestiniens. Il doit tout simplement se séparer des Palestiniens pour maintenir une démocratie juive. « Je crois que je représente le point de vue dominant » des Israéliens et des juifs américains, a ajouté avec passion Herzog, obtenant à nouveau quelques applaudissements.

Il a passé quelques minutes à chanter les louanges de Kerry, soulignant pince sans rire la critique que le secrétaire a subi récemment des voix « insultantes » – une référence à Ran Baratz, qui a été nommé pour être le nouveau responsable de la communication de Netanyahu, qui a laissé entendre sur Facebook que Kerry a l’acuité mentale d’un enfant de 12 ans.

Le secrétaire, a déclaré que le chef de l’opposition « est un grand ami d’Israël. Il aime et se soucie d’Israël ». Et même maintenant, a poursuivi Herzog, même après que la Maison Blanche a officiellement renoncé à essayer de négocier un accord de paix israélo-palestinien, Kerry veut continuer à essayer d’aider.

« Nous devons créer de l’espoir », a déclaré Herzog. « Ceci est l’une des pires périodes de la relation entre les Juifs et les Arabes en Terre Sainte. Et nous devons changer cela ».

Le chef de l’opposition israélienne a alors vaillamment enduré un certain nombre de questions sur la traduction anglaise du nom de son parti. Est-ce l’Union sioniste ou le Camp sioniste ? Il ne s’en soucie pas vraiment, a-t-il dit, tant qu’il gagne les prochaines élections.

Alors Herzog a enfin posé pour quelques selfies avant de faire une sortie plutôt lasse et largement inaperçue, et cette sortie semblait vraiment représenter un espoir particulièrement désespéré.

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