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Les Yazidis réfugiés en Turquie ne voient pas d’avenir en Irak

Malgré la reprise de Sinjar, les Yazidis préféreraient partir vers l'Occident craignant l'Etat islamique

Illustration : une famille irakienne Yazidi qui a fui la violence dans la ville irakienne du nord de Sinjar, dans une école où elle a trouvé refuge dans la ville kurde de Dohouk dans la région autonome du Kurdistan irakien, le 5 août 2014. (Crédit : AFP / SAFIN HAMED)
Illustration : une famille irakienne Yazidi qui a fui la violence dans la ville irakienne du nord de Sinjar, dans une école où elle a trouvé refuge dans la ville kurde de Dohouk dans la région autonome du Kurdistan irakien, le 5 août 2014. (Crédit : AFP / SAFIN HAMED)

Les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) ont été chassés de leur « capitale », Sinjar (nord de l’Irak) la semaine dernière. Mais nombre de Yazidis réfugiés en Turquie n’y rentreront pas, certains envisageant même de poursuivre leur route vers l’ouest.

« On a peur des tribus arabes et de Daech », résume Navaf Hidir, 35 ans, qui vit dans un camp de Diyarbakir, dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie. « Peu après notre fuite, Daech s’était retiré, puis ils sont revenus. On restera donc ici ».

Les Yazidis, une minorité kurdophone adepte d’une religion pré-islamique qui vit principalement dans la région de Ninive, dans le nord de l’Irak, ne sont ni arabes, ni musulmans et haïs par l’EI, qui les considère comme des « adorateurs du diable ».

A la faveur d’une offensive éclair, les forces kurdes irakiennes appuyées par des frappes aériennes de la coalition internationale conduite par les États-Unis ont chassé il y a une semaine de Sinjar ceux qui y avaient hissé la bannière du califat il y a plus d’un an.

Mais derrière eux, les hommes en noir ont laissé une ville en ruines, regorgeant d’engins piégés, une tactique à laquelle ils ont souvent recours.

« Sinjar était un endroit sûr, ils l’ont détruit. Avant, on avait un toit. Regardez notre situation aujourd’hui », se lamente un autre réfugié, Selo Karo, 45 ans. « On n’en peut plus de cette vie », dit-il.

« Sinjar est délivré mais que sont devenues nos filles enlevées par Daech ? Tant qu’elles seront entre leurs mains, pourrons-nous vraiment dire que Sinjar est sauvé ? », demande à son tour Zarif Halef, 60 ans.

‘Sinjar c’est fini’

Lors de son offensive en août 2014 sur Sinjar, l’EI avait capturé des centaines de femmes yazidies, vendues aux djihadistes ou réduites à l’état d’esclaves sexuelles, selon l’ONG Amnesty International, et procédé à de nombreuses exécutions sommaires.

Une mission d’enquête de l’ONU a conclu en mars que l’EI « pourrait avoir perpétré un génocide » en Irak et réclamé la saisie de la Cour pénale internationale (CPI).

Fuyant les massacres, des dizaines de milliers de Yazidis s’étaient réfugiés sur les monts Sinjar, où ils ont passé des semaines sans eau ni nourriture, par une chaleur accablante. D’autres ont préféré rejoindre la région autonome du Kurdistan irakien ou les pays voisins, dont la Turquie.

« Non », reprend Zarif Halef, « pour nous, Sinjar c’est fini ».

Alors, parmi les quelque 4 000 réfugiés du camp de Diyarbakir, nombreux sont ceux tentés de poursuivre leur route vers l’ouest, la mégalopole turque Istanbul et, au-delà, l’eldorado européen.

« On veut que les pays européens nous accueillent », confie Navaf Hidir, qui a déjà envoyé sa famille à Istanbul et compte lui-même les y rejoindre. « S’ils nous acceptent, c’est là-bas que nous irons ».

Les appels à accueillir les Yazidis se sont multipliés au cours des derniers mois dans plusieurs pays de l’Union européenne (UE). Mais Bruxelles, confrontée à la plus forte crise de migrants depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a durci sa position.

« On va aller en Europe. On va se jeter à l’eau et y aller », affirme malgré tout Selo Karo, « soit nous mangerons les poissons, soit ce sont les poissons qui nous mangeront ».

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