L’esprit humain conté au Musée des combattants du ghetto en Galilée
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L’esprit humain conté au Musée des combattants du ghetto en Galilée

Le Times of Israel a visité l’exposition permanente et vous propose un voyage au sein de la communauté juive pétillante de Varsovie à la veille de la Guerre

L’exposition recrée l’atmosphère d’une rue de Varsovie (Crédit : Musée des combattants du ghetto)
L’exposition recrée l’atmosphère d’une rue de Varsovie (Crédit : Musée des combattants du ghetto)

À l’occasion de la Journée internationale de la Shoah, le Musée des combattants du ghetto, près de Akko, a ouvert plusieurs nouvelles expositions soulignant le côté humain des événements qui ont marqué à jamais le judaïsme.

Le Times of Israel a visité l’exposition permanente « Varsovie juive : une histoire de l’esprit humain » et vous propose un voyage au sein d’une communauté pétillante à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Le musée, créé par des survivants du soulèvement du ghetto de Varsovie, a choisi de suivre cette communauté au fil des ans jusqu’à son renouveau en Israël, au kibboutz Lohamei Haguetaot. Voyage au cœur d’un microcosme du judaïsme européen perdu.

Les acteurs de la Shoah au cœur de trois nouvelles expositions

À l’occasion de la Journée internationale de la Shoah, le Musée des combattants du ghetto, situé dans le kibboutz du même nom, au nord d’Akko (en Galilée), propose trois nouvelles expositions.

Fondé en 1949 par 150 rescapés de la Shoah, dont plusieurs survivants du ghetto de Varsovie, le kibboutz Lohamei Haguetaot a inauguré le Musée des combattants du ghetto peu après sa création. Le musée retrace l’histoire de la Shoah et met plus particulièrement l’accent sur la bravoure, le triomphe de l’esprit sur l’obscurantisme et la force des survivants qui ont reconstruit leur vie dans un pays où tout restait à faire.

In memoriam : les photos de 3 000 enfants assassinés (sur les 19 000 enfants déportés de Hollande) (Crédit : Yaël Ancri)

Dans l’esprit du musée, les nouvelles expositions présentent trois pans différents de l’histoire des communautés juives d’Europe dans la première moitié du 20e siècle :

In Memoriam : enfants juifs, roms et sintis déportés et assassinés, 1942-1945. L’exposition temporaire rend hommage aux 19 000 enfants déportés de Hollande à bord de 102 convois et exterminés par les nazis avec la collaboration du gouvernement néerlandais.

L’exposition est le fruit d’un travail de recherche minutieux visant à donner une image aux noms des enfants inscrits sur les registres allemands. Elle présente les photos de 3 000 enfants identifiés.

Varsovie juive : une histoire de l’esprit humain. L’exposition permanente ouverte début janvier présente la communauté juive de Varsovie avant la guerre, pendant l’occupation allemande et au sein du ghetto.

Face à la cabine de verre : le procès d’Adolf Eichmann.

La nouvelle exposition inaugurée vendredi 26 janvier porte sur le procès Eichmann à Jérusalem en 1961-1962. Elle est construite autour d’« un objet visuel symbolique fort » : la cabine en verre d’Eichmann au tribunal, offerte au musée après le procès.

La cabine en verre d’Eichmann, pendant la préparation de l’exposition (Crédit : Ethie Roth)

« Ces expositions ont toutes un point commun : elles évoquent des faits liés à la Shoah, mais se focalisent sur des individus spécifiques qui vivaient à l’époque, sur ce qui leur est arrivé, leurs choix, les leçons à en tirer et le message qu’ils auraient pu laisser pour l’avenir », explique la directrice du musée, Dr Anat Livne.

La communauté juive de Varsovie – microcosme de l’histoire de la Shoah

La Journée internationale de la Shoah est l’occasion chaque année de commémorer la mémoire des victimes de la « solution finale de la question juive » entreprise par l’Allemagne nazie.

Les témoignages de l’horreur sans nom nous font souvent oublier un autre aspect de la Shoah : la perte irremplaçable de tout un pan de la culture juive et d’un potentiel humain irremplaçable.

C’est cette réalité que l’exposition « Varsovie juive : une histoire de l’esprit humain » tente de retracer dans toute sa diversité.

« La plupart des créateurs du kibboutz faisaient partie des organisateurs du soulèvement du ghetto de Varsovie. C’est leur histoire que conte l’exposition : celle de la révolte, du ghetto et de la vie à Varsovie avant la Shoah. Le musée est lié à un endroit spécifique en Europe et pas seulement à la Shoah en général », explique Dr Livne au Times of Israel.

« Nous présentons ici l’histoire de Varsovie sous un autre angle. Nous avons souhaité créer une exposition plus spécifique, racontant un récit humain et local, certes en tant que microcosme de l’histoire globale, mais connecté à un seul site. Le but : montrer l’évolution des héros, et ce qui advient de Varsovie avant, pendant et à la fin de la guerre. Nous avons l’intention de poursuivre ce récit de la vie des Juifs de Varsovie et de présenter le cheminement de leur foyer détruit en Pologne jusqu’à l’édification d’un nouveau foyer ici au kibboutz. », précise Dr Livne.

L’exposition évolue ainsi avec la communauté juive de Varsovie et comprend actuellement trois parties.

La Varsovie juive à la veille de la Seconde Guerre mondiale

Avant la guerre, la communauté juive de Varsovie comptait 360 000 âmes sur un million d’habitants.

Cette première partie de l’exposition présente la créativité culturelle et spirituelle de la communauté juive de l’époque, permettant au visiteur de mesurer l’ampleur de la perte subie par la ville avec l’extermination du tiers de sa population.

L’exposition recrée l’atmosphère d’une rue de Varsovie (Crédit : Musée des combattants du ghetto)

Des photographies, films, témoignages et divers objets représentatifs soulignent la diversité des quatre grands courants de la communauté : l’orthodoxie juive, les mouvements ouvriers, les mouvements de jeunesse sionistes, mais aussi les Juifs qui ont épousé le nationalisme et la culture polonaise.

Un espace interactif met plus particulièrement l’accent sur la vie culturelle riche et vibrante de cette communauté : son cinéma et son théâtre, le journalisme, la littérature et le sport.

La diversité du journalisme juif de Varsovie avant la guerre : hébreu, yiddish et polonais (Crédit : Yaël Ancri/Times of Israel)

L’occupation de Varsovie

Cette deuxième partie de l’exposition présente les conséquences de l’invasion allemande sur la communauté juive, qui perd peu à peu ses infrastructures administratives.

Dans une pièce sombre contrastant avec la richesse de la vie juive avant la guerre, des vidéos des bombardements et des réfugiés sont projetées dans un silence angoissant.

L’horreur de l’occupation allemande de la Pologne (Crédit : Yaël Ancri/Times of Israel)

La vie sous l’occupation est décrite à travers un enchaînement de décrets et d’attaques de plus en plus violentes contre la population en général et les Juifs en particulier, entraînant la paralysie et l’effondrement de la société varsovienne.

Le ghetto 

Cette dernière partie de l’exposition décrit la vie des quelque 400 000 Juifs murés dans une enceinte de 300 hectares au centre de Varsovie, entre octobre 1940 et juillet 1942, dans des conditions sanitaires épouvantables.

La vie dans le ghetto de Varsovie (Crédit : Yaël Ancri/Times of Israel)

Les films projetés présentent les témoignages d’habitants du ghetto, dont le rôle est joué par des acteurs pour les rendre plus vivants et humains. Ils suivent les habitants du ghetto, dont plusieurs personnages récurrents dans les trois parties de l’exposition.

Ces témoignages présentent la solidarité et l’organisation des Juifs de Varsovie et des réfugiés au sein du ghetto pour s’adapter à une nouvelle réalité. Ils décrivent les activités culturelles, religieuses et pédagogiques des résidents du ghetto, dans un effort de résistance contre la perte de leur dignité humaine.

Le Judenrat raconté par un témoin (joué par un acteur) (Crédit : Yaël Ancri/Times of Israel)

L’exposition se termine en été 1942, à la veille de la déportation de quelque 300 000 Juifs du ghetto vers les camps d’extermination.

Un message d’espoir, doublé d’un avertissement d’actualité

« Le message que tente de transmettre cette exposition est qu’il faut étudier la Shoah dans toute sa complexité, et pas uniquement se concentrer sur les victimes exterminées, même si c’est important en soi. Mais, nous souhaitons présenter la vie telle qu’elle était et ce que nous avons finalement perdu. Souvent, nous parlons de la Shoah et oublions ce qui l’a précédée », confie Dr Livne au Times of Israel.

« Nous présentons cette richesse perdue et les mécanismes d’adaptation à la situation des Juifs de Varsovie. Certains ont tenté d’influer sur leur destin, de survivre en conservant leur dignité, à travers la solidarité, la tentative de maintenir une vie de société. »

Les mouvements de jeunesse sionistes à Varsovie, avant la guerre (Crédit photo : Yaël Ancri/Times of Israel)

« Nous contons aussi le récit de l’insurrection, une histoire qui ne va vraiment pas de soi : ces hommes et ces femmes savaient qu’ils n’avaient aucune chance. Ils l’appelaient la ‘révolte du désespoir’, mais ils ont lutté pour l’honneur juif, pour les prochaines générations. C’est notre message pour le public juif et israélien : le message de Juifs qui ont fait le maximum pour conserver leur dignité et maintenir une vie juive, même dans le ghetto. »

« Le message universel de cette exposition souligne l’horreur du racisme, de la persécution des minorités et de l’identification d’un individu uniquement d’après sa religion ou sa culture, bien qu’il fasse partie intégrante de la société dans laquelle il vit. Les Juifs représentaient le tiers de la population de Varsovie. Ils ont contribué à l’existence et à la richesse de cette ville, comme tous ses autres résidents. Il est tellement facile de détruire et d’éliminer, alors qu’il est si difficile de reconstruire… », conclut la directrice du musée.

Musée des combattants du ghetto
Kibboutz Lohamei Hagetaot
Ouvert du dimanche au jeudi : 9:00 – 16:00
Et le vendredi : 9:00 – 13:00

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