L’Etat autorise Dead Sea Works Ltd. à pomper davantage d’eau
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L’Etat autorise Dead Sea Works Ltd. à pomper davantage d’eau

L'Autorité israélienne de l'Eau autorise l'extraction de 445 M de m3 au cours de l'année à venir, contre 439 M de m3 l'année dernière, au grand dam des écologistes

Une vue de Dead Sea Works Ltd.,
 le 2 février 2018. (Crédit : Issac Harari/Flash90
Une vue de Dead Sea Works Ltd., le 2 février 2018. (Crédit : Issac Harari/Flash90

L’Autorité israélienne de l’Eau semble avoir cédé au géant Israel Chemicals Ltd. (ICL), en délivrant une licence annuelle, qui permet à son usine Dead Sea Works, d’extraire plus d’eau que l’année dernière, de l’emblématique lac salé, qui recule précisément en raison d’un pompage excessif.

L’Autorité permettra à Dead Sea Works de pomper 445,8 millions de mètres cubes en 2021, contre 439 millions de mètres cubes l’année dernière, première année au cours de laquelle le pompage a été déterminé par une licence gouvernementale.

Des millions de mètres cubes supplémentaires seront accordés à l’entreprise au cours des prochaines années, sous réserve des informations demandées par l’Autorité des Eaux, afin de compenser les pertes d’eau pour des raisons telles que, l’infiltration à travers les sols de ses bassins d’évaporation, et l’augmentation de la salinité de la mer Morte, qui est elle-même en partie le résultat du pompage commercial.

La mer Morte recule d’environ 1,2 mètre par an.

Le Jourdain, historiquement la principale source d’eau de la mer Morte, est détourné à des fins agricoles et autres par Israël, la Jordanie et la Syrie, dont les populations sont en augmentation.

La mer Morte s’étendait autrefois jusqu’à cette jetée, aujourd’hui échouée sur la rive d’Ein Gedi. (Crédit : Nadav Lensky, Observatoire de la mer Morte, Service géologique d’Israël)

ICL, qui extrait les deux tiers de l’eau de la mer Morte, exploitée commercialement (le reste par une usine jordanienne), la détourne vers des bassins d’évaporation pour la production de minéraux, principalement de la potasse.

L’entreprise a déclaré que ses activités étaient à l’origine de 9 % du rétrécissement de la mer Morte.

L’organisation de défense de l’environnement Adam Teva V’Din avance un chiffre plus proche de 30 %.

Dead Sea Works reverse environ la moitié de l’eau qu’elle pompe après utilisation.

Une vue de l’usine de la mer Morte, le 2 février 2018. The Dead Sea Works est une usine israélienne de potasse située à Sdom, sur la côte de la mer Morte en Israël. (Crédit : Issac Harari/Flash90)

Il y a un peu moins de deux ans, après une longue campagne, Adam Teva V’Din avait convaincu le tribunal de Haïfa d’ordonner à l’Autorité des Eaux de délivrer des licences de production.

L’espoir de l’organisation était que ces licences seraient utilisées pour réduire les quantités d’eau pouvant être pompées.

Jusqu’alors, ICL pompait à volonté, sans licence, et ne payait pas du tout l’eau qu’elle utilisait, de sorte qu’il n’y avait aucune incitation économique à économiser. (ICL ne paie toujours pas l’eau).

Jusqu’à la décision du tribunal, l’Autorité des Eaux n’avait rien fait, tentant uniquement docilement, après le début de l’action en justice, d’exercer une certaine autorité, via des directives volontaires qu’elle a signées avec la société en 2016.

En août 2019, le juge Ron Sokol de Haïfa a écrit qu’une licence permettrait une supervision gouvernementale adéquate des opérations commerciales à la mer Morte, et garantirait que l’activité privée ne nuise pas à l’intérêt public.

« Les sources d’eau qui ne sont pas des eaux douces sont également d’importance publique, importantes pour la conservation de l’environnement, celle de la nature et pour le développement du pays », a-t-il écrit dans son jugement.

« La préservation de la mer Morte en tant que source d’eau revêt une grande importance publique.

Si elle n’est pas préservée, il y aura des atteintes à l’environnement, aux intérêts du tourisme et de l’industrie, les terres qui l’entourent seront endommagées, de même que l’équilibre écologique… »

Cratères le long d’une partie de la côte de la mer Morte qui était autrefois recouverte d’eau salée. (Crédit : Meir Abelson, Service géologique d’Israël)

Leehee Goldenberg, directrice du département de l’économie, de l’environnement et des ressources naturelles chez Adam Teva V’Din, a déclaré que les quantités d’eau, que l’entreprise Dead Sea Works était autorisée à pomper, entravaient considérablement ses efforts.

« Le jugement a déterminé que la loi sur l’eau s’applique à la mer Morte et qu’ils ont besoin d’une licence pour poursuivre leurs travaux. Le désaccord porte sur les conditions. Nous pensons qu’ils devraient réduire le pompage.
C’est une décision décevante. »

Leehee Goldenberg, directrice du département des ressources économiques et naturelles chez Adam Teva V’Din. (Crédit : Facebook)

Le retrait de la mer Morte a mis à nu plus de 300 kilomètres carrés de fonds marins, au cours des 50 dernières années.

Aujourd’hui, cette zone est parsemée de quelque 7 000 dolines, des espèces de cratères qui se forment lorsque l’eau salée pénètre la roche salée, l’eau douce se retire et dissout la roche, entraînant l’effondrement des terres situées au-dessus.

Des immeubles, des zones agricoles et des plages ont été abandonnés, et des projets de développement ont été mis en attente.

Du côté jordanien, des trous se seraient ouverts dans les bassins d’évaporation utilisés pour l’extraction commerciale de minéraux.

La mer Morte a besoin de 700 à 800 millions de mètres cubes d’eau supplémentaires par an, rien que pour maintenir son niveau actuel, et de plus de 1 000 millions de mètres cubes, pour la ramener à 410 mètres sous le niveau de la mer, où elle se trouvait en 1995.

L’usine de la mer Morte doit également des sommes considérables à un fonds d’Etat, qui doit être créé pour garantir que les citoyens israéliens, et pas seulement les investisseurs, tirent profit de l’avantage du gaz naturel israélien et de l’extraction des ressources naturelles du pays.

Le professeur Eytan Sheshinski s’exprime devant une commission de la Knesset sur les fonds d’Etat à Jérusalem, le 15 juillet 2020 (Crédit : Adina Velman/Knesset)

L’année dernière, le professeur Eytan Sheshinski, qui a dirigé les commissions gouvernementales chargées de taxer les entreprises qui exploitent les ressources naturelles du pays, a déclaré qu’ICL, qui détient la franchise pour Dead Sea Works, devrait être contraint de régler ses dettes envers l’Etat, ou bien elles seront exclues de l’examen de la demande de renouvellement de la concession en 2030.

Ces dettes sont estimées à des centaines de millions de shekels.

ICL est contrôlée par l’Ofer family’s Israel Corporation, la plus grande société holding du pays.

Elle fabrique des engrais, des métaux et d’autres produits chimiques à partir de brome, de phosphate, de magnésium et de potasse, provenant de la mer Morte, ou extraits ailleurs dans le désert du Néguev.

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