L’Ethiopie aux urnes lundi, malgré les violences et la famine
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L’Ethiopie aux urnes lundi, malgré les violences et la famine

À son arrivée au pouvoir en 2018, le Premier ministre avait promis un scrutin démocratique ; il a été reporté deux fois, à cause du coronavirus puis de difficultés logistiques

Sur cette photo prise le 1er août 2019, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed donne une conférence de presse au bureau du Premier ministre dans la capitale, Addis-Abeba. (MICHAEL TEWELDE / AFP)
Sur cette photo prise le 1er août 2019, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed donne une conférence de presse au bureau du Premier ministre dans la capitale, Addis-Abeba. (MICHAEL TEWELDE / AFP)

L’Ethiopie vote lundi lors d’élections législatives très attendues alors que le pays, le deuxième plus peuplé d’Afrique, est secoué par les violences, notamment dans la région du Tigré en proie à la guerre et à la famine.

À son arrivée au pouvoir en 2018, qui avait fait souffler un vent d’espoir et d’unité dans ce pays de la Corne de l’Afrique aux plus de 80 ethnies, le Premier ministre Abiy Ahmed avait promis d’organiser les élections les plus démocratiques que l’Ethiopie ait jamais connues.

D’abord prévues en août 2020, elles ont été reportées à deux reprises, en raison de la pandémie de coronavirus puis de difficultés logistiques.

Elle se tiendront finalement lundi. Soucieux d’asseoir son pouvoir sur une légitimité populaire, trois ans après avoir été nommé à son poste, M. Abiy a exhorté les 37 millions d’électeurs à participer à cette « journée historique ».

Jeune et réputé ouvert, Abiy Ahmed a été désigné Premier ministre par la coalition de l’EPRDF, à l’époque au pouvoir depuis presque 30 ans, désireuse de calmer une longue contestation populaire contre son autoritarisme et son caractère répressif.

Dans la capitale Addis Abeba, banderoles de l’opposition et du Parti de la Prospérité de M. Abiy jalonnent les rues et différents mouvements politiques ont organisé d’ultimes rassemblements mercredi, dernier jour de campagne, scènes peu courantes lors des précédentes élections.

Avant l’arrivée de M. Abiy, « on n’aurait jamais pu faire cela », expliquait mercredi Ayenew Yehualaw, lors d’un bruyant défilé de l’opposition sur la principale place d’Addis Abeba, surveillé à distance par un petit nombre de policiers.

Des partisans du parti d’opposition Citoyens éthiopiens pour la justice sociale (EZEMA) participent à un rassemblement électoral sur la place Maskel à Addis-Abeba, le 16 juin 2021, cinq jours avant les élections législatives et régionales. (Crédit : Yasuyoshi CHIBA / AFP)

Aura ternie

Toutefois, les électeurs ne voteront pas dans près d’un cinquième des 547 circonscriptions du pays.

Dans 64 d’entre elles, le vote a été reporté au 6 septembre.

Dans certaines pour des questions sécuritaires, en raison d’insurrections armées et de violences intercommunautaires qui se sont aggravées sous le mandat de M. Abiy. Dans d’autres en raison de difficultés logistiques (impression et distribution de bulletins, manque de formation du personnel électoral…).

Quant aux 38 circonscriptions du Tigré, où la guerre fait rage depuis plus de sept mois, aucune date de scrutin n’y a été fixée.

Capture d’écran d’une vidéo non datée publiée par l’agence de presse éthiopienne, le 16 novembre 2020, montrant des militaires éthiopiens assis sur un véhicule blindé de transport de troupes à côté d’un drapeau national, sur une route dans une zone proche de la frontière des régions du Tigré et d’Amhara en Éthiopie. (Crédit : Agence de presse éthiopienne via AP)

Dans cette région septentrionale, la rapide opération de « maintien de l’ordre » lancée par Abiy en novembre contre les autorités régionales dissidentes s’est transformée en un conflit dévastateur : des combats persistent, les récits d’atrocités sur les civils se multiplient et selon l’ONU, au moins 350 000 personnes y sont désormais en situation de famine.

D’abord auréolé de son prix Nobel de la paix en 2019, décerné pour la résolution du conflit avec le voisin érythréen, M. Abiy a vu sa réputation de réformateur et de pacificateur au sein la communauté internationale entamée par ce conflit, ainsi que par les violences communautaires croissantes à travers le pays.

« Le Premier ministre n’a pas besoin d’être le chouchou de l’Ouest, de l’Est, du Sud ou du Nord », a rétorqué cette semaine sa porte-parole, Billene Seyoum : « Il suffit qu’il défende le peuple éthiopien et le développement de la nation. Le 21 juin, le peuple éthiopien décidera. »

Des partisans du parti d’opposition Citoyens éthiopiens pour la justice sociale (EZEMA) participent à un rassemblement électoral sur la place Maskel à Addis-Abeba, le 16 juin 2021, cinq jours avant les élections législatives et régionales. (Crédit : Yasuyoshi CHIBA / AFP)

Crédibilité

Dans certaines régions, des partis d’opposition boycottent le scrutin pour protester contre l’emprisonnement de leurs dirigeants ou pour dénoncer un scrutin qu’ils jugent non équitable.

Ces élections devraient offrir au Parti de la Prospérité une majorité confortable au Parlement, permettant à Abiy d’être élu Premier ministre.

« Il y aura toujours de larges doutes sur la crédibilité du processus aux yeux de nombreux Ethiopiens ainsi que des observateurs internationaux », estime William Davison, du centre d’analyse International Crisis Group (ICG).

Commerçant à Addis Abeba, Bethel Woldemichael, 37 ans, se rendra néanmoins aux urnes : « J’espère que les élections se dérouleront dans le calme, qu’elles ne seront pas truquées et que tout se passera bien dans le pays le 21 juin. »

Ces élections seront scrutées de près par les Occidentaux : les États-Unis ont exprimé leur inquiétude quant à l’exclusion d’un si grand nombre d’électeurs du processus et l’Union européenne a renoncé à envoyer une mission d’observation, faute de garantie du gouvernement sur ses conditions de travail.

Elles le seront aussi par les voisins de l’Ethiopie, Egypte et Soudan en tête.

Kafule Yigzaw (gauche) contrôle des barres de fer au Grand barrage de la Renaissance (GERD), à proximité de Guba en Ethiopie, le 26 décembre 2019. (Crédit : EDUARDO SOTERAS / AFP)

Ces deux pays s’opposent au « Grand barrage de la renaissance », titanesque projet hydroélectrique sur le Nil Bleu, source de fierté nationale en Ethiopie où il est considéré comme fondamental pour l’autonomie énergétique et le développement du pays.

M. Abiy s’est engagé à remplir le barrage, d’une capacité totale de 74 milliards de m3, à la grande colère du Caire et de Khartoum, qui voient le GERD comme une menace pour leur approvisionnement en eau.

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