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Lev Rubinstein, 76 ans, poète et dissident russe, succombe à ses blessures

Ce militant juif des droits de l'Homme, qui a protesté contre la "guerre criminelle" menée par Poutine en Ukraine, avait été percuté par une voiture

Le poète russe Lev Rubinstein s'adressant aux journalistes à l'extérieur d'une église où s'est déroulée la cérémonie d'adieu au réalisateur Alexander Rastorguyev, à Moscou, le 7 août 2018. (Crédit : Capture d’écran AFPTV teams/AFP)
Le poète russe Lev Rubinstein s'adressant aux journalistes à l'extérieur d'une église où s'est déroulée la cérémonie d'adieu au réalisateur Alexander Rastorguyev, à Moscou, le 7 août 2018. (Crédit : Capture d’écran AFPTV teams/AFP)

Le poète russe Lev Rubinstein, figure de la dissidence soviétique et critique du Kremlin, est mort dimanche à l’âge de 76 ans, a annoncé sa fille, six jours après avoir été renversé par une voiture et grièvement blessé à Moscou.

« Mon père, Lev Rubinstein, est mort aujourd’hui », a écrit Maria Rubinstein sur son blog sur le site « Live Journal ».

Rubinstein, dont l’oeuvre était saluée en Russie et en Occident, avait été percuté le 8 janvier par un automobiliste alors qu’il traversait une rue de la capitale, puis hospitalisé dans un état gravissime.

Le Département des Transports de Moscou avait indiqué que le chauffeur n’avait pas ralenti avant un passage piéton et renversé le poète, précisant que, selon des données préliminaires, le propriétaire de la voiture avait été impliqué dans 19 violations du code la route lors des 12 derniers mois.

Né en 1947 à Moscou, bibliothécaire de formation, Rubinstein était l’une des figures de la scène littéraire underground soviétique des années 1970 et 1980, une « nouvelle avant-garde » se voulant inventive et insolente.

Juif, Rubinstein est considéré comme l’un des fondateurs du mouvement conceptualiste russe, une « avant-garde » littéraire qui s’est moquée de la doctrine officielle du réalisme socialiste dans les années 1970-1980 et s’en voulait le contre-pied.

Attaché au rythme, Rubinstein avait créé un genre à part, le « texte-sur-fiche », relevant à la fois de la poésie et du théâtre : le poète lisait sur scène de courtes phrases, à haute voix, écrites sur des fiches perforées.

La pratique, inspirée de son quotidien de bibliothécaire et référence à la sinistre bureaucratie de l’époque soviétique, mêlait performance, comique absurde et improvisation. Avec l’idée de secouer l’engourdissement du soviétisme.

Illustration : Des policiers arrêtant un homme lors d’une manifestation contre l’action militaire russe en Ukraine, sur la place Manezhnaya, dans le centre de Moscou, le 13 mars 2022. (Crédit : Alexander Nemenov/AFP)

Après la fin de l’URSS, il avait été publié dans des maisons d’édition russes réputées et travaillé comme journaliste. Il était invité dans des festivals internationaux de poésie et ses oeuvres furent traduites dans de nombreuses langues.

Le poète n’avait pas caché ses opinions hostiles au régime du président russe Vladimir Poutine, dénonçant la guerre en Tchétchénie, l’annexion en 2014 de la Crimée, les répressions politiques, les violations des droits humains, et participant à des manifestants d’opposition.

En mars 2022, avec d’autres écrivains russes, il avait co-signé une lettre ouverte qualifiant l’attaque à grande échelle de l’Ukraine par l’armée russe de « guerre criminelle » et fustigeant les « mensonges » du Kremlin.

L’ONG russe Memorial, spécialisée dans la défense des droits humains et la préservation de la mémoire des victimes des persécutions soviétiques, a salué « un descripteur incisif de plusieurs époques de la Russie ».

Dans un communiqué, Memorial, soutenu activement de son vivant par Rubinstein, affirme qu’il exprimait dans son oeuvre « une perception du quotidien brusque et poétique, triste et perspicace, chargée d’auto-dérision ».

« Ils n’ont pas arrêté ni torturé Rubinstein, ils ne l’ont pas empoisonné », ajoute l’ONG, interdite par le pouvoir fin 2021. « Mais sa mort tragique, peu avant les deux ans de la grande catastrophe [l’attaque en Ukraine, NDLR], semble symbolique. »

« La Russie d’aujourd’hui ne laisse pas de place aux citoyens et aux poètes libres. Elle ne les voit pas sur les passages piétons », conclut Memorial.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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