L’ex-avocate générale de Tsahal placée en résidence surveillée
Yifat Tomer-Yerushalmi n'aura pas le droit de contacter les personnes impliquées dans l'affaire pendant 55 jours ; son téléphone aurait été retrouvé sur une plage de Tel Aviv

Cinq jours après son arrestation, un juge a ordonné vendredi que l’ex-avocate générale militaire Yifat Tomer-Yerushalmi soit libérée et placée pendant 10 jours en résidence surveillée.
Par ailleurs, 55 jours durant, Tomer-Yerushalmi n’aura pas le droit de contacter les personnes impliquées dans cette affaire. Le juge a ordonné le dépôt d’une caution de 20 000 shekels/
Tomer-Yerushalmi est soupçonnée de fraude et d’abus de confiance, abus de pouvoir, obstruction à la justice et divulgation illégale de documents dans la fuite d’une vidéo présentée comme montrant des soldats de Tsahal en train de grièvement maltraiter un prisonnier originaire de Gaza au centre de détention de Sde Teiman, l’an dernier.
Ce matin, des civils ont trouvé sur la plage de Hatzuk, près de Tel Aviv, un téléphone qui pourrait lui appartenir et qui aurait disparu il y a de cela cinq jours.
Sur les réseaux sociaux, on peut voir une image du téléphone allumé, avec en fond d’écran de l’écran de verrouillage une photo de Tomer-Yerushalmi et de sa fille.
Dimanche dernier, la fonctionnaire disgraciée avait disparu sur la côte de Tel Aviv pendant plusieurs heures, ce qui avait fait craindre à la police une tentative de suicide.
Lorsqu’elle a été retrouvée à Herzliya, cette nuit-là, les agents n’ont pas pu mettre la main sur son téléphone, ce qui leur a fait penser à une tentative de suicide déguisée pour en fait se débarrasser de preuves numériques liées à la fuite et à la dissimulation de preuves.
טלפון נייד אותר בחוף הצוק – המשטרה בוחנת האם הוא שייך לפצ"רית@_Gitsis_ pic.twitter.com/7AnECHU0om
— גלצ (@GLZRadio) November 7, 2025
Il aurait été trouvé par une femme d’une cinquantaine d’années, selon la chaîne N12.
« Je me baignais ce matin à la plage de Hatzuk, et à un moment donné, dans les eaux peu profondes près du rivage, j’ai vu quelque chose qui ressemblait à un téléphone. Je l’ai ramassé et j’ai réalisé qu’il s’agissait d’un iPhone. Je suis immédiatement sortie de l’eau, je l’ai ouvert et j’ai vu une photo de la procureure-générale de l’armée », a-t-elle déclaré à à N12.
« Je l’ai signalé à la police, les forces de l’ordre sont arrivées et j’ai été convoquée pour témoigner », ajoute-t-elle.
Une source policière a également déclaré à la chaîne de télévision qu’il « s’agit bien du téléphone du procureur général militaire ».
Vendredi, l’armée israélienne a annoncé que les services de l’avocat général militaire étaient temporairement placés sous le commandement du Directeur du personnel, le général de division Dado Bar Kalifa.
Cette décision a été prise par le chef d’État-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, au moment où la plupart des hauts commandants des des services de l’avocat général font l’objet d’une enquête pour la fuite concernant les mauvais traitements à Sde Teiman, à commencer par l’adjoint de Tomer-Yerushalmi, le général de brigade Gal Asael.
Asael a été interrogé sous caution jeudi avant d’être libéré en résidence surveillée et suspendu des des services de l’avocat général.
D’autres officiers supérieurs ont eux aussi été suspendus et placés sous enquête de police.
Bar Kalifa dirigera les services de l’avocat général jusqu’à ce qu’Itai Ofir, avocat et ex-conseiller juridique du ministère de la Défense, prenne ses fonctions d’avocat général militaire.
L’armée israélienne a fait savoir qu’un avocat général militaire par intérim serait nommé « au plus vite ».
Bar Kalifa ne commandera les services de l’avocat général que sur le plan technique, faute d’être habilité à prendre des décisions de nature juridique.
Selon l’armée, il est pour Zamir «de la plus haute importance de stabiliser les services de l’avocat général militaire et d’assurer son bon fonctionnement, sans ruptures ».
La polémique autour de Sde Teiman dure depuis plus d’un an, depuis les toutes premières allégations de mauvais traitements, en juillet 2024. Elle s’était calmée jusqu’à ce que le test polygraphique de routine mené récemment par le Shin Bet sur la personne d’un officier des services de l’avocat général militaire fasse rebondir l’affaire, ce qui a entraîné la démission de Tomer-Yerushalmi et l’aveu de la fuite.
Supervision de l’affaire
Jeudi après-midi, Levin a annoncé avoir officiellement désigné son propre candidat pour ce poste, à savoir le médiateur d’État pour les juges, Asher Kula.
Kula, dans un communiqué, a fait savoir qu’il acceptait cette nomination et prenait ses fonctions, envoyant à « tous les fonctionnaires concernés par cette affaire » un message leur demandant leur coopération.
Avant jeudi, Baharav-Miara, qui espérait pouvoir superviser l’enquête, avait demandé un avis juridique au ministère de la Justice afin de s’assurer de sa compétence pour ce rôle. Mais dans cet avis juridique publié jeudi, le conseiller juridique du ministère de la Justice, Yael Kotik, a stipulé que la procureure générale devait se récuser.
Baharav-Miara avait été chargée de superviser une précédente enquête interne sur la fuite, qui avait conclu, en septembre, par une recommandation de ne pas ouvrir d’enquête pénale. Kotik a estimé que la police pourrait désormais examiner la question de savoir si cette enquête avait intentionnellement fermé les yeux sur les agissements de Tomer-Yerushalmi, créant ainsi un conflit d’intérêts pour la procureure générale.
« Afin de restaurer la confiance du public, il est indispensable de garantir une enquête indépendante et crédible qui examine, sans aucun conflit d’intérêts apparent, l’étendue des dommages causés par cette affaire, ainsi que la question de savoir si un cercle plus large de parties supplémentaires est impliqué », a ainsi conclu Kotik.
La procureure générale Gali Baharav-Miara a néanmoins fait savoir au ministre de la Justice, Yariv Levin, que sa décision de nommer le médiateur d’État pour les juges, Asher Kula, comme responsable de l’enquête pénale sur la fuite de la vidéo montrant les mauvais traitements infligés aux prisonniers à Sde Teiman constituait un abus de pouvoir, ont fait savoir les médias israéliens.
Dans une lettre envoyée par son adjoint Gil Limon, elle affirme que ce choix « compromet la pureté de la procédure pénale, et contribue à retarder inutilement la conclusion de l’enquête ».
Levin, dans sa réponse, a réfuté les allégations figurant dans cette lettre, affirmant qu’il « rejette catégoriquement tout ce qu’elle contient ».
Aujourd’hui, Baharav-Miara, n’ayant apparemment pas d’autre choix que de se retirer, devrait informer la Haute Cour de justice qu’elle a choisi Aisman pour superviser l’enquête, répondant ainsi à une requête demandant à la procureure générale de mettre fin à son implication dans l’affaire.
Cette cour devra décider quelle personne, de celle désignée par Levin ou de celle choisie par Baharav-Miara, sera chargée de superviser l’enquête. Il pourra également s’agir d’un autre fonctionnaire issu des bureaux de la procureure générale et du procureur de l’État.
Par ailleurs, le commissaire de police Daniel Levy a déclaré aux agents que, jusqu’à ce que la Haute Cour rende sa décision, toute information relative à l’enquête devait lui être communiquée, ont rapporté les médias israéliens.
À la suite de ces informations, les forces de l’ordre ont publié un communiqué précisant que Levy avait ordonné que l’enquête soit menée de manière confidentielle et professionnelle, afin de prévenir toute nouvelle fuite.
La police, dans le cadre des investigations en cours, a également perquisitionné le bureau du procureur général militaire au quartier général de l’armée israélienne à Kirya, à Tel Aviv, ont fait savoir les médias israéliens. Tsahal n’a fait aucun commentaire.
La récusation de Baharav-Miara n’est pas l’unique conséquence de l’enquête interne menée précédemment au sein du corps du procureur général militaire.
Le responsable de cette enquête, le général de brigade Gal Asael, procureur général adjoint, a été interrogé par la police jeudi, a indiqué la Treizième chaîne.
Asael, après son interrogatoire, a été relâché et assigné à résidence. Il a également été suspendu de ses fonctions au sein du corps du procureur général militaire, a ajouté la Treizième chaîne.
Par ailleurs, Levin et les députés de la coalition ont implicitement accusé Baharav-Miara d’avoir participé à une tentative visant à entraver l’enquête pénale sur la fuite de la vidéo, au motif que l’enquête interne recommandait de ne pas ouvrir d’enquête pénale.
La controverse autour de Sde Teiman dure depuis plus d’un an, depuis la divulgation, en juillet 2024, des premières allégations d’abus. La polémique s’était calmée jusqu’à ce qu’un test polygraphique de routine, récemment effectué par le Shin Bet sur un officier du procureur général militaire, ne permette de faire avancer l’affaire, entraînant la démission de Tomer-Yerushalmi et ses aveux concernant la fuite.







