Israël n’accueillera pas l’ex-président péruvien Toledo recherché pour corruption
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Israël n’accueillera pas l’ex-président péruvien Toledo recherché pour corruption

L'ancien chef d'Etat, accusé d'avoir accepté d'importants pots-de-vin, affirme que l'argent était un prêt de sa belle-mère, survivante de la Shoah

Alejandro Toledo, président du Pérou entre 2001 et 2006, pendant une conférence à Washington, D.C., le 17 juin 2016. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)
Alejandro Toledo, président du Pérou entre 2001 et 2006, pendant une conférence à Washington, D.C., le 17 juin 2016. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Israël a indiqué dimanche qu’il n’autorisera pas l’entrée sur son territoire de l’ex-président péruvien Alejandro Toledo, recherché par la justice de son pays pour corruption.

« M. Toledo sera autorisé en Israël seulement lorsque ses affaires ( avec la justice) seront réglées », a déclaré dans un communiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon.

Le gouvernement péruvien avait dit vendredi détenir des informations selon lesquelles l’ancien chef d’Etat, dont l’épouse est israélienne, pourrait tenter de fuir en Israël.

Le Pérou a offert vendredi une récompense pour toute information permettant d’arrêter l’ancien chef de l’Etat Alejandro Toledo, accusé d’avoir touché des pots-de-vin, un tollé dans ce pays où le premier président indien était le chantre de la lutte anti-corruption.

L’ancien président de 70 ans se trouvait à San Francisco, où il est professeur d’économie à l’université voisine de Stanford, selon le gouvernement, qui redoute qu’il prenne la fuite vers Israël, sa femme ayant la nationalité israélienne et le pays n’ayant pas d’accord d’extradition avec le Pérou.

Une source du ministère péruvien de l’Intérieur a déclaré samedi à Reuters qu’il aurait embarqué dans un vol à destination de Tel Aviv à 20h00 heure locale samedi. L’avion devait atterrir dimanche matin en Israël.

Les Etats-Unis ont informé samedi le Pérou qu’ils n’empêcheraient Toledo d’embarquer, malgré les protestations du présient péruvien Pedro Pablo Kuczynski, a annoncé Reuters.

Toledo et ami depuis longtemps avec l’homme d’affaires israélien Yosef Maiman, qui a agi comme médiateur dans le scandale de corruption et accepté plus de 10 millions de dollars en pots-de-vin, selon les procureurs péruviens.

Les quotidiens péruviens affichent en une leur ancien président, Alejandro Toledo (2001-2006), accusé de corruption, à Lima, le 10 février 2017. (Crédit : Eresto Benavides/AFP)
Les quotidiens péruviens affichent en une leur ancien président, Alejandro Toledo (2001-2006), accusé de corruption, à Lima, le 10 février 2017. (Crédit : Eresto Benavides/AFP)

Auparavant, les autorités péruviennes pensaient leur ancien président en France, en raison notamment des publications sur Facebook de son épouse.

Les autorités péruviennes, qui ont contacté la France et les Etats-Unis pour avoir leur coopération, ont offert une récompense de 30 000 dollars pour toute information sur sa localisation.

Jeudi, le juge Richard Concepcion, chargé de l’affaire, avait émis un mandat d’arrêt international, ordonnant la « localisation immédiate » de l’ancien mandataire (2001-2006), « son arrestation et sa détention provisoire » pour 18 mois.

Toledo est soupçonné d’avoir touché 20 millions de dollars de dessous-de-table du géant du BTP brésilien Odebrecht afin de remporter l’appel d’offres pour la construction d’un axe routier majeur reliant le Pérou au Brésil.

Son avocat Heriberto Benitez a d’ores et déjà annoncé qu’il interjetterait appel de la décision, contestant la demande de détention provisoire.

Selon le juge Concepcion, « il existe une forte probabilité » pour que Toledo ait touché des pots-de-vin.

Le parquet se fonde sur les confessions du représentant de l’époque d’Odebrecht au Pérou, Jorge Barata, qui a conclu un accord avec la justice péruvienne : selon lui, la somme, versée en plusieurs fois, avait transité sur un compte bancaire offshore d’un ami de Toledo.

Toledo dément ces accusations, affirmant qu’il s’agit de persécution politique. Il a cependant eu du mal à expliquer la provenance de l’argent.

« Dites moi quand, comment et où, et dans quelle banque, ils m’ont donné 20 millions de dollars », a déclaré Toledo, énervé, à une radio locale pendant le week-end.

Il avait commencé par dire que c’était un prêt de la mère franco-belge de son épouse, qui avait touché cet argent en tant que survivante juive de l’Holocauste.

Son ancien vice-président, David Waisman, lui-même membre de la communauté juive du Pérou, avait déclaré que cela n’était pas vrai.

« Les mensonges s’écoulent de sa bouche », a-t-il déclaré, ajoutant un message sévère à l’intention de son ancien boss : « s’il est montré que vous êtes coupable et que vous allez en prison, alors pourrissez-y. »

Alejandro Toledo, ancien cireur de chaussures de rues issu de la misère andine, fut le premier président indien (quechua) et assurément celui qui ressemble le plus à la majorité des Péruviens : une gueule de « cholo » (indien ou métis) qu’il ne manque jamais de mettre en avant.

Toledo se définit lui-même comme une « erreur statistique », pour avoir eu la chance d’avoir une bourse d’études, tremplin vers des études universitaires à San Francisco, puis un doctorat d’économie à Stanford avant de travailler à la Banque Mondiale.

Le précédent Fujimori

Lors de son mandat, Toledo a été l’artisan de traités de libre-échange, de prix maîtrisés et d’une Commission vérité sur le conflit de 1980-2000. Il a rassuré les démocrates et les élites économiques. « C’est le ‘bon indien' », a résumé un sociologue, Julio Cotler.

Mais son mandat laisse aussi un sentiment de « frivolité », entre un goût pour le whisky raillé par ses rivaux, la reconnaissance tardive d’une fille illégitime et quelques scandales affectant des proches.

En 2011, cinq ans après une présidence ayant apaisé la politique après l’ère mouvementée d’Alberto Fujimori (1990-2000) et amorcé une décennie de croissance, Toledo s’est à nouveau présenté à la présidentielle pour « finir le travail » sur le plan social et éradiquer la pauvreté. Mais il a été éliminé au premier tour.

Alejandro Toledo est le deuxième président a être recherché par son pays pour des soupçons de corruption.

Arrivé au pouvoir en 1990, Alberto Fujimori avait à la fin 2000 fui le Pérou pour le Japon, pays natal de ses parents, sur fond d’énorme scandale de pots-de-vin et d’accusation de crime contre l’humanité, avant de démissionner par un fax envoyé d’un hôtel de Tokyo.

Finalement extradé du Chili, il purge une peine de 25 ans de prison.

Le Pérou est actuellement secoué par l’affaire Odebrecht, le géant brésilien du BTP qui aurait distribué 29 millions de dollars d’enveloppes dans ce pays entre 2005 et 2014, selon les révélations de l’enquête tentaculaire « Lavage Express » autour du groupe pétrolier Petrobras au Brésil.

Déclenchée en 2014, cette opération a mis en lumière un réseau de corruption que les groupes brésiliens du bâtiment, dont Odebrecht, avaient monté pour truquer les juteux marchés de sous-traitance de Petrobras, distribuant des pots-de-vin à des responsables politiques au Brésil et dans une dizaine de pays en Amérique latine.

Quatre personnes ont été arrêtées jusqu’à présent, dont un ancien membre du gouvernement d’Alan Garcia (2006-2011).

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