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L’ex procureur de l’État d’Israël réagit aux accusations lancées par un subordonné

Shai Nitzan explique que Moshe Saada, contrarié après ne pas voir été choisi pour un poste de haut-rang dans la police, a accordé un récent entretien au nom "d'intérêts politiques"

L'ancien procureur général de l'État, Shai Nitzan, s'exprime lors de la conférence Calcalist à Tel Aviv, le 31 décembre 2019. (Miriam Alster/FLASH90)
L'ancien procureur général de l'État, Shai Nitzan, s'exprime lors de la conférence Calcalist à Tel Aviv, le 31 décembre 2019. (Miriam Alster/FLASH90)

L’ancien procureur de l’État Shai Nitzan a riposté à des accusations de mauvaise conduite lancées par un haut-responsable de la police qui a récemment perdu son travail, affirmant qu’elles étaient motivées par l’animosité et par des raisons politiques.

Moshe Saada, ancien directeur-adjoint de l’unité des enquêtes internes de la police au sein du ministère de la Justice, avait affirmé au début de la semaine que des membres de haut-rang de l’establishment judiciaire – dont Nitzan – avaient ignoré le comportement répréhensible du chef de la police à l’époque, craignant que cela ne sape les efforts visant à poursuivre en justice l’ex-Premier ministre du Likud, Benjamin Netanyahu.

S’exprimant devant les caméras de la Douzième chaîne, samedi, Nitzan a expliqué que Saada voulait se venger de lui depuis des années.

« Jusqu’en 2018 », a-t-il dit, « nos relations étaient excellentes. En 2018, il s’est présenté au poste de chef du département des enquêtes internes de la police et je ne l’ai pas choisi – je n’étais pas seul, toute une commission était avec moi – et depuis, il n’a de cesse de se venger ; c’est ce que m’ont dit des gens qui l’ont entendu prononcer ces paroles », a déclaré Nitzan à la chaîne.

Nitzan a expliqué que plusieurs semaines avant sa retraite, en 2019, il lui avait été confié que Saada « le dénigrait », qu’il affirmait qu’il prendrait sa revanche et que son détracteur s’était impliqué dans les activités politiques du Likud en tentant notamment de convaincre le personnel du ministère de la Justice de voter pour Netanyahu.

« Là, je l’ai convoqué et j’ai espéré qu’il démentirait ces informations. Il est arrivé et je lui ai dit : ‘Alors, dites-moi, dites-vous du mal de moi ?’ et il m’a répondu : ‘Oui’. Je lui ai ensuite demandé : ‘Est-ce vrai que vous vous efforcez de convaincre les gens autour de vous de voter pour le Likud ?’, et il a riposté : ‘Oui. Où est le problème ?’, » a raconté Nitzan.

L’ex-chef adjoint du Service des enquêtes internes de la police, Moshe Saada, s’exprime sur la Douzième chaine, le 25 juillet 2022. (Crédit : Capture d’écran/Douzième chaine)

Dans un entretien accordé lundi à la même chaîne, Saada avait déclaré qu’Alsheich avait falsifié les conclusions de l’enquête sur la mort d’un Bédouin, tué par la police, afin qu’elles concordent avec l’annonce du chef de la police selon laquelle la victime était un terroriste qui avait tenté de tuer les policiers.

Saada avait ajouté que Nitzan avait reconnu qu’il n’y avait pas eu d’attentat terroriste à Umm al-Hiran, qu’il avait souhaité le reconnaître à huis-clos mais qu’il n’avait rien fait pour s’opposer à Alsheich.

Quelques heures après la diffusion de l’entretien, des informations ont indiqué que Saada réfléchissait sérieusement à se présenter aux élections nationales du mois de novembre sous l’étiquette d’un parti de droite.

« Il n’est pas juste de le présenter comme un individu n’ayant aucun intérêt en jeu », a dit Nitzan, faisant allusion à ces informations portant sur l’entrée en politique de Saada. « Si le public sait qu’il est une personnalité ayant ses propres intérêts, des intérêts en termes de revanche ou en termes de politique, alors tout va bien ».

L’ex-haut responsable de la police avait, dans son interview, décrit Nitzan comme étant un homme intelligent, un individu d’une grande force, mais aussi comme quelqu’un qui était prêt à sacrifier la vérité et la justice dans le but d’atteindre certains objectifs politiques.

« [Ils n’avaient] qu’une seule chose en tête : les dossiers Netanyahu qui, à l’époque, l’avaient emporté sur tout le reste », avait noté Saada au cours de son entretien.

Saada avait expliqué que, dans la mesure où les services d’Alsheich menaient l’enquête sur le Premier ministre Netanyahu pour des faits de corruption, les hauts responsables de la Justice avaient été prêts à fermer les yeux sur les transgressions de la part du chef de la police, craignant que toute atteinte à son image ne nuise à leur dossier contre le Premier ministre.

Nitzan a démenti avec vigueur cette accusation, liées à la fuite d’un courriel de 2018 dans lequel le procureur de l’État avait écrit que souligner les différences entre son propre bureau et la police « n’enhardira et ne servira que ceux qui veulent porter préjudice au système judiciaire » – une référence apparente aux attaques du Premier ministre et de ses alliés contre les tribunaux dans le contexte des investigations pour corruption lancées à son encontre.

« La correspondance interne entre moi-même et les responsables du département des enquêtes internes avait fuité auprès d’Amit Segal », a affirmé Nitzan devant les caméras de la Douzième chaîne, se référant au journaliste qui avait également mené l’entretien avec Saada.

« Et je me demande qui l’avait laissé fuiter à l’époque », a-t-il continué, indiquant qu’il pensait que cela pouvait être Saada.

« Dans cette correspondance, des choses avaient été dites – des choses qui, selon l’interprétation de Saada, étaient liées à Netanyahu. Deux plaintes ont été déposées à ce sujet auprès de David Rosen, magistrat respecté du tribunal de district et auprès du bureau du médiateur du procureur. Dans son jugement, il a déterminé que tout ce qui avait été dit n’avait rien à avoir avec les dossiers Netanyahu. Ce n’est pas moi qui le dit – c’est le médiateur », a noté Nitzan.

De son côté, le bureau des procureurs de l’État a démenti, de la même manière, les affirmations faites par Saada dans un communiqué émis vendredi, a précisé le quotidien Haaretz – et notamment qu’Alsheich aurait apporté son soutien à l’ancien dirigeant de l’unité Lahav 433 chargée des crimes graves, Roni Rittman, qui était accusé de harcèlement sexuel. L’unité de Rittman enquêtait alors sur Netanyahu.

Saada a été démis de ses fonctions cette année par l’actuel chef du Département des enquêtes internes, Keren Bar Menachem. En 2018, Bar Menachem avait été nommé à la tête de l’unité, l’emportant sur Saada qui occupait le poste de chef intérimaire depuis plus d’un an.

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