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L’exposition « Lettres d’internés du Vel d’Hiv à Auschwitz » présentée à Orléans

Ce mois-ci, le musée accueillera également la cérémonie de remise de l’insigne de Commandeur de la Légion d’Honneur à Hélène Mouchard-Zay, co-fondatrice et présidente du CERCIL

Déjà proposée au Mémorial de la Shoah de Drancy, l’exposition « C’est demain que nous partons » Lettres d’internés, du Vel d’Hiv à Auschwitz sera également présentée au CERCIL – Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv d’Orléans du 10 mai au 29 janvier 2023.

L’évènement, dont le titre fort est issu de l’une des lettres présentées, est organisé dans le cadre de la 80e commémoration de la Rafle du Vel d’Hiv (16 et 17 juillet 1942).

« À partir de la fin de l’année 1940, des dizaines de milliers de Juifs se retrouvent enfermés dans les camps d’internement de la zone libre puis dans ceux de la zone occupée. Leur seul lien avec l’extérieur est alors la correspondance qu’ils peuvent parfois faire parvenir à leurs proches. Avec le déclenchement de la ‘Solution finale’ en 1942 et les déportations, ce fil ténu maintenu avec l’extérieur se transforme en adieux avant la déportation. Ces lettres constituent souvent les dernières traces laissées par les victimes à la veille de leur départ, ou même parfois écrites depuis les wagons les emmenant ‘vers l’Est’. Envoyées depuis les camps d’internement, depuis Drancy ou jetées des trains, ces billets et cartes postales sont les derniers mots des victimes de la Shoah parvenus à ceux qu’ils aimaient », écrit le CERCIL.

« Traduits, retranscrits, les originaux et fac-similés seront étayés de photographies et d’objets liés à la correspondance. Des éléments historiques permettront de mettre en lumière l’importance de la correspondance dans la Shoah, pendant et après la guerre, et son rôle essentiel dans la transmission de la mémoire et de l’histoire du génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette exposition présente également des courriers originaux issus des collections du CERCIL : Jankiel Boski, Isaac Furmanski, Majer Kreinig, Isaac Schœnberg et Gérald Souweine. »

Les lettres recouvrent ainsi l’intégralité de l’histoire de la Shoah. De l’internement dans les camps et à Drancy, ultime étape avant la déportation, proches et déportés n’auront eu de cesse d’écrire. Après l’arrestation, à travers l’écriture à leur famille, leurs amis, leur employeur, leur logeur, les personnes internées tentent d’anticiper leur absence, dont la durée est incertaine. Si certaines lettres tentent d’obtenir une libération auprès des autorités administratives ou par le biais de proches, d’autres sont marquées par un sentiment d’adieu, à mesure que le départ approche. Après la guerre, la lettre administrative fera son retour, sous la plume des rescapés qui tenteront de retrouver la trace des membres de leur famille disparus.

Pour les internés, dont le quotidien est marqué par l’incertitude, la lettre a un double rôle. Contrôlée, elle est l’unique moyen de se procurer des vêtements et de la nourriture. Censurée, elle sert à la fois à rassurer ses proches et à les avertir du danger. Brutalement coupé du monde extérieur, l’interné n’a que l’écriture pour tenter de répondre à l’incertitude réciproque quant au devenir de l’autre. Ecrites à Drancy la veille du départ ou jetées du train, elles sont, parfois consciemment, un adieu définitif.

L’exposition permet ainsi de comprendre comment les internés et les déportés écrivaient : quels moyens étaient utilisés pour se procurer du papier, pour faire parvenir le courrier, dans les circuits légaux et de manière clandestine… Le papier étant une denrée rare dans les camps d’internement, et plus rare encore à Auschwitz-Birkenau, la difficulté à se procurer de quoi écrire pousse les internés à avoir recours à divers supports, certains conventionnels, comme les cartes postales, d’autres moins. Jusque dans les trains qui les emmènent à l’est, et au cœur-même d’Auschwitz, par besoin d’écrire à tout prix, pour les autres et pour soi, les déportés n’auront eu de cesse de chercher des supports et des moyens de faire parvenir leurs mots.

Le musée est ouvert du lundi au vendredi de 10h à 12h30 et de 14h à 17h, le dimanche de 14h à 18h (nocturne le mardi jusqu’à 20h). L’entrée en tarif normal est de 4 €.

François Hollande et Hélène Mouchard-Zay, fille de Jean Zay, visitent le Centre d’étude et de recherche sur les camps d’internement dans le Loiret, le 9 février 2012. (Crédit : Philippe Grangeaud / Solfé Communications / CC BY-NC-ND 2.0)

Ce mois-ci également, le CERCIL – Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv d’Orléans accueillera la cérémonie de remise de l’insigne de Commandeur de la Légion d’Honneur à Hélène Mouchard-Zay, co-fondatrice, avec Simone Veil, et présidente du CERCIL.

Officier de la Légion d’honneur depuis 2016, Hélène Mouchard-Zay est promue au grade de commandeur de la plus haute décoration honorifique française. L’insigne distinctive lui sera remise le dimanche 15 mai à 15h30 par Serge Klarsfeld, écrivain et historien, notamment connu en tant qu’avocat de la cause des déportés en France.

Hélène Mouchard-Zay est la fille cadette de Jean Zay, ancien ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire, arrêté pour trahison par le régime de Pétain, condamné à la déportation à vie, à la dégradation militaire et assassiné par des miliciens du régime de Vichy en juin 1944.

Aujourd’hui encore, Jean Zay, dont les cendres sont conservées au Panthéon, subsiste dans la mémoire française.

Le CERCIL, qui accueille environ 17 000 visiteurs par an, est dédié à l’histoire et à la mémoire des camps d’internement de Pithiviers, Beaune-La-Rolande et Jargeau, où près de 18 000 Juifs ont été internés dans le Loiret avant d’être pour la plupart déportés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il abrite un centre d’études et un émouvant musée qui évoque la mémoire des quelque 4 400 enfants du Vel d’Hiv, envoyés dans les camps du Loiret après la rafle de juillet 1942 à Paris avant d’être déportés et exterminés.

Ses locaux – une ancienne école primaire réhabilitée par la ville d’Orléans – avaient été inaugurés en 2011 par Jacques Chirac et Simone Veil.

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