L’extrême droite allemande se déchire en interne
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L’extrême droite allemande se déchire en interne

L'extrême droite allemande est fragilisée par des règlements de compte internes entre modérés et proches de la mouvance néo-nazie

Illustration : Des manifestants brandissent des drapeaux allemands à un rassemblement du mouvement de droite "Pro Chemnitz", du parti d'extrême-droite AfD et du parti anti-islam Pegida à Chemnitz, le 1 septembre 2018. (Crédit : AFP PHOTO / John MACDOUGALL)
Illustration : Des manifestants brandissent des drapeaux allemands à un rassemblement du mouvement de droite "Pro Chemnitz", du parti d'extrême-droite AfD et du parti anti-islam Pegida à Chemnitz, le 1 septembre 2018. (Crédit : AFP PHOTO / John MACDOUGALL)

Après avoir connu un essor spectaculaire, l’extrême droite allemande est aujourd’hui fragilisée par des règlements de compte internes entre modérés et proches de la mouvance néo-nazie. Et sa bête noire Angela Merkel regagne en popularité.

Larvée depuis plusieurs mois, cette guerre de courants, pour définir le cap politique du mouvement, a éclaté au grand jour ce week-end avec la décision de la direction de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’exclure un de ses cadres, Andreas Kalbitz.

Motif officiel : le responsable du mouvement dans la région du Brandebourg, qui entoure Berlin, avait dissimulé lors de son adhésion au parti son appartenance passée à un groupuscule néo-nazi, les « Jeunesses allemandes fidèles à la patrie ».

Ce renvoi a été obtenu sous l’impulsion du courant dit modéré autour de l’un des deux présidents du parti, Jörg Meuthen, partisan d’une soi-disante « dédiabolisation » – comparable à celle menée en son temps par Marine Le Pen pour le Front national en France – dans l’espoir de faire de l’AfD la principale force politique à droite de l’échiquier.

« Nous sommes un parti conservateur traditionnel. Nous devons faire preuve de cohésion mais devons clairement nous dissocier des positions d’extrême droite », a déclaré M. Meuthen, un professeur d’économie, à la chaîne de télévision ARD.

« Erreur politique »

Jörg Meuthen en 2015. (Crédit : Robin Krahl – Eigenes Werk/CC-BY-SA 4.0)

Andreas Kalbitz a dénoncé lui une « erreur politique » et promis un recours. « Si cette décision devait être motivée par l’espoir d’être accepté des partis établis et de nos rivaux politiques, alors cela échouera », a-t-il prévenu.

Son exclusion a provoqué une levée de boucliers de l’aile la plus radicale de l’AfD, autour de son héraut Björn Höcke, qui représente selon les estimations environ un tiers des adhérents et a le vent en poupe depuis plusieurs mois.

Recourant à un vocabulaire évoquant les heures les plus sombres de l’Allemagne, ce dernier a accusé dans un message vidéo ses rivaux au bureau politique de l’AfD de s’être rendus coupable de « trahison à l’égard du parti ».

Il a nommément reproché à Jörg Meuthen et à une responsable de l’AfD de Berlin, Beatrix von Storch, de vouloir empêcher le mouvement d’offrir une réelle « alternative » en l’embourgeoisant.

« Je ne permettrai pas qu’on divise et qu’on fasse disparaître notre parti », a encore clamé le très radical Björn Höcke.

Le conflit interne s’est aggravé suite à la décision en mars des autorités de placer cette frange radicale, appelée « L’Aile », sous surveillance policière en raison de sa proximité avec la mouvance néo-nazie et au motif qu’elle représente une « menace » pour la démocratie. 

Depuis, craignant ce marquage au fer rouge dans l’opinion, les modérés n’ont eu de cesse de chercher à l’affaiblir.

Début avril, M. Meuthen a ouvertement évoqué l’idée d’une scission du parti, avant de renoncer face au tollé provoqué en interne.

Plafonnement

Le président du groupe parlementaire du parti d’extrême droite AfD en Thuringe, Björn Höcke, est vu au Parlement du Land de Thuringe à Erfurt, dans l’est de l’Allemagne, avant les élections du Premier ministre de Thuringe le 5 février 2020. (Crédit : JENS SCHLUETER / AFP)

C’est qu’au plan national, l’extrême droite plafonne, voire s’effrite. Si elle a fait de l’Est du pays, en retard économiquement, son fief, l’AfD peine dans le reste du pays.

Après son irruption spectaculaire lors des législatives de 2017 dans le sillage de la crise des migrants, où elle avait récolté 12,6 %, devenant la principale force d’opposition à la chambre des députés, le parti est crédité de seulement 10 % dans un sondage de la chaîne ZDF paru vendredi.

La pandémie de nouveau coronavirus a relégué un peu plus ses thèmes traditionnels contre l’immigration au second plan, tandis que sa cible politique de prédilection, Angela Merkel, voit sa popularité retrouver des niveaux record car l’Allemagne a été moins touchée que ses voisins.

L’AfD cherche toutefois à regagner le terrain perdu en soutenant les rassemblements qui font florès dans le pays contre les restrictions de mouvement. Plusieurs milliers de personnes ont encore défilé samedi.

« Nous observons une tendance montrant que les extrémistes, et particulièrement ceux de droite, instrumentalisent les manifestations », a dit dimanche le patron du Renseignement intérieur, Thomas Haldenwang, au quotidien Die Welt.

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