L’herbe, le nouveau whisky dans un grand nombre de mariages israéliens
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L’herbe, le nouveau whisky dans un grand nombre de mariages israéliens

Une fois passés sous la houppa, après avoir cassé le verre, les jeunes mariés, fêtent leurs noces avec leurs amis en fumant de la marijuana

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Une robe de mariage avec une feuille de marijuana brodée présentée pendant la Cannabis Wedding Expo de Los Angeles au mois de janvier 2019 (Crédit : AP Photo/Richard Vogel)
Une robe de mariage avec une feuille de marijuana brodée présentée pendant la Cannabis Wedding Expo de Los Angeles au mois de janvier 2019 (Crédit : AP Photo/Richard Vogel)

Cette journaliste se dirigeait vers la piste de danse, un gin-tonic à la main, prête à se déhancher en compagnie de la mariée et de son nouvel époux lorsque est arrivée à ses narines l’odeur piquante d’un joint de marijuana.

Il ne s’agissait pas de ces effluves lointaines qui auraient pu provenir des niveaux inférieurs de la salle de réception dans laquelle avaient lieu les réjouissances. Non. L’odeur venait bien du centre de la piste au parquet lustré. Il y avait en fait plusieurs invités, des amis du couple, qui dansaient en fumant des joints fins et impeccablement roulés, les partageant généreusement avec leur entourage.

« L’idée, c’était d’en apporter assez pour tout le monde », explique Elisha, le jeune marié. « Presque tout les gens qu’on connaît fument de l’herbe, que ce soit au quotidien ou avec des amis. Nous avions déjà fumé lors de mariages, mais on le faisait principalement à l’écart. Ça n’a pas été le cas de notre mariage, où ça s’est fait directement sur la piste de danse ».

L’herbe, semble-t-il, aura tenu un rôle aussi important dans ces noces que la houppa, le verre brisé et la signature de la ketubah – le contrat traditionnel de mariage. Elle aura fait partie du shtick, au même titre que les drôles de chapeaux, les leis et les confettis qui se repassent souvent d’un individu à l’autre sur la piste de danse.

Peut-être plus surprenante encore a été la réaction – ou plutôt la non-réaction – les parents, des amis de ma famille, peu décidés à apporter leur témoignage. Ils n’ont rien dit. Et en fait, ils ont surtout paru ne rien remarquer.

« Je pense qu’ils préfèrent ne pas en parler », suppose Elisha, qui trouve néanmoins difficile à croire qu’ils ne se soient pas rendus compte de la présence de marijuana dans la soirée.

Les parents de son épouse, toutefois, se sont montrés plus diserts, affirmant accorder peu d’attention à cette activité et se montrant plus ouverts. Après le mariage, Elisha et sa femme ont aperçu des joints sur les vidéos et sur les photos de la soirée – avec notamment un cliché montrant la tante de la jeune mariée tenant un joint dans sa main avec tranquillité et assurance.

Encore maintenant, deux ans plus tard, Elisha a du mal à imaginer sa fête de mariage sans herbe.

« Les invités ont été bien plus détendus, bien plus prêts à danser et à s’amuser », dit-il. « Je suis vraiment heureux qu’il y ait eu de l’herbe à notre mariage et que personne n’y ait rien à trouver à redire, ni les organisateurs du mariage, ni les invités ou les parents. Je pense que c’est bien mieux que l’alcool », ajoute-t-il.

Un bouquet de mariage avec des feuilles de marijuana au Cannabis Wedding Expo de Los Angeles, le 26 janvier 2019 (Crédit : AP Photo/Richard Vogel)

C’est une scène qui s’est répétée à plusieurs occasions lors des mariages auxquelles cette journaliste a pu assister au cours des deux dernières années.

Une fois la cérémonie terminée et le couple fraîchement marié de retour parmi ses invités, la fête se concentre dorénavant sur la piste de danse et c’est là que l’herbe fait son apparition.

Parfois, les joints circulent parmi un groupe particulier d’invités. Il arrive également qu’ils soient partagés aussi facilement qu’un shot de vodka ou qu’un chapeau festif.

La semaine dernière, ils sont sortis pendant la hinna, une cérémonie traditionnelle marocaine qui, dans ce cas précis, a eu lieu vers la fin du mariage. Le fiancé, sa promise et les membres de la famille, vêtus de tenues traditionnelles, ont offert des douceurs marocaines avant de prendre d’assaut la piste de danse. Ce sont les amis du fiancé qui se sont occupés, cette nuit-là, de la marijuana.

Le cannabis, selon les fêtards, est presque toujours présent, particulièrement dans les mariages des couples d’une vingtaine d’années ou trentenaires.

Noam, 26 ans, se souvient d’un mariage ou le papier à rouler et le tabac étaient distribués au bar pour ceux qui voulaient rouler leurs propres cigarettes ou leurs joints.

Un de ses amis, Adam, confie avoir roulé 40 joints d’herbe à une occasion. La marijuana avait été amenée au mariage par le fiancé.

« Cela n’a plus une grande importance : Soit vous fumez, soit vous ne fumez pas. Je ne pense pas que ça change l’atmosphère, c’est devenu quelque chose qui se retrouve absolument partout », dit cet habitant de Tel Aviv.

Bien sûr, tout le monde ne goûte pas à l’herbe dans les cérémonies de mariage. Une organisatrice de mariages professionnelle de Jérusalem, qui a préféré que son identité ne soit pas rendue publique, explique ne jamais avoir vu de joint ou senti l’odeur de la marijuana au cours des événements de haut-rang dont elle a eu la responsabilité, créés majoritairement pour des clients venus de l’étranger.

Une autre organisatrice note qu’elle a pu distinguer quelques effluves pendant les soirées, mais qu’elles ne venaient assurément pas de la piste de danse.

« Lors de mes mariages », dit-elle, « tout le monde se trouve au bar à boire du whisky single malt« .

L’alcool « est toujours le roi de la soirée », déclare Eitan, 26 ans, originaire de Beer Sheva et qui va se marier à l’automne. « L’herbe vient en supplément : Ils vont majoritairement bien ensemble ».

Gabriel, 26 ans, qui s’est marié il y a trois ans et qui se souvient avoir consommé de l’alcool – mais pas de marijuana – lors de ses noces, explique que fumer de l’herbe fait dorénavant partie intégrante de la vie, en particulier chez les Israéliens âgés de 20 à 35 ans.

C’est une tendance plus large qui est observée depuis les dernières années, dit Elisha S., et en particulier à Tel Aviv où il vit. Il affirme qu’on y fume de l’herbe indistinctement dans les cafés, sur la plage, sur le banc d’un parc.

« Les gens ne craignent pas de se faire attraper et c’est mieux accepté. Cela ne veut pas dire que vous soyez drogué ou addict ou autre chose à connotation négative », ajoute-t-il.

Et l’herbe est également facilement accessible.

Telegrass, basé sur le modèle de l’application Telegram, comptait jusqu’à récemment des milliers de membres – et notamment des dealers – qui facilitaient l’achat et la livraison de marijuana peu chère ou plus onéreuse.

Tandis que l’application a été officiellement fermée au mois de mars et qu’une grande partie de ses gestionnaires ont été arrêtés, l’herbe reste encore très facile à obtenir, dit Adam. Les fumeurs en achètent à des amis ou aux dealers avec lesquels ils avaient été en contact lorsque l’application fonctionnait encore. Trouver de la marijuana pour un usage récréatif n’est pas un problème, ajoute-t-il.

« Il n’y a aucun moyen de stopper cette tendance », dit Elisha. « C’est comme essayer d’arrêter le vent avec la main. La demande est énorme ».

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