L’héroïsme des sauveteurs juifs belges célébré par le Bnai Brith et KKL-JNF
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L’héroïsme des sauveteurs juifs belges célébré par le Bnai Brith et KKL-JNF

Les sauvetages effectués par des Juifs et à travers toute l'Europe n'ont pas encore bénéficié d'une reconnaissance publique appropriée et restent encore mal connus

Le B'nai B'rith World Center à Jérusalem et Keren Kayemeth LeIsrael (KKL) commémorant l'héroïsme des Juifs belges pendant la Shoah (Crédit : Avi Hayun, KKL-JNF Public Diplomacy Division)
Le B'nai B'rith World Center à Jérusalem et Keren Kayemeth LeIsrael (KKL) commémorant l'héroïsme des Juifs belges pendant la Shoah (Crédit : Avi Hayun, KKL-JNF Public Diplomacy Division)

Le Bnai Brith international de Jérusalem et le KKL-JNF (Keren Kayemeth LeIsrael) organiseront pour la 17ème année consécutive une cérémonie conjointe de commémoration de la Shoah à l’occasion de la Journée de commémoration des martyrs et des héros de la Shoah (Yom HaShoah, qui a lieu cette année le jeudi 2 mai).

C’est le seul événement consacré, chaque année, à la commémoration de l’héroïsme de membres de la communauté juive qui ont sauvé des Juifs pendant la Shoah.

Les écoles de la région de Jérusalem et des académies préparatoires prémilitaires assisteront à cet événement aux côtés de sauveteurs juifs et de survivants. Une garde d’honneur sera assurée par la police des frontières. La cérémonie débutera dès 10 heures du matin dans la forêt des martyrs du Bnai Brith et du KKL-JNF, sur la place du « rouleau de feu ».

La cérémonie, cette année, sera consacrée aux efforts de sauvetage menés par le comité de défense juive (CDJ).

Elle sera marquée par les allocutions des intervenants suivants : Daniel Atar, président du KKL-JNF world ; le docteur Haim V. Katz, président du Bnai Brith World Center-Jérusalem; le général de brigade Yehuda Yehoshua, commandant du centre de formation au combat des gardes-frontières ; son excellence Olivier Belle, ambassadeur de Belgique en Israël et Michel Werber, fils des membres fondateurs du CDJ, Abusz et Shifra Werber.

Le comité de défense juive avait été fondé en Belgique au mois de septembre 1942, en réaction au début des déportations de Juifs par la Gestapo au mois d’août de la même année depuis Bruxelles et Anvers. L’objectif poursuivi par le CDJ était de sauver le plus grand nombre de Juifs que possible.

Le CDJ avait réuni des Juifs provenant d’un large spectre idéologique (notamment des communistes, des révisionnistes, des sionistes généraux, des membres des « travailleurs de gauche de Sion » et des « jeunesses sionistes ») et de multiples catégories de la société (citoyens belges et étrangers, Juifs laïcs et religieux et même certains non-Juifs, comme la professeure Andrée Geulen).

Tous s’étaient engagés dans des opérations de sauvetage conjointes.

Le CDJ avait vivement recommandé aux Juifs de ne pas obéir aux ordres donnés par la Judenrat locale – l’AJB – et de passer du côté de la résistance et il avait également œuvré à gagner le soutien général à la cause des Juifs persécutés.

Certains membres du CDJ occupaient des postes à responsabilité au sein de l’AJB et ils avaient pu transmettre en toute clandestinité des informations qui allaient s’avérer déterminantes pour déjouer les plans funestes des nazis.

Le comité était parvenu à secourir entre 3 000 et 4 000 enfants juifs – la moitié de tous les enfants juifs qui devaient survivre à la Shoah en Belgique – et il avait fourni une assistance vitale à environ 10 000 adultes, notamment des cachettes où vivre clandestinement et des faux documents.

Cette activité avait mis en péril la vie des membres du CDJ. Certains avaient été capturés, torturés et déportés dans des concentrations. Certains devaient ne pas survivre.

Le CDJ opérait en complément du « front de l’indépendance » – l’organisation de résistance la plus importante qui avait été fondée en Belgique au mois de mars 1941 et qui unissait 17 différents groupes idéologiques et religieux, avec à leur tête le parti communiste, en réponse à l’invasion allemande de l’URSS.

Au moment de l’invasion allemande de la Belgique – le 10 mai 1940 –
66 000 Juifs vivaient dans le pays et 10 % d’entre eux étaient citoyens belges. 34 801 devaient être arrêtés pendant la Shoah (dont 5 092 enfants âgés de moins de 16 ans).

28 902 Juifs avaient été assassinés – 44 % de la population juive de Belgique – et 24 906 devaient être emprisonnés – pendant plusieurs jours habituellement – au camp de transit de Mechelen-Malines, d’où ils avaient été déportés au cours de 28 transports à Auschwitz à partir de l’été 1942. Seuls 1 337 avaient survécu.

Abusz Werber, fondateur du comité de Défense juive (Crédit : KKL-JNF/Bnai Brith)

Le nombre de membres du comité avait atteint les 300. Il exploitait un impressionnant réseau administratif qui prenait en charge les finances, les faux papiers et les coupons d’alimentation, ainsi qu’une presse clandestine.

Le département des faux papiers devait connaître une telle réussite qu’il avait également fourni de faux documents à des non-Juifs qui tentaient de fuir les travaux forcés.

La principale caractéristique du CDJ – qui se distinguait par une coopération entre des groupes issus de tous les spectres idéologique et politique – avait été à la base d’une organisation unique en Europe occidentale. La branche principale du comité était située à Bruxelles. D’autres s’étaient installées à Charleroi et à Liège. A Anvers, le comité avait été fondé en 1943, lorsque trois groupes avaient commencé à collaborer.

55 % des Juifs belges auront survécu grâce à la réponse rapide apportée par des individus qui étaient entrés individuellement au sein de la résistance, grâce aussi aux actions héroïques du CDJ et au soutien de la société belge au sens large – notamment à celui de nombreux religieux.

Il faut noter que les Juifs auront également prêté main forte à des organisations de résistance variées dans des missions de trafic, de renseignement, de sabotage, ainsi que dans la presse clandestine. La conclusion sans équivoque résultant de cette page d’histoire en Belgique est que la passivité des Juifs face à la Shoah est de l’ordre du mythe.

Au cours de la cérémonie, le prix de la « Citation des sauveteurs Juifs » sera conféré à onze membres éminents du CDJ ainsi qu’à quatre autres sauveteurs actifs en Pologne : David Ferdman, Hertz Jospa, Hava Jospa, Abraham Manaster, Chaim Pinkus Perelman, Fela Perelman, David Trocki-Muscnicki, Paulina Avstritski, Trocki-Muscnicki, Josef Sterngold, Abusz Werber, Shifra Werber et Shraga Dgani, Miriam-Mania Zeidman, Yaacov Segalchik et Bela Yaari-Hazan.

Depuis la création de la « Citation des sauveteurs Juifs », en 2011, ce sont presque 270 héros qui ont été honorés pour leurs activités de sauvetage en Allemagne, en France, en Hongrie, en Grèce, en Slovaquie, en Yougoslavie, en Russie, en Pologne, en Ukraine, en Hollande et en Belgique.

Hertz Jospa (Crédit : KKL-JNF/Bnai Brith)

La forêt des martyrs de Bnai Brith est le plus important projet qui a été conjointement mené par Bnai Brith et KKL-JNF. Il commémore les victimes de la Shoah par six millions d’arbres qui ont été plantés dans les montagnes pittoresques de Jérusalem, à proximité de Moshav Kesalon.

Au sommet de la forêt se dresse le « rouleau de feu », créé par le célèbre sculpteur Nathan Rapoport, qui évoque la destruction des Juifs pendant la Shoah et leur rédemption au sein de l’Etat d’Israël. L’événement commencera par les témoignages personnels de survivants de la Shoah, qui s’exprimeront devant des classes de soldats et d’élèves.

Le phénomène des sauvetages effectués par des Juifs et les histoires instructives de milliers de Juifs qui ont œuvré à venir au secours de leurs frères et sœurs en péril à travers toute l’Europe n’ont pas encore bénéficié d’une reconnaissance publique appropriée et leurs parcours sont encore mal connus.

Un grand nombre d’entre eux, pour qui la fuite était envisageable, ont préféré rester et sauver les autres. Certains l’ont payé de leur vie.

Avec un héroïsme extraordinaire, des Juifs, dans tous les pays de l’Europe occupée, ont eu recours au subterfuge, à la contrefaçon, au trafic, à la dissimulation et à d’autres méthodes encore pour s’assurer que les Juifs pourraient survivre à la Shoah, ou les ont aidés à s’échapper en lieu sûr – déjouant ainsi l’objectif nazi du génocide total.

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