L’histoire des réfugiés juifs brésiliens contée au Carnaval de Rio
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L’histoire des réfugiés juifs brésiliens contée au Carnaval de Rio

Chars et costumes relatent l'histoire de l'arrivée des Juifs à Recife et la fondation de la première congrégation juive de l'hémisphère, avant d'être expulsée vers New York

Un danseur de l'école de samba de Portela se produit pendant la deuxième nuit du Carnaval de Rio au Sambadrome de Rio de Janeiro, Brésil, le 12 février 2018. (AFP/Mauro PIMENTEL)
Un danseur de l'école de samba de Portela se produit pendant la deuxième nuit du Carnaval de Rio au Sambadrome de Rio de Janeiro, Brésil, le 12 février 2018. (AFP/Mauro PIMENTEL)

RIO DE JANEIRO, Brésil (JTA) – Le défilé du Carnaval de Rio a commémoré le voyage des réfugiés juifs européens qui ont établi la première synagogue du Nouveau Monde, et finalement la première congrégation d’Amérique du Nord.

Un groupe de 80 membres de la communauté juive s’est joint à plus de 3 000 artistes de l’école de samba Portela lundi soir alors qu’ils défilaient sur la rue longue de 800 mètres en racontant l’histoire des Juifs expulsés du Portugal, leur liberté religieuse temporaire et leur prospérité dans une région brésilienne sous domination néerlandaise, et leur deuxième expulsion les conduisant à fonder la synagogue Shearith Israel à New York.

« Pour nous, il est très important que quelqu’un apprécie la présence et l’influence juives dans l’histoire brésilienne. C’est un signe de reconnaissance », a déclaré le président de la Fédération juive de Rio, Herry Rosenberg, avant le défilé. Rosenberg avait suivi attentivement les préparatifs de la parade pour la fédération, qui a servi de consultant pour le spectacle.

Des chars et des costumes colorés en peluche ont retracé l’arrivée des Juifs à Recife, où ils ont découvert le paysage du nord-est du Brésil, y compris des cultures et des animaux typiques comme la canne à sucre, les crabes et les chèvres. Des allégories frappantes mettaient en scène l’architecture et l’atmosphère locales, y compris Kahal Zur Israel, la première synagogue établie dans les Amériques, fondée par les Juifs nouvellement arrivés.

Les danseurs de l’école de samba de Portela se produisent pendant la deuxième nuit du Carnaval de Rio au Sambadrome de Rio de Janeiro, Brésil, le 12 février 2018. (AFP/Mauro PIMENTEL)

Le thème de l’école Portela a été inspiré par le livre Caminhos cruzados : A vitoriosa saga dos judeus do Recife – da Espanha à fundação de Nova York (Carrefour : La saga victorieuse des immigrants juifs de Recife – de l’Espagne à la fondation de New York) a rapporté le Rio Times en ligne.

« L’intention était de montrer comment le passé peut nous éclairer sur le présent et l’avenir. Il y a un message fort contre la xénophobie et pour la paix entre les peuples », a déclaré Fabio Pavao, un directeur de Portela.

L’expulsion juive du Brésil a été dépeinte par un énorme navire et des pirates, qui ont attaqué le groupe en route pour New Amsterdam, la ville qu’ils ont aidé à fonder et qui a été rebaptisée plus tard New York. Des gratte-ciel, des panneaux d’affichage de Broadway et une réplique de la statue de la Liberté se trouvaient sur le dernier char du défilé.

La statue de la Liberté sur le dernier char du défilé de l’école de samba de Portela pendant la deuxième nuit du Carnaval de Rio, au Sambadrome de Rio de Janeiro, Brésil, le 12 février 2018. (AFP/Mauro PIMENTEL)

En 1624, les Hollandais – tolérants à l’immigration juive et aux différentes pratiques religieuses – s’emparent d’une partie du nord-est du Brésil.

En 1637, les Juifs construisirent la synagogue de Kahal Zur à Recife, qui fut fermée par les Portugais lorsque les Hollandais furent expulsés en 1654. Elle a été rouverte en 2002 et est aujourd’hui la plus ancienne synagogue existante dans les Amériques, abritant un centre culturel juif et un musée.

« Ce sauvetage de l’histoire de la période hollandaise au Brésil nous rappelle une vision du respect des différences au milieu d’une époque de discrimination et d’intolérance, et nous amène à une réflexion encore actuelle sur la question », a expliqué Sonia Sette, présidente de la fédération juive de Pernambuco, à JTA dans les semaines précédant le défilé.

Une danseuse de l’école de samba de Portela se produit pendant la deuxième nuit du Carnaval de Rio, au Sambadrome de Rio de Janeiro, Brésil, le 12 février 2018. (AFP/Mauro PIMENTEL)

Plus d’un million de touristes du monde entier viennent assister au Carnaval de Rio à l’occasion de fêtes de rue appelées « blocos » ou au Sambadrome, où 26 écoles de samba éblouissent quelque 60 000 spectateurs. La retransmission télévisée en direct est regardée par quelque 208 millions de Brésiliens et touche quelque 2 milliards de téléspectateurs dans le monde.

Le carnaval est le festival le plus populaire du Brésil et l’une des plus grandes célébrations de plusieurs jours au monde. Suivant un calendrier lunaire, elle s’est tenue cette année du 9 au 14 février. La célébration se termine à midi le mercredi des Cendres. Le dimanche de Pâques arrive 40 jours après.

En 2008, un char de carnaval représentant des victimes de l’Holocauste décédées a été retiré du défilé de Rio à la demande de la fédération juive, citant la loi brésilienne qui interdit la propagande nazie et le racisme.

En 2003, le Centre Culturel Juif de Sao Paulo a été saccagé pour avoir parrainé la représentation de l’école de samba de Mangueira sur les Dix Commandements pour un coût d’un million de dollars. Certains militants juifs ont critiqué le centre parce qu’il était prêt à dépenser tellement d’argent, faisant valoir que l’argent pourrait être mieux dépensé pour aider les institutions juives brésiliennes en difficulté financière.

Le Brésil a la plus grande population catholique du monde – près de 130 millions – et compte quelque 120 000 Juifs.

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