L’hiver a divisé Israël en 2 « pays » : chutes de pluie généreuses et sécheresse
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L’hiver a divisé Israël en 2 « pays » : chutes de pluie généreuses et sécheresse

« Nous avons vu les inondations dans le centre et le nord d'Israël à la télévision, et nous avons eu l'impression de vivre dans un autre pays », affirme Gili Molcho

De la pluie dans la ville côtière de Netanya, le 19 février 2021. (Crédit : Flash90)
De la pluie dans la ville côtière de Netanya, le 19 février 2021. (Crédit : Flash90)

Les précipitations de cet hiver ont divisé Israël en deux entités distinctes, l’une recevant un apport de pluies moyen ou élevé, et l’autre connaissant une grave sécheresse, d’après les chiffres.

Une frontière imaginaire s’étendait d’est en ouest en traversant la jonction de Beit Kama, située plus ou moins à égale distance entre les villes du sud du pays de Kiryat Gat et Beer Sheva.

Kiryat Gat a reçu 443 millimètres de pluie, 104 % de sa moyenne annuelle habituelle du 1er décembre au 28 février, tandis que Beer Sheva, à seulement 55 kilomètres au sud, n’a reçu que 107 millimètres de pluie, un quart de la quantité de Kiryat Gat et un peu plus de la moitié (56 %) de sa moyenne annuelle.

Une année est considérée comme étant une année de sécheresse lorsque la terre reçoit moins de 70 % des précipitations annuelles moyennes.

À la jonction du Neguev, à 25 km au sud de Beer Sheva, la rareté de la pluie était encore plus prononcée, à 48 millimètres, à peine 46 % de la moyenne annuelle. Sde Boker n’a vu que 25 % de sa moyenne annuelle habituelle (22 millimètres), tandis qu’à Paran, dans le désert d’Arava, la pluie a totalisé 9 millimètres, soit 27 % de la moyenne annuelle, et à Avdat, à peine 18 % des précipitations moyennes sont tombées.

La jonction Beit Kama. (Crédit : Google Maps)

Même dans la dénommée enveloppe de Gaza où sont situées les communautés agricoles qui longent la frontière de Gaza, les parapluies étaient rarement ouverts cet hiver. Les précipitations y sont en moyenne de 200 à 250 millimètres par an, mais sur le site de la source Besor, 116 millimètres sont tombés, ce qui représente 54 % de la moyenne annuelle.

Gili Molcho du kibboutz Mishmar Hanegev, et un membre de la commission pour l’agriculture, a déclaré : « Nous avons vu les inondations dans le centre et le nord d’Israël à la télévision, et nous avons eu l’impression de vivre dans un autre pays ».

« La ligne du désert était très clairement délimitée cette année », a déclaré Amir Givati, spécialiste du climat et conférencier à l’école d’études environnementales de l’université de Tel Aviv. « Alors que dans le nord, tout est vert, au sud de Beit Kama, tout est déjà devenu jaune en mars. Les incendies vont bientôt commencer ».

« Nous parlons de 50 % des terres du pays qui ont subi une sécheresse totale. Les cultures dépendantes de la pluie sont en grande difficulté. Les agriculteurs doivent payer beaucoup pour l’eau afin de remplacer la pluie qui n’est pas tombée ».

Givati voit un lien étroit entre la météo de l’hiver dernier et le changement climatique au niveau mondial. « C’était une année anormale », a-t-il dit.
« Tout a commencé avec un été extrêmement chaud, le mois de septembre s’avérant être l’un des plus chauds de tous les temps, et le mois d’octobre a été complètement sec ».

Un garçon avec un parapluie traverse une route au Moshav Yashresh, dans le centre d’Israël, le 24 mars 2021. (Crédit : Yossi Aloni / Flash90)

« La mer s’est considérablement réchauffée. Début novembre, la mer était plus chaude de trois degrés par rapport à sa température moyenne à cette période de l’année. C’est un chiffre incroyable. Puis, début novembre, de l’air froid est arrivé d’Europe. Cet air froid a rencontré l’air chaud au-dessus de notre partie de la mer, et les conditions sont devenues mûres pour ce que j’appelle une « mousson méditerranéenne ». L’air chaud peut contenir une énorme quantité de vapeur d’eau, ce qui crée des instances de fortes pluies près de la mer ».

« Ce n’est pas un hasard si toutes les inondations et tempêtes se sont produites dans les villes côtières », a poursuivi Givati. « L’intensité s’estompe déjà à 20 km à l’intérieur des terres, à l’est de la côte. Entre le début du mois de novembre et la mi-décembre, il y a eu quatre instances de ce type [de fortes pluies]. Presque toutes les pluies de l’année sont tombées au cours de cette période. Après cela, très peu de pluie est tombée, et le sud, qui durant une année normale est censé atteindre le point culminant de ses pluies en janvier, est resté totalement sec ».

Lorsqu’on lui a demandé si tout cela participait du bouleversement général du climat, Givati a déclaré : « Cela fait sans aucun doute partie de la folie générale. Il y a ceux qui ont peur de le dire, mais quand vous voyez la séquence des événements et que vous connectez la physique aux statistiques, il n’y a aucune place pour le doute ».

Molcho, de Mishmar Hanegev, affirme : « Je passe beaucoup de temps sur mon vélo et je vois que les champs qui ne sont pas irrigués artificiellement sont tout simplement au plus bas. Dans les zones irriguées, il y a encore du vert clair, là où tout n’est pas déjà complètement jaune ».

Un champ de blé près de la frontière avec la bande de Gaza. (Crédit : Nati Shochat / Flash90)

Il a ajouté : « Le kibboutz Nirim, qui cultive 13 000 dunams de blé, a décidé de couper tout son blé plus tôt pour faire du foin et de la nourriture pour le bétail. Laisser le blé continuer de pousser n’est tout simplement pas économique ».

« Le gouvernement offre une compensation de 50 NIS par dunam (le quart d’une acre) à ceux qui coupent le blé avant que la saison des ballons incendiaires [des ballons à l’hélium transportant des engins inflammables ou explosifs] envoyés depuis Gaza ne commence, et cette année, en raison de l’anticipation d’une récolte faible, il n’y a pas eu d’hésitation. Continuer à cultiver du blé n’est tout simplement pas économique. »

« C’est une année très difficile dans le sud. Je ne me souviens d’aucune pluie normale. De temps en temps, il y a de petits événements de pluie, avec de très grands écarts entre eux. L’hiver dernier a été bon, mais cette année, il y aura moins de la moitié du blé ».

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