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L’humanité est devenue une « arme d’extinction massive », dénonce le chef de l’ONU

"Nous ne sommes pas en harmonie avec la nature, nous jouons une mélodie bien différente", une "cacophonie du chaos jouée avec des instruments de destructions", a résumé Guterres

Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, s'exprime lors d'une interview au siège de l'ONU, le 20 janvier 2022, à New York. (Crédit : AP Photo/Robert Bumsted)
Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, s'exprime lors d'une interview au siège de l'ONU, le 20 janvier 2022, à New York. (Crédit : AP Photo/Robert Bumsted)

L’humanité est devenue une « arme d’extinction massive » et il est temps de cesser notre « guerre à la nature », a déclaré mardi le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, appelant les pays à des décisions courageuses à la veille de la COP15 sur la biodiversité.

« Avec notre appétit sans limite pour une croissance économique incontrôlée et inégale, l’humanité est devenue une arme d’extinction massive », a-t-il martelé lors du lever de rideau de cette conférence à Montréal, qu’il voit comme « notre chance d’arrêter cette orgie de destruction ».

Depuis sa prise de fonction en 2017, Antonio Guterres, ancien Premier ministre portugais, a fait du changement climatique son cheval de bataille. Ses dénonciations enflammées lors de l’ouverture solennelle de la réunion COP15 montrent que le sort des plantes et des animaux et des milieux naturels menacés – une crise interconnectée – lui tient à cœur.

Il s’exprimait dans la foulée du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, dont l’intervention a été interrompue par les tambourins d’une dizaine de représentants d’un peuple autochtone local. « Génocide des autochtones = écocide », « Pour sauver la biodiversité, arrêter d’envahir nos terres », proclamait leur banderole, brandie quelques minutes sous les applaudissements d’une partie de la salle, avant qu’ils ne soient escortés, dans le calme, vers la sortie.

Les défis que la COP15 doit relever sont considérables : un million d’espèces sont menacées d’extinction, un tiers des terres sont gravement dégradées et les sols fertiles disparaissent, tandis que la pollution et le changement climatique accélèrent la dégradation des océans.

Des personnes assistent au Sommet des jeunes de la Conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15) au Quai Alexandra dans le Vieux-Port de Montréal à Montréal, Québec, Canada, le 6 décembre 2022. (Crédit : Andrej Ivanov / AFP)

Les produits chimiques, les plastiques et la pollution atmosphérique étouffent la terre, l’eau et l’air, tandis que le réchauffement de la planète dû à la combustion des énergies fossiles provoque un chaos climatique – des vagues de chaleur et feux de forêt aux sécheresses et aux inondations.

Plus de 190 pays se réunissent du 7 au 19 décembre pour tenter de sceller un pacte décennal pour la nature et éviter ainsi une sixième extinction de masse. Mais l’issue des négociations, portant sur une vingtaine d’objectifs destinés à sauvegarder les écosystèmes d’ici 2030, reste incertaine.

« Cacophonie du chaos »

« Aujourd’hui nous ne sommes pas en harmonie avec la nature, au contraire nous jouons une mélodie bien différente », une « cacophonie du chaos jouée avec des instruments de destructions », a résumé le secrétaire général de l’ONU.

« Et en fin de compte, nous nous suicidons par procuration », a-t-il ajouté, avec des répercussions sur l’emploi, la faim, la maladie et la mort. Les pertes économiques dues à la dégradation des écosystèmes, quant à elles, sont estimées à 3 000 milliards de dollars par an à partir de 2030.

Mais si le constat scientifique est peu discuté, les points de friction restent nombreux entre les membres de la Convention pour la diversité biologique (CDB) de l’ONU (195 Etats et l’Union européenne, mais sans les Etats-Unis, toutefois observateurs influents).

« Pour que l’accord de Paris réussisse, la biodiversité doit également réussir. Pour que le climat réussisse, la nature doit réussir, et c’est pourquoi nous devons les traiter ensemble », a affirmé à l’AFP Elizabeth Maruma Mrema, la cheffe de la CDB il y a quelques jours.

Parmi la vingtaine d’objectifs en discussions, l’ambition phare, surnommée 30×30, vise à placer au moins 30 % des terres et des mers du globe sous une protection juridique minimale d’ici 2030. Contre respectivement 17% et 10% dans l’accord précédent de 2010.

Il sera aussi question des subventions néfastes à la pêche et à l’agriculture, de lutter contre les espèces invasives et de la réduction des pesticides.

Mais une fois encore, la question du financement de ces mesures pourrait être un point de blocage : des pays en développement demandant la création d’un fonds, comme celui décidé pour le climat.

Et le manque de leadership politique pourrait se faire sentir : en dehors du Premier ministre canadien, aucun chef d’État ou de gouvernement n’est attendu à Montréal, alors qu’ils étaient plus de 110 en Egypte en novembre pour la COP27, conférence de l’ONU sur le climat.

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