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L’IA permet d’identifier des visages figurant sur des photos de la Shoah

Le fondateur de From Numbers to Names, Daniel Patt, affirme que son logiciel est capable de générer 10 correspondances possibles pour une photo donnée en quelques secondes

Des photos triées avec un processus d'IA par From Numbers to Names pour déterminer l'identité des personnes sur les photos. (Crédit : Yad Vashem et USHMM)
Des photos triées avec un processus d'IA par From Numbers to Names pour déterminer l'identité des personnes sur les photos. (Crédit : Yad Vashem et USHMM)

Le grand-père de Madeline Paul est décédé lorsqu’elle avait 11 ans et elle ne s’attendait pas a découvrir une photographie encore jamais vue de ce survivant de la Shoah pendant la guerre, confie-t-elle.

« J’aurais aimé lui poser plus de questions », dit-elle. « La découverte d’une photo de lui dans un camp de personnes déplacées en Allemagne m’a vraiment émue », a indiqué la jeune femme de 18 ans au Times of Israel.

L’image du grand-père de Madeline Paul – Stanley Leopold Paul – a été découverte grâce à From Numbers to Names (N2N), qui utilise un logiciel d’intelligence artificielle (IA) pour aider les gens à identifier leurs proches et d’autres personnes sur des photographies prises avant, pendant et après la Shoah.

« N2N vous permet de rechercher des photos de l’époque de la Shoah en fonction du visage. Vous téléchargez une « photo de recherche », qui peut être celle d’un parent ou d’une personne sur laquelle vous faites des recherches, et N2N vous renvoie les dix photos les plus pertinentes sur lesquelles figure probablement la personne que vous recherchez », explique Daniel Patt, fondateur de N2N.

Ce projet à but non lucratif et bénéficiant de fonds publics a été couvert dans l’émission « The View » de la radio NPR et dans le New York Times. Daniel Patt explique que la montée de l’antisémitisme dans le monde, à la suite des massacres du 7 octobre en Israël, l’a encouragé à accélérer le travail des bénévoles sur le projet N2N.

« Selon nos dernières estimations, nous sommes en mesure d’effectuer des recherches sur quelques millions de visages. Il reste encore au moins plusieurs millions de visages qui n’ont pas encore été analysés », a indiqué Patt au Times of Israel. « Nous avons établi de nombreuses correspondances cet hiver », a ajouté Patt.

Daniel Patt, fondateur de From Numbers to Names. (Crédit : Autorisation)

L’année dernière, N2N a travaillé avec un lycée new-yorkais et les élèves l’ont aidé à identifier des personnes sur des photos en utilisant le système d’apprentissage automatique de Patt, conçu sur mesure et spécifique au domaine. Des projets sont en cours pour y associer d’autres écoles.

« En aidant à confirmer les identifications potentielles de personnes fournies par le logiciel, les élèves passent beaucoup de temps à regarder les personnes figurant dans ces collections de photos de la Shoah ; ils essaient automatiquement de comprendre qui elles étaient et à quoi ressemblait leur vie, de sorte qu’ils se sentent liés aux personnes figurant sur ces photos », a expliqué Patt, ingénieur logiciel chez Google.

L’histoire familiale reconstituée, un visage à la fois

Michael Paul, le père de Madeline, a décrit au Times of Israel les efforts déployés par sa fille pour aider les membres de la communauté à utiliser le logiciel N2N après la découverte de l’image de son père.

« Des personnes âgées ont demandé à Madeline de les aider et elle a pu obtenir des résultats – des photos – qu’elles ont pu consulter pour identifier une éventuelle correspondance », a expliqué M. Paul.

Sur la photo découverte par From Numbers to Names, on peut voir le père de Michael Paul en costume beige dans la rangée du bas, entouré des bras de ses amis. (Crédit : USHMM)

« La découverte de ces photos est un excellent moyen de permettre à chacun de se rapprocher de ses parents et d’autres personnes », a indiqué Paul. « Cela m’a aidé à me sentir plus proche de mon père et de sa mémoire. »

Paul a survécu à la Shoah grâce à son intelligence. Il a déjoué les nazis et, même après s’être fait prendre une fois, il est parvenu à s’échapper d’un train qui se dirigeait vers un camp de concentration.

« Ce qui me motive aujourd’hui, c’est lui, ce qu’il a traversé et comment il a persévéré », a déclaré Paul.

« Il est difficile d’évaluer correctement le nombre de correspondances que nous avons facilitées, car nous encourageons les utilisateurs du site à confirmer les correspondances à l’aide de toutes les informations personnelles dont ils disposent », a expliqué Patt.

« Nos recherches internes nous ont permis de découvrir des dizaines de correspondances, dont beaucoup ont été partagées avec des survivants vivants et/ou leurs descendants », a ajouté Patt.

Grâce au financement, le N2N espère pouvoir étendre ses travaux de recherche et les programmes éducatifs associés afin de toucher des millions de lycéens et d’étudiants dans le monde entier. L’organisation a déjà été contactée par des dizaines d’écoles aux États-Unis. De petites subventions et des dons supplémentaires permettraient à N2N de compenser le coût de la recherche, a ajouté Patt.

« Bien que ce travail soit alimenté par la passion, nos recherches et nos découvertes ont forcément un coût. L’équipe de N2N est constituée uniquement de bénévoles et est soutenue par quelques dons et petites subventions », a déclaré Wendy Weiss, directrice de la communication de N2N.

Pour Wendy Weiss, ce projet en pleine expansion consiste à « mettre des noms sur des visages ». Nous essayons de retrouver les histoires de leurs vies, de sauver des morceaux d’histoire », a-t-elle déclaré.

‘C’était une autre femme’

La survivante la plus célèbre à avoir été identifiée sur une photo jusque-là perdue est sans conteste Rachel Auerbach. Cette dernière a en effet créé les archives secrètes de « Oneg Shabbat » dans le ghetto de Varsovie et elle a, des années plus tard, fondé le département des témoignages à Yad Vashem.

Mais pour Sharon Ben-Shem, Auerbach était la petite cousine de son grand-père, qui leur rendait souvent visite le week-end dans la banlieue de Tel Aviv. Le grand-père de Ben-Shem était le seul parent d’Auerbach à avoir survécu à la Shoah, a indiqué Ben-Shem au Times of Israel.

Le site Numbers to Names a localisé cette photo de Rachel Auerbach, militante légendaire du ghetto de Varsovie. (Crédit : USHMM)

Pendant des années, une photo censée être celle de Rachel Auerbach, décédée en 1975, a circulé sur Internet, a expliqué Ben-Shem.

En février, grâce à la technologie développée par Patt, on a finalement identifié la femme figurant sur la photo comme étant … une auteure polonaise de livres pour enfants sauvée par Irena Sendler, et non Rachel Auerbach.

« Pendant toutes ces années, c’était une autre femme », a indiqué Ben-Shem au Times of Israel.

Heureusement pour Ben-Shem, généalogiste amateur, Patt a également trouvé une photo non identifiée d’Auerbach. Elle montre Auerbach debout pour une photo de groupe lors d’une conférence d’après-guerre sur les femmes dans l’armée.

Ruben Feldschu en 1924. Il est à l’extrême droite avec un bras sur le coude d’une fille devant lui. (Crédit : Sharon Ben-Shem)

Patt a découvert quelques semaines plus tard, par pure coïncidence, une photo de Ruben Feldschu (Ben-Shem), un autre membre de la famille d’Auerbach. Il a confirmé la présence de Feldschu sur la photo de groupe par l’intermédiaire de sa petite-fille, Sharon Ben-Shem.

« Je pense qu’il s’agit de la personne la plus âgée que nous ayons pu identifier – Ruben est né en 1900 et la photo a été prise en 1924 », a précisé Patt.

Si vous êtes ici, je le suis aussi ».

From Numbers to Names a utilisé cette photo pour identifier une autre photo de Ruben Feldschu. (Crédit : USHMM)

La photo d’Auerbach n’est pas la seule survivante importante dont l’image a été localisée par la plateforme N2N au cours des dernières semaines.

Abraham Sutzkever, l’un des plus grands poètes yiddish du siècle dernier, a été identifié sur une photo de groupe avec d’autres intellectuels de Vilna.

Pendant la guerre, Sutzkever a été affecté par les Allemands à la « brigade du papier » du ghetto, un groupe de jeunes intellectuels chargés de rassembler les écrits originaux de Juifs célèbres. Ces écrits devaient être exposés dans un musée commémorant l’extinction de la race juive.

Grâce à cette mission, Sutzkever a réussi à sauver des pans entiers du patrimoine juif européen des griffes des nazis, notamment des écrits originaux de Herzl, Bialik, Shalom Aleichem et d’autres.

Après la guerre, Sutzkever et d’autres membres de la « Brigade du papier » sont revenus pour déterrer des manuscrits qu’ils avaient cachés dans des caves, dans les murs des ghettos et dans le groupe.

Pendant son séjour dans le ghetto, Sutzkever a conclu un « pacte avec l’ange de la poésie », a déclaré Hadas Kalderon, sa petite-fille.

« Si vous écrivez des poèmes brillants capables de me convaincre. Je te protégerai avec une épée flamboyante. Mais si ce n’est pas le cas ? Ne m’en veux pas », recite Kalderon en reprenant ce que son grand-père lui avait dit être les mots de l’ange.

Dans le ghetto, Sutzkever écrivait des poèmes tous les jours. Il vit sa mère donner naissance à un bébé qui fut immédiatement empoisonné, conformément aux ordres allemands interdisant la reproduction. Sutzkever a écrit un poème sur l’assassinat de son petit frère à la naissance, mais il n’est jamais devenu amer ou vengeur.

Photo avec A. Sutzkever récupérant des livres saints et d’autres objets qu’il a cachés pendant les années de ghetto (Crédit : Hadas Kalderon)

Dans un poème sur la mort de sa mère, Sutzkever raconte qu’elle lui est apparue en rêve et l’a exhorté à ne pas rester dans le chagrin, car c’est un péché, selon Hadas Kalderon.

« Si tu es ici, je le suis aussi », écrit Sutzkever, qui témoignera plus tard à Nuremberg.

« Tout comme le noyau de la prune contient l’arbre, le nid, l’oiseau et tout ce qui l’entoure », a écrit le poète.

Le journal de Sutzkever sera publié par Yad Vashem en avril, a déclaré Kalderon.

« Mon grand-père pensait que le seul rôle de la poésie était d’apporter une beauté curative pour redonner aux autres la force de vivre », a déclaré Kalderon.

Avant et après la mort de son grand-père, Kalderon, une actrice israélienne, a raconté son histoire sur scène en Israël et en Allemagne.

Avant de se rendre en Allemagne en 2010, Kalderon avait demandé à son grand-père la permission de partager son histoire. Pour créer ce one-man-show, Kalderon a utilisé les journaux intimes de son grand-père, ses poèmes, son témoignage à Nuremberg et les échanges qu’elle a eus avec lui.

Sutzkever est mort le jour de la première du spectacle en Allemagne, a raconté Kalderon.

« J’étais une bougie commémorative en Allemagne », a déclaré Mme Kalderon. « Et cela m’a permis de tourner la page ».

Hadas Kalderon et son arrière-grand-père en Israël. (Crédit : Autorisation)

Voir une nouvelle photo de son grand-père, quelque 13 ans après sa mort, a été un moment inoubliable, pour Hadas Kalderon. Entourée d’autres jeunes intellectuels à Vilna, la photo de Stutzkever aurait pu être oubliée, sans le lien établi par N2N.

« Ce fut une véritable surprise de voir cette photo de lui avec d’autres personnes qui ont contribué à sauver les trésors culturels juifs », a affirmé Kalderon.

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