Liban : l’ambassadrice américaine convoquée pour des propos anti-Hezbollah
Rechercher

Liban : l’ambassadrice américaine convoquée pour des propos anti-Hezbollah

Pour le département d'Etat américain, il s'agit d'une tentative "pathétique" de "censure" de la part du groupe terroriste chiite

L'ambassadrice américaine au Liban, Dorothy Shea. (Crédit : Wikimedia Commons)
L'ambassadrice américaine au Liban, Dorothy Shea. (Crédit : Wikimedia Commons)

La diplomatie libanaise convoquera lundi l’ambassadrice américaine à Beyrouth après des propos jugés virulents contre le mouvement terroriste chiite du Hezbollah ayant fait l’objet d’une injonction controversée par un juge local.

« Le ministre des Affaires étrangères Nassif Hitti a convoqué l’ambassadrice américaine Dorothy Shea demain (lundi) à 15H00 (12H00 GMT) à la lumière de ses récentes déclarations », a indiqué l’agence de presse ANI.

Lors d’un entretien vendredi avec la chaîne de télévision saoudienne Al-Hadath, Mme Shea a fait part des « graves inquiétudes » de Washington « sur le rôle du Hezbollah, une organisation terroriste ».

Le mouvement chiite a « siphonné des milliards de dollars qui auraient dû aller dans les coffres du gouvernement (…) et entravé certaines réformes économiques dont le Liban a désespérément besoin », a-t-elle accusé, alors que le pays est en proie à sa pire crise économique depuis environ 30 ans.

Des protestataires scandent des slogans lors des manifestations en cours contre la classe politique libanaise, au centre-ville de Beyrouth, au Liban, le 22 décembre 2019. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

Samedi, un juge des référés dans la ville de Tyr (sud), Mohamad Mazeh, a décidé d’interdire, sous peine de sanctions, aux médias libanais et étrangers travaillant au Liban d’interviewer, durant un an, Mme Shea, une décision évidemment aussitôt saluée par le Hezbollah.

Les autorités libanaises doivent « prendre des mesures immédiates pour contraindre cette ambassadrice à respecter le droit international », a exhorté dimanche Hassan Fadlallah, député du puissant parti chiite, faisant référence à la convention de Genève sur les relations diplomatiques.

Le jugement rendu par M. Mazeh a également suscité une levée de boucliers parmi les médias et sur les réseaux sociaux, certains y voyant une pression politique sur la justice et une atteinte à la liberté d’expression.

Une source judiciaire a indiqué à l’AFP que M. Mazeh avait « dépassé ses prérogatives ».

Pays de 18 communautés religieuses, le Liban est régi par un système complexe de partage du pouvoir où la Justice fait souvent l’objet de tiraillements politiques et communautaires.

Pour le département d’Etat américain, il s’agit d’une tentative « pathétique » de « censure » de la part du Hezbollah.

La ministre libanaise de l’Information Manal Abdel Samad a de son côté souligné la nécessité de veiller à la liberté de la presse.

Le juge Mazeh a pour sa part dimanche menacé de démissionner s’il venait à être déféré devant l’inspection judiciaire, après des informations en ce sens relayées par des médias locaux.

Cet incident intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et le groupe terroriste chiite, allié de l’Iran, qui a récemment accusé les Etats-Unis de chercher à provoquer une famine au Liban et d’interdire l’afflux de dollars, monnaie sur laquelle est indexée la livre libanaise.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...