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Liban : une classe politique inchangée depuis des décennies

De nombreux dirigeants de l'époque de la guerre civile sont toujours présents ; ceux qui sont morts ou trop âgés ont souvent été remplacés par d'autres membres de leurs familles

Le président libanais Michel Aoun (à droite) et le Premier ministre Saad Hariri assistent à une réunion au palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth, le 5 décembre 2017 (AFP PHOTO / JOSEPH EID)
Le président libanais Michel Aoun (à droite) et le Premier ministre Saad Hariri assistent à une réunion au palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth, le 5 décembre 2017 (AFP PHOTO / JOSEPH EID)

La population libanaise réclame, dans un mouvement de colère généralisé, le remplacement complet d’une classe politique restée quasi inchangée depuis la guerre civile (1975-1990).

Trente ans plus tard, de nombreux dirigeants de l’époque sont toujours présents. Ceux qui sont morts ou trop âgés ont souvent été remplacés par d’autres membres de leurs familles.

Voici les principaux acteurs qui se partagent aujourd’hui le pouvoir au Liban.

MICHEL AOUN (ET SON GENDRE)

Michel Aoun, un ancien général de 84 ans, a été élu en 2016 13e président du Liban.

Chrétien maronite, il a été le fer de lance de l’opposition à la présence militaire syrienne en lançant en 1989 une « guerre de libération », qui s’avérera être un échec après des mois de combats.

Le président libanais Michel Aoun à Beyrouth, le 1er août 2019. (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar)

Chassé du pays par la Syrie, alors puissance de tutelle, et contraint à un long exil en France, il est retourné au Liban après le retrait en 2005 des troupes syriennes, et est revenu ensuite au pouvoir grâce à un extraordinaire renversement d’alliances, soutenu par ses anciens ennemis les plus farouches.

Après avoir fustigé le népotisme, il réussit à nommer ministre son gendre Gebran Bassil et à l’imposer à la tête de son parti.

Actuel ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, 50 ans, a détenu auparavant les portefeuilles des Télécommunications et de l’Energie. Accusé de s’être trop rapidement enrichi, il est le plus conspué par les manifestants avec le chef du Parlement Nabih Berri.

SAAD HARIRI

L’actuel Premier ministre et chef du parti Courant du Futur, est, à 49 ans, l’héritier politique d’une famille sunnite influente.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri s’exprime lors d’une conférence à Chatham House à Londres, le 13 décembre 2018. (Daniel Leak-Olivas/AFP)

Son père, le milliardaire Rafic Hariri, lui même ancien Premier ministre, a été assassiné en 2005 dans un attentat à Beyrouth.

Saad Hariri est né en Arabie saoudite, où son père avait fait fortune.

Il était à la tête du géant de la construction Saudi Oger – aujourd’hui disparu – quand la famille lui demande en 2005 de reprendre le flambeau politique. Il a été plusieurs fois Premier ministre.

NABIH BERRI

Agé de 81 ans, Nabih Berri est à la tête du Parlement depuis 1992, un record. Il a été réélu en 2018 pour un nouveau mandat de quatre ans.

Le président du parlement libanais Nabih Berri lors d’un entretien avec l’Associated Press à Beyrouth, au Liban, le 11 mai 2018. (Crédit : AP/Hussein Malla)

Il est le principal représentant politique de la communauté chiite, la plus importante en nombre du pays.

Ex-chef de la milice Amal, cet ancien « seigneur de guerre » est un allié traditionnel de la Syrie.

Il a été ministre à cinq reprises entre 1984 et 1992 avant de devenir député et dans la foulée président du Parlement.

Ses détracteurs l’accusent de s’être enrichi aux dépens de l’Etat et de pratiquer avec ferveur le clientélisme.

Depuis 1992, il partage le pouvoir au sein de la communauté chiite avec le chef du Hezbollah pro-iranien, Hassan Nasrallah.

WALID JOUMBLATT

Héritier de l’une des plus vieilles dynasties politiques libanaises, le chef druze Walid Joumblatt, 70 ans, a repris le flambeau de son père Kamal Joumblatt, assassiné près d’un poste de contrôle syrien en 1977.

Le leader druze Walid Jumblatt. (Crédit : Joseph Eid/AFP)

Lui aussi ancien chef de milice, il est à la tête du Parti socialiste progressiste. Il est surnommé « le caméléon » pour ses incessantes manœuvres politiques.

Le week-end, Walid Joumblatt, tient audience dans la maison ancestrale de Moukhtara (est) où des membres de sa communauté viennent présenter leurs hommages et lui demander conseil.

Son parti est représenté dans l’actuel gouvernement et il a « légué » son siège de député à son fils Teymour.

GEAGEA, FRANGIE, GEMAYEL

Samir Geagea, 66 ans, a pris pendant la guerre civile la tête des Forces libanaises (FL) après l’assassinat du président élu Bachir Gemayel en 1982.

Samir Geagea s’adressant à la presse, le 29 mai 2013. (Crédit : Capture d’image d’une vidéo YouTube téléchargée par MTVLebanonNews)

Opposant au régime de Damas, il est le seul « seigneur de guerre » à avoir été condamné, après le passage du Liban sous tutelle syrienne, à 11 ans de prison en 1994. Il reprend en 2005 sa place au cœur de la vie politique.

Il est accusé par un autre chef chrétien, Sleimane Frangié, à la tête d’un clan rival proche de la Syrie, d’avoir participé à l’assassinat en 1978 des parents et de la sœur de M. Frangié, ce que les FL démentent.

Samir Geagea et Sleimane Frangié, lui-même député et petit-fils d’un ancien président de la République, ont opéré une réconciliation spectaculaire en 2018.

La vieille dynastie des Gemayel reste représentée par Sami Gemayel, député et président du parti phalangiste. Il est le fils d’Amine, président de 1982 à 1988. Son cousin Nadim, fils de Bachir Gemayel, est député.

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