Liberman affirme qu’il ne cèdera pas aux pressions « puissantes » de Netanyahu
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Liberman affirme qu’il ne cèdera pas aux pressions « puissantes » de Netanyahu

Le chef d'Yisrael Beytenu dit que l'adoption de la loi sur le service militaire "n'est pas un caprice, une histoire d'ego ou de vengeance" mais au coeur de son programme

Avigdor Liberman, ministre de la Défense (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite). (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Avigdor Liberman, ministre de la Défense (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite). (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Alors que le délai fixé pour la formation d’un gouvernement va rapidement expirer, le leader du parti Yisrael Beytenu a juré mardi de ne pas céder avant que ses demandes soient acceptées, disant qu’il resterait ferme malgré des pressions sans précédent et « puissantes ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu doit encore signer des accords avec ses partenaires potentiels de coalition et les progrès sont dans l’impasse entre la formation laïque Yisrael Beytenu de Liberman et les factions ultra-orthodoxes sur la question d’un projet de loi qui régulerait le service militaire chez les étudiants religieux.

Dans un post publié sur Facebook peu avant minuit, mardi – à seulement 24 heures de l’expiration du délai de formation du gouvernement – Liberman a expliqué n’avoir jamais subi autant de pressions pendant toutes les années de sa carrière politique en Israël.

« Je pensais avoir déjà tout vu mais je suis épouvanté par la puissance des pressions exercées sur moi au cours des deux dernières jours, par la paranoïa et les spéculations auxquelles j’ai été exposé à presque chaque minute », a-t-il écrit.

Liberman a répété qu’il ne refusait pas de rejoindre le gouvernement au nom d’une quelconque « vendetta » ou pour renverser Netanyahu. Il a également précisé qu’il n’était pas défavorable à la communauté ultra-orthodoxe mais qu’il combattait la mise en place d’une théocratie au sein de l’Etat Juif.

Liberman a répété qu’il soutenait Netanyahu au poste de Premier ministre mais qu’il ne rejoindrait le gouvernement que si ce dernier s’engageait à adopter sans modification une version du projet de loi qui avait passé le stade de sa première lecture devant la dernière Knesset, au mois de juillet 2018.

Les formations ultra-orthodoxes s’opposent à cette législation et souhaitent assouplir son contenu. Netanyahu a besoin de Yisrael Beytenu comme des partis religieux pour former un gouvernement majoritaire.

La police lance des jets d’eau pour tenter de disperser une manifestation de Juifs ultra-orthodoxes contre la conscription des membres de leur communauté dans Tsahal, à l’entrée de Jérusalem, le 23 octobre 2017. (AFP Photo/Ahmad Gharabli)

Liberman, qui avait démissionné de son poste de ministre de la Défense dans l’ancien gouvernement en signe de protestation contre la politique mise en oeuvre à Gaza, a également rejeté les rumeurs affirmant qu’il cherchait à arracher un arrangement qui lui permettrait d’occuper le poste de Premier ministre dans le cadre d’un accord de rotation avec Netanyahu.

« Je respecte les souhaits des électeurs et avec cinq sièges au cours des dernières élections, je n’ai pas le droit et je n’ai pas l’intention de demander une rotation à la fonction du Premier ministre, ou la fonction de Premier ministre en exercice ou encore de vice-Premier ministre », a-t-il clamé.

Il a néanmoins juré de respecter les désirs des partisans de sa formation largement laïque, ajoutant que cette dernière ne fusionnerait pas avec le Likud, comme le parti Koulanou de Moshe Kahlon a accepté de le faire dans la journée de lundi.

« En tant que telle, la législation sur le service militaire n’est pas un caprice, ni une histoire d’égo ou de vengeance mais bien une pierre d’achoppement de notre programme », a-t-il dit dans sa publication.

Dans la journée, Liberman avait accusé le parti du Likud de tenter de conclure un accord de dernière minute de façon malhonnête.

Dans le cadre de cette impasse de la coalition, les députés se sont encore rapprochés d’un pas, lundi soir, d’une dissolution de la 21e Knesset moins d’un mois après les prestations de serment. Les parlementaires ont approuvé en première lecture un projet de loi visant à liquider la législature.

Pour leur part, les députés du Likud ont reçu l’ordre de se trouver à la Knesset mercredi à midi, au cas où l’opposition retirerait ses objections et qu’ils soient forcés à voter, ont fait savoir les médias en hébreu.

Tout en avançant la possibilité d’élections anticipées, Netanyahu a œuvré avec ferveur à conclure un accord avec des partenaires de coalition et, lundi, son parti a présenté un compromis non-spécifié sur le projet de loi.

Mais Liberman a fustigé l’offre du Likud, affirmant que le compromis proposé était malhonnête.

Avigdor Liberman, président de Yisrael Beytenu, dirige une réunion du parti à la Knesset, le 13 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Il a critiqué le Likud qui avait salué les partis ultra-orthodoxes pour la « flexibilité extraordinaire » dont ils avaient fait preuve en acceptant ce compromis. « Ce n’est pas de la flexibilité, c’est de la malhonnêteté », a commenté Liberman dans son post.

« Le projet de loi sur le service militaire n’est qu’un symptôme de l’extrémisme des ultra-orthodoxes », a-t-il ajouté, notant le monopole détenu par les ultra-orthodoxes sur de nombreuses questions relatives à la religion et à l’Etat au sein d’Israël.

Alors que la crise politique s’est intensifiée ces derniers jours, le Likud a accusé Liberman d’agir par rancune personnelle contre Netanyahu et il a lancé une campagne acerbe à son encontre. Mais Liberman a rejeté ces accusations, maintenant que son refus de rejoindre un gouvernement dirigé par le Premier ministre sous les termes qui lui étaient proposés était motivé par son aversion à l’égard de la coercition religieuse.

Netanyahu a jusqu’à mercredi soir pour sécuriser une coalition et il a dit qu’à moins de conclure un accord, il fera adopter la loi sur la dissolution de la Knesset – apparemment pour écarter la possibilité que le président Reuven Rivlin charge quelqu’un d’autre de la formation d’une coalition. Dans la version qui a été adoptée en première lecture, lundi, le projet de loi a fixé la date-cible du 17 septembre pour la tenue de nouvelles élections.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une conférence de presse au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 3 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Le texte doit passer les stades de la deuxième et de la troisième lecture avant d’être adopté définitivement et que des élections anticipées soient organisées. Ces lectures auront probablement lieu mercredi soir si aucun accord de coalition n’est souscrit. La motion du Likud pourra être retirée à n’importe quel moment avant le vote définitif si un compromis de coalition devait être trouvé.

Lundi soir, alors que les députés préparaient la législation sur la dissolution, Netanyahu a accru ses pressions sur Liberman, l’implorant dans un discours retransmis en direct à la télévision de placer « le bien de la nation au-delà de tout autre intérêt » afin d’éviter des élections qui seront « coûteuses, ruineuses ».

Il a ajouté que la querelle portant sur le projet de loi du service militaire ultra-orthodoxe était une affaire « symbolique » et « sémantique » qui, en aucun cas, ne justifiait un nouveau scrutin.

« On n’organise pas une élection pour une symbolique », a dit Netanyahu depuis la Knesset.

L’organisation d’un vote si rapidement après le dernier, qui a eu lieu le 9 avril, serait sans précédent au sein de l’Etat juif. Certains s’inquiètent de leur coût et de la paralysie politique prolongée dans le pays qui pourrait s’ensuivre.

L’AFP a contribué à cet article.

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