Liberman appelle le cabinet à approuver une campagne d’envergure contre le Hamas
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'Il est maintenant temps de prendre des décisions'

Liberman appelle le cabinet à approuver une campagne d’envergure contre le Hamas

"L'heure des décisions est venue", a affirmé le ministre de la Défense, estimant qu'une opération militaire d'ampleur pourrait ramener le calme pendant 4 à 5 ans

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman rencontre des officiers du commandement du sud de l'armée israélienne, le 16 octobre 2018 (Crédit :  Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)
Le ministre de la Défense Avigdor Liberman rencontre des officiers du commandement du sud de l'armée israélienne, le 16 octobre 2018 (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a appelé mardi les ministres à approuver une campagne militaire d’envergure contre le Hamas à Gaza, au vu des émeutes et des violences aux abords de la clôture de sécurité.

« J’ai eu une série de réunions avec les chefs du commandement du sud, de la division de Gaza, avec les commandants de brigades, de bataillons et également avec des soldats. J’ai l’impression qu’ils sont tous arrivés à la conclusion que la situation, telle qu’elle se présente aujourd’hui, ne peut pas continuer ainsi », a expliqué Liberman.

« La situation ne peut plus durer telle que nous la connaissons aujourd’hui », a dit M. Liberman aux soldats et aux officiers de la base de Reim, près de la bande de Gaza. « Nous n’avons pas l’intention d’accepter le niveau de violence auquel nous assistons chaque semaine », a-t-il ajouté.

Selon les évaluations faites par le ministre de la Défense, un « coup dur » porté au Hamas pourrait apporter quatre ou cinq années de calme le long de la frontière avec Gaza. Le calme a persisté entre la fin de la guerre de 2014 connue sous le nom d’Opération bordure protectrice et le début du nouveau cycle d’affrontements à la fin du mois de mars 2018, malgré quelques échauffourées limitées.

Depuis le 30 mars, les Palestiniens de la bande de Gaza participent à une série de manifestations et d’émeutes connues sous le nom de « grande marche du retour », au cours desquelles des pneus sont brûlés et des pierres jetées le long de la frontière avec Israël. Il y a aussi eu des fusillades et des jets de bombe, ainsi que l’envoi de ballons et de cerfs-volants incendiaires vers Israël.

Environ 155 Palestiniens ont été tués et des milliers ont été blessés lors des confrontations avec les soldats de l’armée israélienne. Le Hamas a reconnu que des douzaines de morts appartenaient à ses rangs. Aviv Levi, un soldat a été tué par balle par un tireur isolé palestinien à la frontière.

Des Palestiniens transportent des pneus alors que la fumée s’échappe en flammes à la frontière entre Israël et la bande de Gaza, à l’est de la ville de Gaza city, le 12 octobre 2018. (Saïd Khatib/AFP)

Les émeutes ont tout d’abord été hebdomadaires, mais ces dernières semaines – en raison d’un conflit entre factions rivales palestiniennes et de l’échec de négociations indirectes avec Israël – les affrontements sont devenus quotidiens.

Le ministre de la Défense israélien estime que « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » et qui l’a convaincu qu’une action militaire d’ampleur est nécessaire à Gaza, ce sont les émeutes qui ont eu lieu vendredi soir dernier le long de la frontière, après que l’État juif a permis des livraisons de carburant – acheté par le Qatar – dans la bande.

« Nous avons épuisé toutes les autres options à Gaza », a dit Liberman au cours d’une visite au siège de la division militaire de Gaza, située à proximité de l’enclave côtière.

« Il est dorénavant temps de prendre des décisions », a-t-il affirmé. « Malheureusement, ni le ministre de la Défense, ni le Premier ministre, ni même les deux ensemble ne peuvent prendre seuls une telle décision », a-t-il ajouté.

Liberman a ajouté que « les persuasions et les coopérations internationales » ont échoué à amener un armistice négocié avec le groupe terroriste, ce qui ne laisse que la possibilité de l’action militaire.

« Nous devons donner un coup dur au Hamas », a-t-il estimé. « C’est le seul moyen de ramener le calme ». « Nous avons essayé toutes les options », a dit Liberman mardi, « je crois qu’à ce stade, nous (les) avons toutes épuisées. L’heure des décisions est venue ».

Le cabinet de sécurité, forum restreint en charge des questions les plus sensibles autour du Premier ministre et chargé d’approuver de telles campagnes militaires, s’est réuni dimanche pour évoquer la possibilité d’une attaque contre le Hamas. Divisé, il a finalement décidé d’attendre la fin de la semaine pour offrir une chance aux négociateurs de convaincre le groupe d’abandonner ses tactiques violentes.

Une délégation égyptienne des renseignements militaires serait arrivée mardi à Gaza pour rencontrer des responsables du Hamas afin d’apaiser la situation.

Le cabinet doit se réunir une nouvelle fois mercredi.

« La décision du cabinet doit être de frapper le Hamas », a dit Liberman aux journalistes suite à ses rencontres avec de hauts responsables de l’armée israélienne.

Le ministre de la Défense prend le Hamas très au sérieux quand celui-ci précise qu’il cherche avec les émeutes, à mettre un terme au blocus imposé sur l’enclave côtière par Israël et l’Egypte depuis 2007 (année où le groupe terroriste a pris le contrôle de la bande). Selon Jérusalem et le Caire, cette mesure vise à empêcher les armes et les forces hostiles de pénétrer au sein de l’enclave côtière.

« Lorsque le Hamas dit qu’il continuera les émeutes sur la frontière jusqu’à la fin du blocus, nous devons l’accepter tel quel, sans interprétation », a-t-il dit.

« Lever le blocus a une seule signification… Celle de permettre aux membres du Hezbollah et aux Iraniens d’entrer à Gaza », a-t-il ajouté, se référant au puissant groupe terroriste basé au Liban.

Un homme utilise un lance-pierres alors que des Palestiniens manifestent au poste-frontière d’Erez dans le nord de la bande de Gaza, le 3 octobre 2018. (AFP PHOTO / Said KHATIB)

À la question, « le gouvernement cherche-t-il à garantir un calme durable pour les Israéliens du sud du pays ? », le ministre de la Défense a répondu que pour l’instant, il ne voyait « les choses qu’à court terme ».

« Mais si nous pouvons obtenir quatre ou cinq ans d’apaisement, il faut que nous en profitions », a-t-il poursuivi.

Liberman a reconnu qu’une telle campagne aurait un coût pour l’armée israélienne car les armes du Hamas ont gagné en puissance et en précision.

Le ministre de la Défense a également brièvement évoqué les critiques qu’il a essuyées de la part du cabinet de sécurité, notamment de la part du ministre de l’Éducation Naftali Bennett, au sujet des violences à Gaza.

Bennett a accusé le ministre de la Défense d’avoir échoué dans sa gestion du problème et d’avoir empêché les militaires d’attaquer le Hamas.

Liberman a balayé d’un revers de la main les critiques de Bennett, disant qu’il l’a « sorti » de sa vie.

« Je ne connais pas de ministre Bennett », a-t-il répondu aux journalistes avec un sourire narquois.

Interrogé sur la disparition et le meurtre présumé du journaliste Jamal Khashoggi par le gouvernement saoudien, le ministre de la Défense s’est refusé à tout commentaire.

« Je laisse cela à la communauté internationale. On a suffisamment de problèmes ici », a-t-il dit.

L’AFP a contribué à cet article.

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