L’IIA crée une société de R&D en biologie synthétique financée par 5 M $
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L’IIA crée une société de R&D en biologie synthétique financée par 5 M $

Pour assurer le transfert de connaissances des universités aux startups dans les domaines de la santé, l'agriculture, l'énergie, la technologie alimentaire et la défense

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Des scientifiques analysent l'hélice d'ADN et éditent le génome à l’intérieur des organismes, une technologie CRISPR. (Elenabs via iStock par Getty Images)
Des scientifiques analysent l'hélice d'ADN et éditent le génome à l’intérieur des organismes, une technologie CRISPR. (Elenabs via iStock par Getty Images)

L’Autorité israélienne de l’innovation a créé une compagnie pour fournir des recherches en biologie synthétique au service des startups israéliennes émergentes et aux entreprises établies dans les domaines de la santé, l’agriculture, l’énergie, la technologie alimentaire, la défense et la sécurité.

La biologie synthétique est un domaine scientifique multidisciplinaire qui consiste à créer de nouvelles entités et systèmes biologiques ou à reconcevoir ceux qui existent déjà pour offrir de nouvelles capacités. La technologie est utilisée dans toutes les industries pour développer des solutions telles que de nouveaux médicaments pharmaceutiques, des vaccins, des outils de diagnostic, des ingrédients alimentaires tels que des arômes, des biocapteurs, des matériaux industriels et des biocarburants, parmi de nombreuses autres applications.

La nouvelle compagnie (qui n’a pas encore de nom), annoncée la semaine dernière par l’Autorité de l’innovation, travaillera au développement de l’infrastructure technologique pour permettre aux entreprises israéliennes d’exploiter les capacités de biologie synthétique, avec un financement initial de 18 millions de shekels pour la première année.

Le budget total de l’initiative devrait atteindre 40 millions de shekels sous réserve d’objectifs prédéfinis, a déclaré au Times of Israel Aviv Zeevi, vice-président de la division Infrastructure technologique de l’Autorité de l’innovation. Ces objectifs incluent la signature de contrats de travail avec des entreprises et des organisations israéliennes, l’acquisition d’équipements et le recrutement de scientifiques et de professionnels de l’ingénierie.

Zeevi a déclaré que cet effort faisait partie de la « stratégie de l’Autorité de l’innovation visant à développer des installations de recherche avancées et à rapprocher plus efficacement les universités et l’industrie israéliennes ».

« Actuellement, presqu’aucune entreprise n’utilise les technologies de biologie synthétique, un domaine pourtant bien développé dans le monde universitaire. Nous cherchons à favoriser le transfert de ces connaissances entre les deux secteurs », a expliqué Zeevi, qui envisage qu’il y ait « beaucoup plus de startups israéliennes dans ce domaine au cours des 10 à 20 prochaines années ».

À cette fin, cette nouvelle compagnie de l’Autorité de l’innovation a été créée en coopération avec Hy Laboratories (HyLabs), une société de diagnostic basée à Rehovot qui développe des outils pour détecter et identifier les micro-organismes, et le nouveau Centre d’innovation de l’Interdisciplinary Center Herzliya (IDC) dirigé par le Prof. Noam Lemelshtrich Latar.

« La biologie synthétique combinée à l’intelligence artificielle est l’avenir de l’industrie en Israël », a déclaré Lemelshtrich Latar dans une interview téléphonique, ajoutant que ces technologies touchent des domaines tels que la durabilité et l’agriculture, qui pourraient développer les capacités pour mieux détecter la pollution de l’air, par exemple. « C’est une excellente occasion pour l’IDC de faire progresser la recherche multidisciplinaire et même de s’étendre à de nouveaux domaines. »

Roni Cohen, responsable des laboratoires chez HyLabs, a déclaré au Times of Israel que « la biologie synthétique peut être considérée comme la nouvelle révolution industrielle car elle peut toucher tous les aspects de notre vie ».

À titre d’exemple, il a évoqué un projet passionnant actuellement développé par la NASA pour cultiver un type de laitue qui pourrait également servir d’antibiotique ou d’analgésique pour les astronautes voyageant dans l’espace, ce qui réduirait le besoin d’emporter des flacons de pilules qui pourraient de toute façon perdre de leur efficacité avec le temps.

En utilisant des méthodes de biologie synthétique, les scientifiques peuvent également « fabriquer un type d’engrais pour le secteur agricole qui n’utilise aucun produit chimique, mais uniquement des micro-organismes moins polluants, moins chers et plus rapides », a déclaré Cohen. Les chercheurs peuvent également produire des bactéries pour aider à détecter et surveiller les contaminants du sol, et éventuellement les dégrader.

Dans le secteur de la sécurité et de la défense, les spécialistes de biologie synthétique peuvent produire des bactéries pour aider à déterrer des mines ou détecter des radars en territoire ennemi en se fixant sur les matériaux et émettant des fluorescents qui peuvent être captés par les technologies d’imagerie, a-t-il déclaré.

Et dans l’industrie pharmaceutique, les scientifiques peuvent concevoir et mettre au point des médicaments « intelligents » qui cibleront des zones clés du corps, en fonction de l’état ou de la maladie. « Avec le cancer, pensez-y comme le contraire de la chimiothérapie qui peut nuire à tout le corps. Ce serait une thérapie beaucoup plus ciblée », a-t-il déclaré.

Les possibilités, selon Cohen, sont infinies « même si elles semblent encore être de l’ordre de la science-fiction ».

Selon Zeevi de l’Autorité de l’innovation, l’idée est que des entreprises israéliennes et étrangères embauchent la nouvelle compagnie pour développer diverses applications en fonction de leurs besoins spécifiques.

Zeevi a ajouté que les partenariats avec l’IDC et HyLabs présentaient deux avantages. D’un côté, HyLabs est une société privée établie avec près de 50 ans d’expérience dans la fourniture de produits et de services en microbiologie et biologie moléculaire, avec une liste de clients. Et d’autre part, l’IDC est une université relativement petite qui investira tous ses efforts pour le succès de la compagnie.

Il a indiqué qu’un certain nombre de partenaires stratégiques ont déjà exprimé leur intérêt pour les services de la compagnie, notamment deux des sociétés de défense les plus importantes d’Israël, Rafael et Elbit, ainsi que Ginkgo Bioworks, une société privée américaine de biotechnologie fondée par des scientifiques du MIT.

Les activités de la compagnie de l’Autorité de l’innovation seront réparties entre le siège social de HyLabs à Rehovot et le campus d’IDC à Herzliya.

« Tout commence par la biologie computationnelle et bioinformatique, donc l’IDC commencera par identifier les gènes nécessaires en fonction de l’application, après quoi HyLabs construira l’organisme nécessaire dans un laboratoire humide », explique Cohen. L’étape suivante est le criblage et les tests fonctionnels du produit, également chez HyLabs, suivis de la production des micro-organismes à tester dans un laboratoire de terrain, coordonné par l’IDC.

Le PDG de l’Autorité israélienne de l’innovation, Dror Bin, a déclaré dans un communiqué qu’ « après un an de recherches approfondies, l’Autorité a identifié la biologie synthétique comme un domaine d’infrastructure innovant basé sur de vastes connaissances multidisciplinaires révolutionnaires dans le monde universitaire », ce qui conduira idéalement à une multitude de nouvelles entreprises israéliennes dans le domaine.

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