Liliana Segre, survivante de la Shoah et sénatrice, au Parlement européen
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Liliana Segre, survivante de la Shoah et sénatrice, au Parlement européen

"Nous devons toujours être le papillon jaune qui vole au-dessus des fils barbelés", a déclaré la sénatrice italienne lors d'un émouvant discours au Parlement européen

Liliana Segre, survivante italienne de la Shoah et sénatrice. (Crédit : capture d’écran YouTube / SenatoItaliano)
Liliana Segre, survivante italienne de la Shoah et sénatrice. (Crédit : capture d’écran YouTube / SenatoItaliano)

Mercredi 29 janvier, Liliana Segre, 89 ans, survivante de la Shoah et sénatrice à vie en Italie, se trouvait au Parlement européen dans le cadre de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, qui avait lieu deux jours plus tôt.

Elle a tenu devant les députés un discours émouvant relatant son expérience de déportée et a dénoncé la hausse du racisme et de l’antisémitisme. La vidéo a été postée sur le site de l’institution.

« Je suis extrêmement émue d’être ici au Parlement européen », a-t-elle déclaré. « À mon arrivée, j’ai vu tous les drapeaux brandis à l’entrée. Tant de couleurs, tant de pays qui sont ici dans un esprit de fraternité, avec des gens qui se parlent et se regardent directement dans les yeux. Cela n’a pas toujours été le cas. »

Segre avait 13 ans lorsqu’elle a été déportée à Auschwitz, où son père et ses grands-parents paternels ont été tués. Elle a passé les dernières décennies à raconter aux jeunes les expériences qu’elle a vécues pendant la Shoah.

Revenant sur la libération d’Auschwitz par les troupes soviétiques, elle explique : « Ce jour-là, j’avais 13 ans et j’étais esclave dans une usine de munitions voisine », a déclaré Segre. « Nous avons commencé ce qui allait devenir les Marches de la mort. Je n’ai pas été libérée le 27 janvier par l’Armée rouge. »

Elle se souvient de cette terrible expérience, lors de laquelle les déportés devaient marcher pieds-nus dans la neige.

« Nous mettions un pied devant l’autre ; nous ne pouvions nous appuyer sur personne », a-t-elle expliqué. « La force de la vie est tellement extraordinaire, et je pense que c’est ce que nous devons transmettre aux jeunes d’aujourd’hui, qui sont mortifiés par le fait qu’il n’y a pas de travail car leurs parents leur accordent tout ce qu’ils veulent, et que la vie ne le fait pas : continuez à avancer et ne vous appuyez sur personne », a-t-elle déclaré.

« Nous ne voulions pas mourir ; nous étions incroyablement attachés à la vie », a-t-elle ajouté. « Nous avons mis un pied devant l’autre, et nous avons continué à marcher » à travers la Pologne et l’Allemagne.

« Nous étions jeunes, mais nous avions l’air vieux », a-t-elle indiqué, expliquant que tous se ressemblaient et qu’il était impossible de déterminer qui était homme, femme ou enfant.

« Nous étions sans âge, sans poitrine, nous avions perdu nos règles, nous ne portions pas de sous-vêtements. Nous ne pouvons pas avoir peur d’utiliser ces mots : c’est ainsi qu’une femme a été dépouillée de
sa dignité », explique-t-elle.

Elle rappelle que non seulement les nazis ont provoqué ces persécutions, mais également les responsables et populations des pays occupés alliés aux nazis. Elle déplore qu’aujourd’hui, l’antisémitisme et le racisme soient toujours présents.

« Le Parlement européen et ma survie face à cet anéantissement me semblent faire partie du même miracle », a-t-elle dit.

« Je suis tellement reconnaissante d’être grand-mère, moi qui aurait dû mourir petite fille. C’est un vrai miracle, et je me sens ma propre grand-mère. C’est un sentiment qui ne m’abandonne jamais, et lorsque je parle dans les écoles, je parle parfois à des milliers de jeunes. C’est mon devoir de témoigner, de parler. Et je ne peux parler que de moi, de mes camarades. Cette petite fille maigre, squelettique, toute seule, je parle d’elle, et je ne peux plus la supporter, car je suis devenue ma propre grand-mère […] J’ai du mal aujourd’hui à me souvenir, mais c’est mon
devoir […]. »

« Nous devons toujours être le papillon jaune qui vole au-dessus des fils barbelés », a-t-elle conclu, dans un discours vivement applaudi par les députés présents.

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