L’indéboulonnable Netanyahu bat le record de longévité à la tête du pays
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L’indéboulonnable Netanyahu bat le record de longévité à la tête du pays

Crédité pour des succès diplomatiques et économiques, il est également accusé de diviser le pays par ses politiques droitières et populistes

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 14 juillet 2019. (RONEN ZVULUN / POOL / AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 14 juillet 2019. (RONEN ZVULUN / POOL / AFP)

Benjamin Netanyahu a ravi samedi au père fondateur d’Israël David Ben Gourion le record de longévité à la tête du pays.

A 69 ans, le flamboyant Benjamin Netanyahu, adoré par les uns et abhorré par les autres, aura occupé samedi la fonction de Premier ministre israélien depuis 4 876 jours, soit plus de 13 ans, selon un calcul du centre de réflexion Israel Democracy Institute (IDI).

Il a été chef du gouvernement entre 1996 et 1999, puis à nouveau depuis 2009.

Sa dernière victoire aux législatives d’avril a tourné au vinaigre après qu’il a échoué à former une coalition gouvernementale. Il a choisi de convoquer de nouvelles élections, qui se tiendront le 17 septembre, peu avant une audition prévue en octobre durant laquelle il risque d’être inculpé pour corruption.

Ses nombreux partisans insistent sur ce qu’ils considèrent comme sa bonne gestion d’un petit pays dans une région instable, sur une série de percées diplomatiques et sur la croissance économique.

Selon ses critiques, il a diabolisé ses opposants politiques et la minorité arabe d’Israël par son populisme et a trop souvent placé ses ambitions personnelles avant l’intérêt national.

Depuis l’échec de la dernière série de négociations avec la direction palestinienne en 2014, M. Netanyahu a cherché, et réussi en partie, à marginaliser la question de la politique israélienne dans les Territoires palestiniens.

Benjamin Netanyahu a aussi réussi à forger des alliances ou à renforcer des liens avec des Etats arabes du Golfe, en insistant sur leur ennemi commun iranien.

« Nous avons prouvé qu’Israël, au départ un petit pays situé dans un coin du Moyen-Orient, pouvait devenir une puissance majeure dans le monde », a-t-il déclaré cette semaine dans une interview à Israel Hayom, un quotidien lui étant très favorable.

La couverture du « Time Magazine » du 22 juillet 2019, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le titre « Les forts survivent ».

Difficile comparaison

Pour Shmuel Sandler, professeur émérite de sciences politiques à l’université Bar Ilan près de Tel Aviv, comparer Benjamin Netanyahu à Ben Gourion est un exercice difficile, en raison de la différence des époques et de la stature héroïque de l’ancien dirigeant.

« Un père fondateur est toujours au-dessus de tout reproche », estime-t-il.

Ben Gourion, à la tête du parti socialiste Mapai qui a proclamé l’indépendance d’Israël en 1948, a été Premier ministre jusqu’en 1954 et de nouveau de 1955 à 1963.

Il menait une vie spartiate en accord avec l’ethos de sa génération, estime Peter Medding, professeur en sciences sociales à l’Université hébraïque de Jérusalem : les leaders de cette génération « se considéraient comme dédiés au bien commun ».

En raison des conflits armés avec les voisins arabes lors des premières années de l’Etat, les responsables israéliens ont compris que « si l’intérêt collectif n’est pas protégé, promu et renforcé, il n’y aura pas d’intérêts individuels », ajoute M. Medding.

Benjamin Netanyahu est lui issu d’une des grandes familles de la droite israélienne, fils d’un historien spécialisé dans l’histoire du judaïsme.

Cet homme costaud à l’impeccable mèche argentée que tous les Israéliens surnomment « Bibi » doit être entendu en octobre par le procureur général qui décidera de son inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires.

Sens de l’histoire

M. Sandler reconnaît que Benjamin Netanyahu partage avec Ben Gourion un sens de l’histoire, avec pour preuve le journal que le père fondateur tenait quotidiennement et les allusions du Premier ministre actuel à l’Histoire dans ses discours.

Pour le professeur, la volonté d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, une des grandes priorités de M. Netanyahu, rapproche aussi à certains égards les deux dirigeants.

Quelques années seulement après la Shoah, Ben Gourion a fait tout ce qui était en son pouvoir pour assurer une option nucléaire à Israël afin de prévenir un nouveau génocide du peuple juif.

Aujourd’hui, « ‘Bibi’ tente de s’assurer que l’option reste uniquement entre les mains d’Israël » au Moyen-Orient, estime M. Sandler.

Israël est largement considéré comme l’unique puissance nucléaire régionale, bien qu’il n’ait jamais explicitement reconnu cette capacité.

Rares sont ceux à croire que Benjamin Netanyahu décidera de son propre chef de renoncer à son poste s’il est inculpé pour corruption ou abus.

Il n’y sera obligé que s’il est condamné et que tous les appels ont été épuisés, mais les pressions politiques en vue de sa démission seront probablement très importantes, soulignent les analystes.

« Il ne partira pas dans la dignité », prédit Shmuel Sandler. « Les gens ne savent pas comment partir quand ils sont à leur apogée. »

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