L’infirmière tuée la semaine dernière à Gaza n’était pas visée, selon l’armée
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L’infirmière tuée la semaine dernière à Gaza n’était pas visée, selon l’armée

L'enquête initiale révèle que Razan Najjar, 21 ans, a probablement été tuée par un ricochet ou une balle perdue ; Tsahal continue d'enquêter

Razan al-Najjar (D), une secouriste palestinienne de 21 ans, soigne une collègue blessée lors d'affrontements près de la frontière avec Israël, à l'est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 mai 2018. (Crédit : AFP/ DIT KHATIB)
Razan al-Najjar (D), une secouriste palestinienne de 21 ans, soigne une collègue blessée lors d'affrontements près de la frontière avec Israël, à l'est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 mai 2018. (Crédit : AFP/ DIT KHATIB)

L’armée israélienne a déclaré mardi qu’une enquête initiale avait révélé que l’infirmière palestinienne tuée par balle lors d’affrontements le long de la frontière de Gaza la semaine dernière n’avait pas été intentionnellement visée.

L’armée israélienne a confirmé que des soldats avaient tiré des coups de feu dans la zone, mais qu’ils n’avaient pas visé la bénévole de 21 ans, Razan Najjar.

« Au cours de l’incident, un nombre limité de balles ont été tirées et aucun coup de feu n’a été tiré directement ou intentionnellement sur elle », a déclaré l’armée dans un communiqué.

Cela semble indiquer que Najjar a été frappée soit par un tir mal orienté, soit par un ricochet vendredi dernier, alors qu’elle soignait des blessés près de la clôture de sécurité à l’est de sa ville natale de Khan Younès, tout en portant une blouse blanche indiquant clairement qu’elle est une professionnelle de la santé.

L’armée soutient qu’en vertu de ses règles d’engagement, elle n’utilise le tir réel qu’en cas de menace directe à la vie ou lorsque des émeutiers s’apprêtent à endommager la clôture de la frontière et les infrastructures de sécurité. En outre, Tsahal affirme tâcher d’éviter de cibler les femmes, les enfants, les médecins et les journalistes.

Tsahal a indiqué que l’enquête sur la mort de Najjar, qui est dirigée par le Commandement du Sud, était toujours en cours.

L’état-major général de Tsahal a également lancé sa propre enquête sur l’événement, dont les conclusions seront présentées au procureur général des armées pour déterminer si des poursuites pénales sont nécessaires, a indiqué l’armée.

Vendredi, le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, a rapporté que Najjar a été tuée par balle au thorax par Tsahal lors d’une violente émeute le long de la frontière.

Des milliers de Palestiniens ont assisté à ses funérailles le lendemain à Khan Younès. Des ambulanciers et des équipes médicales ont participé aux funérailles, son père tenant la veste blanche de médecin tachée de sang qu’elle portait lorsqu’on lui a tiré dessus, alors que la foule en deuil appelait à la vengeance.

Des Palestiniens portent le corps de Razan al-Najjar, 21 ans, lors de ses funérailles à Khan Younès, le 2 juin 2018. (AFP/Mahmud Hams)

L’armée israélienne a déclaré vendredi que les violences impliquaient des « milliers d’émeutiers » à cinq endroits le long de la frontière, « brûlant des pneus près de la clôture de sécurité et tentant d’endommager l’infrastructure de sécurité ».

Des coups de feu ont été tirés sur un véhicule de l’armée et un Palestinien est entré en Israël, a placé une grenade et est reparti à Gaza, a indiqué l’armée.

Des Palestiniens tiennent des pierres lors d’une manifestation le long de la frontière avec la bande de Gaza à l’est de la ville de Gaza le 1er juin 2018. (AFP/Mahmud Hams)

Après les funérailles de samedi, des dizaines de personnes en deuil se sont dirigées vers la clôture et ont commencé à jeter des pierres sur les soldats israéliens de l’autre côté. Le ministère de la Santé dirigé par le Hamas a déclaré que cinq manifestants ont été blessés par les tirs israéliens.

Najjar était à moins de 100 mètres de la clôture de la frontière, soignant un homme qui avait été blessé par une cartouche de gaz lacrymogène, lorsqu’elle a été abattue, selon un parent, Ibrahim al-Najjar, qui était là et qui a dit l’avoir portée jusqu’à une ambulance.

« Je lui ai dit qu’il était dangereux de s’approcher [de la clôture] mais elle a répondu qu’elle n’avait pas peur de mourir et qu’elle voulait aider le jeune homme », a déclaré un collègue médecin aux journalistes de Gaza, selon Haaretz.

La Société palestinienne de secours médical [Palestinian Medical Relief Society – PMRC] a déclaré que Najjar a été abattue « alors qu’elle tentait de prodiguer les premiers secours à un manifestant blessé » et qu’elle faisait partie des trois autres premiers intervenants également touchés par des tirs à balles réelles vendredi.

« Tirer sur le personnel médical est un crime de guerre en vertu des conventions de Genève », a déclaré la PMRC dans un communiqué, demandant « une réponse internationale immédiate aux violations du droit humanitaire israélien à Gaza ».

Le coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov, a déclaré dans un tweet que « les travailleurs médicaux sont #NotATarget ! [pas une cible] et que « Israël doit doser son usage de la force et le Hamas doit éviter les incidents à la barrière ».

La critique a été reprise par Ahmad Tibi de la Liste arabe unie, qui a qualifié le tir de « crime de guerre méprisable commis par un tireur d’élite lâche et criminel qui a vu une infirmière en blouse blanche et a appuyé sur la gâchette ».

En plus des déclarations faites lors d’une conférence à Wadi Ara, Tibi a tweetté de manière sarcastique que le tireur d’élite était un soldat de « l’armée la plus morale du monde », une description fréquemment utilisée par les politiciens israéliens et les défenseurs de Tsahal.

Le député de la Liste arabe unie Ahmad Tibi à la Knesset le 23 octobre 2017 (Alster/FLASH90)

Après sa mort, le président de la Liste arabe unie, le député Ayman Odeh, a tweetté que « la vie de l’ange gardien a été enlevée ».

Najjar avait accordé une interview au New York Times le mois dernier, dans laquelle elle évoquait fièrement sa position en tant que femme médecin bénévole.

« Être médecin n’est pas seulement un travail pour un homme. C’est aussi pour les femmes », a-t-elle précisé au Times.

« Nous n’avons qu’un seul but. Sauver des vies et évacuer les gens. Et envoyer un message au monde : sans armes, on peut tout faire. »

Najjar aurait été l’une des premières femmes médecins bénévoles à se rendre sur les lieux de la manifestation à Khan Younès.

« La force dont j’ai fait preuve le premier jour des manifestations, je vous mets au défi de la trouver chez quelqu’un d’autre », a-t-elle dit au Times.

Israël fait face à des attaques hebdomadaires de manifestants violents à la frontière. Israël affirme que ses forces ouvrent le feu pour mettre fin aux tentatives de nuire aux soldats, endommager la clôture, infiltrer Israël et tenter de mener des attaques. Israël accuse le Hamas, avec lequel il a mené trois guerres depuis 2008, de chercher à utiliser les manifestations comme couverture pour commettre des actes de violence.

Le ministère de Gaza a déclaré que 100 Palestiniens ont été blessés pendant les émeutes de vendredi, dont 40 à la suite de tirs réels.

Un officier israélien inspecte les lieux où un tir de mortier en provenance de la bande de Gaza a touché une maison dans un kibboutz dans le sud d’Israël, le 30 mai 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les tensions frontalières de vendredi sont survenues à la fin d’une semaine qui a connu la pire escalade de violence entre Israël et le Hamas depuis la guerre de 2014 à Gaza. Plus tôt cette semaine, des organisations terroristes palestiniennes ont tiré plus de 100 roquettes et mortiers sur des villes du sud d’Israël. L’armée israélienne a répondu par des dizaines de frappes aériennes sur des cibles militaires du Hamas. Après presque 24 heures de feu, une entente tacite et un cessez-le-feu non officiel ont commencé, bien que des terroristes de Gaza aient de nouveau tiré sur Israël tard samedi soir.

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