L’interdiction des groupes critiques de l’armée dans les écoles approuvée
Rechercher

L’interdiction des groupes critiques de l’armée dans les écoles approuvée

La mesure qui a été co-parrainée par le ministre de l'Education vise à tenir à distance des élèves l'organisation Breaking the Silence, qui a prévenu qu'elle ne se taira pas

Le proviseur du lycée Alterman de Tel Aviv pendant une présentation de Breaking the Silence, le 18 décembre 2016. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Le proviseur du lycée Alterman de Tel Aviv pendant une présentation de Breaking the Silence, le 18 décembre 2016. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Un projet de loi permettant au ministre de l’Education d’interdire l’entrée des écoles aux organisations critiques de l’armée israélienne a été approuvé par la Knesset mardi matin.

Cette loi vise à entraver les activités de l’organisation Breaking the Silence, un groupe israélien qui rassemble et publie des récits, pour la plupart anonymes, d’anciens militaires sur de présumées violations aux droits de l’Homme commises à l’encontre de civils palestiniens en Cisjordanie.

Le projet de loi a été largement adopté en seconde et en troisième lectures.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett, chef du parti HaBayit HaYehudi, a salué cette approbation en disant qu’elle sera importante pour l’éducation des futures générations.

« La réalité dans laquelle les organisations cherchaient à saper la légitimité d’Israël vient de s’achever aujourd’hui », a déclaré Bennett, qui a co-parrainé le texte aux côtés de sa collègue de parti, Shuli Moalem-Refaeli.

« Breaking the Silence a franchi les frontières du discours légitime il y a déjà longtemps, lorsque ses membres ont choisi de diffamer Israël sur la scène internationale ».

Le ministre de l’Éducation, Naftali Bennett, arrive au cabinet du Premier ministre pour assister à la réunion hebdomadaire du Cabinet le 6 mai 2018. (Jim Hollander/AFP)

« Tant que le mouvement continuera à agir contre Israël et contre son armée à l’étranger, je ne permettrais pas ses activités dans le système d’éducation scolaire », a continué Bennett.

« Vous vouliez agir ? Agissez ici. Dans le système de l’éducation, qui a pour mission de former les futures générations ».

Breaking the Silence a été qualifié par la droite de « traître » et a souvent eu de violentes prises de bec avec les politiques et les responsables militaires israéliens, qui ont par le passé tenté de mettre un frein aux financements étrangers dont l’ONG en question et d’autres sont bénéficiaires.

Selon ses détracteurs, les informations transmises par Breaking the Silence sont malhonnêtes, inexactes et entrent dans le cadre d’une campagne visant à nuire à l’image d’Israël à l’étranger.

L’organisation et ses partisans affirment, de leur côté, assumer un service vital en exposant au public israélien les réalités que doivent affronter les jeunes soldats israéliens qui contrôlent au quotidien la population civile palestinienne.

La membre du parlement issue du parti HaBayit HaYehudi Shuli Mualem lors d’une réunion de la commission de la Constitution, du droit et de la justice à la Knesset, le 25 juillet 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Moalem-Refaeli a expliqué dans une déclaration que « l’éducation a pour mission d’instiller les valeurs d’amour de l’individu et de l’Etat et d’un service militaire significatif. Ceux qui agissent contre ces valeurs de base n’auront plus la permission de pénétrer dans les établissements scolaires siègant au sein de l’Etat juif ».

Breaking the Silence a répondu à cet amendement en disant que Bennett et ses partisans craignaient tellement leur propre politique qu’ils tentaient de réduire au silence toutes les critiques.

« Le ministre de l’Education Naftali Bennett redoute tellement Breaking the Silence qu’il a fait passer une ‘loi pour taire l’occupation’, » a dit l’organisation dans un communiqué.

« Cette tentative de bâillonner Breaking the Silence ne parviendra pas à cacher aux élèves l’occupation. Elle montre combien Bennett et ses amis craignent leur propre idéologie », a déclaré Breaking the Silence. « Vous voulez nous faire taire ? Mettez un terme à l’occupation ».

La députée du Meretz, Tamar Zandberg, assiste à une réunion de la Commission des affaires intérieures à la Knesset à Jérusalem, le 30 novembre 2017. (Miriam Alster/Flash90)

Tamar Zandberg, cheffe du parti du Meretz de gauche, a tweeté son soutien à l’ONG.

« Breaking the Silence n’est pas contre les soldats de l’armée israélienne. Breaking the Silence, ce *sont* les soldats de l’armée israélienne. Des soldats qui reviennent des Territoires et qui nous racontent la réalité de la gouvernance militaire. Au lieu de fermer les yeux et d’espérer que cette réalité disparaîsse, nous devons tout simplement mettre un terme à l’occupation », a-t-elle écrit.

L’organisation de droite Im Tirtzu a, pour sa part, applaudi cette législation et réclamé des mesures supplémentaires contre les groupes de gauche.

« L’amendement au projet de loi établit clairement une fois pour toutes qu’on ne peut pas tout avoir », a-t-elle fait savoir dans un communiqué.

« Ceux qui agissent sur la scène internationale contre Israël ne peuvent pas le faire à l’intérieur du pays. Nous espérons que cette loi placera dans l’illégalité d’autres organisations qui prônent la démilitarisation ».

Bennett avait proposé le texte pour la première fois au mois de décembre 2016 après que trois directeurs de lycée eurent ignoré ses directives selon lesquelles l’organisation n’avait pas le droit de s’exprimer devant les élèves.

Photo illustrative d’une bannière de l’organisation Breaking the Silence, à Tel Aviv. (Tomer Neuberg/Flash90)

L’an dernier, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait annoncé qu’il ne rencontrerait pas de dignitaires étrangers qui s’entretiendraient avec des représentants de l’ONG.

Il avait même annulé une réunion qui était prévue avec le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, après que ce dernier en eût défié la mise en garde.

Il y a deux ans, les députés israéliens avaient approuvé le projet de loi controversé sur la transparence. Cette loi visait les ONG qui obtiennent principalement leur financement auprès de gouvernements étrangers – comme Breaking the Silence.

Une analyse de cette législation réalisée par le ministère de la Justice avait alors révélé que presque toutes les organisations israéliennes concernées étaient des groupes opposés à la présence israélienne en Cisjordanie.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...