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L’interview en direct du fondateur de WeWork, Adam Neumann, nominée pour un Emmy

Il s'agissait de la première apparition de Neumann dans les médias depuis son éviction du poste de PDG de WeWork suite au report de l’introduction en Bourse en 2019

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Le chroniqueur financier du NYT Andrew Ross Sorkin, à gauche, s’entretenant avec Adam Neumann, cofondateur et ancien PDG de WeWork, en novembre 2021. (Crédit : Capture d'écran)
Le chroniqueur financier du NYT Andrew Ross Sorkin, à gauche, s’entretenant avec Adam Neumann, cofondateur et ancien PDG de WeWork, en novembre 2021. (Crédit : Capture d'écran)

Une interview en direct de l’entrepreneur d’origine israélienne Adam Neumann, cofondateur et ancien PDG de WeWork – qui était autrefois une coqueluche de l’industrie technologique et dont la valorisation s’élevait à près de 50 milliards de dollars – a été nominée pour un Emmy lors de la 43e cérémonie annuelle des News & Documentary Awards qui aura lieu le mois prochain.

L’entretien de 48 minutes s’est déroulé en novembre dernier lors du sommet DealBook du New York Times, animé par le chroniqueur financier Andrew Ross Sorkin. Il s’agissait de la première apparition de Neumann dans les médias depuis qu’il a été évincé de WeWork en 2019, à la suite d’une chute spectaculaire et très médiatisée qui a conduit WeWork à perdre rapidement des liquidités, à annuler son introduction prévue en Bourse et à accepter un renflouement par la société d’investissement japonaise SoftBank, alors son principal bailleur de fonds.

L’effondrement a été largement attribué aux frasques de Neumann, à son tempérament et à son style de gestion – largement couverts dans un certain nombre de livres, une série de podcasts Apple très appréciée intitulée « WeCrashed », qui est également devenue une émission de télévision du même nom (avec Jared Leto dans le rôle de Neumann), ainsi que dans le documentaire de 2021 « WeWork : Or The Making and Breaking of a $47 Billion Unicorn ».

L’interview, nominée dans la catégorie « Outstanding Live Interview », a eu lieu un mois après que WeWork a fait son entrée à Wall Street par le biais d’une fusion SPAC en octobre 2021 pour une valeur marchande d’environ 9 milliards de dollars, bien loin de son sommet de 47 milliards de dollars.

SoftBank avait dépensé plus de 5 milliards de dollars pour le renflouement de WeWork et Neumann était reparti avec près de 2 milliards de dollars, selon les informations de l’époque. Un litige juridique contre SoftBank mené par les investisseurs et les actionnaires de WeWork, qui ont perdu des millions lors de l’effondrement de la société, a été réglé au début de l’année dernière. L’accord a également octroyé à Neumann la modique somme de 50 millions de dollars.

« J’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir, j’ai tiré de multiples leçons, et eu de multiples regrets », a déclaré Neumann dans l’interview face à Sorkin, reconnaissant que la hausse rapide de la valorisation de WeWork lui est « peut-être… montée à la tête ».

Archives : Adam Neumann, au centre, cofondateur et PDG de WeWork, assistant à la cérémonie de la cloche d’ouverture au Nasdaq, à New York, le 16 janvier 2018. (Crédit : AP Photo/Mark Lennihan)

« L’estimation nous a fait croire que nous avions raison ; je pensais que quel que soit la façon dont je dirigeais, c’était correcte à l’époque. Je pense que cela a joué… Je pense vraiment qu’à un certain moment, c’était le cas », a déclaré Neumann, qui a, en partie, grandi dans un kibboutz du sud d’Israël.

Neumann a quitté Israël pour New York après son service militaire et a fondé WeWork en 2010 avec son ami Miguel McKelvey, prenant d’assaut le monde des start-ups tout au long des années 2010, avec des propriétés, des bureaux et d’autres entreprises dans le monde entier. Au sommet de sa popularité, WeWork était une licorne éblouissante et le fondateur de SoftBank, Masayoshi Son, avait ouvertement salué la vision de Neumann.

Dans son interview, Neumann a déclaré que son « style » avait fait passer WeWork d’une petite start-up à une marque reconnaissable, présente dans plus de 100 villes, mais que ce n’était pas ce qui importait au moment de l’entrée en Bourse.

Neumann a déclaré éprouver un « immense regret » pour les employés qui ont perdu leur emploi et pour ceux dont les actions n’avaient plus aucune valeur lorsque l’entreprise a chuté.

L’ancien PDG a déclaré  » Je souhaite dissiper l’idée selon laquelle, alors que la société est passée d’une estimation de 47 milliards de dollars à 9 milliards de dollars, j’ai profité d’une manière ou d’une autre de la chute de la société… c’est complètement faux ».

Neumann a précisé avoir gagné environ 870 millions de dollars en vendant des actions et avoir été payé environ 180 millions de dollars par SoftBank en tant que consultant et pour prendre le contrôle de la société dans le cadre du renflouement.

Neumann a déclaré que le « faux récit » selon lequel il serait devenu milliardaire alors que la société aurait dû faire faillite et que de nombreux employés n’auraient rien eu, était une fausse idée qu’il ne pouvait plus corriger parce qu’il « avait choisi de garder le silence ».

Les bureaux de WeWork, à New York, le jeudi 16 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/Mark Lennihan)

« Lorsque vous rejoignez une start-up, vous prenez un risque », a-t-il déclaré. « J’aurais aimé que cela se passe différemment pour tout le monde, mais le marché a décidé que WeWork valait 9 milliards de dollars. Je pense que WeWork est aujourd’hui en meilleure position qu’à l’époque. »

Neumann a fait l’éloge de la nouvelle direction de WeWork, dirigée par Sandeep Mathrani, un vétéran de l’immobilier qui a été appelé en février 2020 pour redresser l’importante période d’austérité qui a entraîné la suppression de plusieurs milliers d’emplois dans le monde entier et réduit le nombre de locaux.

« L’équipe de direction actuelle a fait un travail incroyable… à travers la pandémie. Ce n’était pas une chose facile », a-t-il déclaré.

Connu à l’origine pour s’adresser aux jeunes freelancers, WeWork s’est davantage tourné vers les entreprises de plus de 500 employés à la recherche de locaux à louer dans les villes.

En réponse à la suggestion d’un membre de l’auditoire que lui et son cofondateur Miguel McKelvey partagent une partie de leur richesse avec les anciens employés de WeWork qui sont retrouvés « sans argent et sans emploi », Neumann a déclaré que le binôme a « énormément » réfléchi à cette question et a pris certaines mesures qu’ils ne sont pas encore prêts à révéler. « Il y a beaucoup à faire mais avec discrétion », a-t-il ajouté.

Adam Neumann, le co-fondateur et PDG de WeWork, participe à la cérémonie de la Bourse de New York au Nasdaq, à New York, le 16 janvier 2018. (Crédit: AP Photo/Mark Lennihan, Dossier)

Neumann a déclaré qu’il investissait désormais, par l’intermédiaire d’un bureau familial, dans des entreprises en phase de démarrage et en fin d’activité, et qu’il s’intéressait aux cryptomonnaies.

Il a été actif dans le domaine de l’investissement en Israël et aux États-Unis, en apportant son soutien à un certain nombre de start-ups israéliennes telles que la plateforme de mobilité et de transport GoToGlobal, et en achetant des biens immobiliers à New York.

L’interview de Neumann a été visionnée plus d’un million de fois et fait l’objet de milliers de commentaires, dont beaucoup qui admirent le charisme naturel de  Neumann et sa capacité à répondre aux questions difficiles deux ans après la débâcle.

En raison du grand intérêt exprimé par les téléspectateurs israéliens, des sous-titres en hébreu ont récemment été ajoutés à la vidéo.

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