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L’Iran frappé d’une résolution à l’AIEA pour son escalade nucléaire

Le texte, déposé par Londres, Paris et Berlin (E3), a été approuvé, avec la voix des États-Unis, initialement réticents par crainte d'envenimer les tensions au Moyen-Orient

Rafael Grossi, directeur-général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, s'exprimant lors de la réunion du Conseil des gouverneurs de l'AIEA, au siège de l'agence à Vienne, le 11 septembre 2023. (Crédit : Alex Halada/AFP)
Rafael Grossi, directeur-général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, s'exprimant lors de la réunion du Conseil des gouverneurs de l'AIEA, au siège de l'agence à Vienne, le 11 septembre 2023. (Crédit : Alex Halada/AFP)

Devant la montée en puissance du programme nucléaire iranien, le Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a adopté mercredi à Vienne une résolution rappelant formellement à l’ordre Téhéran.

L’Iran, qui a promis de riposter, a jugé cette initiative « précipitée et déraisonnable », mettant en garde contre « un effet destructeur » sur le processus diplomatique.

Le texte, déposé par Londres, Paris et Berlin (E3), a été approuvé par 20 pays sur 35, selon trois diplomates interrogés par l’AFP, avec la voix des États-Unis, initialement réticents par crainte d’envenimer les tensions au Moyen-Orient.

La Russie et la Chine ont voté contre, tandis que 12 pays se sont abstenus. Un pays membre, le Paraguay, n’a pas participé. Le détail des résultats du vote est le suivant :

Cette résolution, la première depuis novembre 2022, élargit les griefs reprochés à l’Iran. Elle déplore une nouvelle fois l’absence de « réponses techniques crédibles » concernant la présence de traces d’uranium inexpliquées sur deux sites non déclarés.

« Il est essentiel et urgent » que Téhéran clarifie la situation et fournisse l’accès aux lieux en question, insiste le texte confidentiel obtenu par l’AFP. À ce sujet, « un rapport complet » pourrait être demandé au directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi.

Outre ce dossier qui traîne depuis des années, deux nouveaux points de contentieux font leur apparition.

L’Iran doit « revenir sur le retrait de l’accréditation » de certains de ses inspecteurs les plus expérimentés, et rebrancher « sans délai » les caméras de surveillance, insiste la résolution.

D’une portée symbolique à ce stade, elle vise à accroître la pression sur l’Iran, qui a fortement restreint sa coopération avec l’instance onusienne.

Elle peut être le prélude à une transmission du litige au Conseil de sécurité de l’ONU habilité à prendre des sanctions. En théorie seulement, car deux de ses membres, Moscou et Pékin, se sont nettement rapprochés de Téhéran ces deux dernières années.

Le texte a été modifié après d’intenses négociations avec les Américains, qui s’étaient opposés à une initiative similaire de l’E3 en mars et n’étaient pas favorables à cette nouvelle résolution avant de s’y rallier.

Si la République islamique nie vouloir se doter de la bombe, son programme ne cesse de monter en puissance.

Lors des débats qui se sont ouverts lundi dans la capitale autrichienne, les Européens ont dénoncé des avancées nucléaires « sans précédent pour un État non doté de l’arme atomique », évoquant une situation « alarmante ».

D’autant que « la confiance a été encore plus érodée » par les récentes déclarations publiques de responsables en Iran sur une possible évolution de la doctrine nucléaire vers une vocation militaire assumée.

Selon l’AIEA, l’Iran est le seul pays non doté de l’arme atomique à enrichir l’uranium au niveau de 60 %, proche des 90 % nécessaires pour élaborer une bombe, et à accumuler des stocks toujours plus importants.

« Le Conseil ne peut pas rester inactif alors que l’Iran remet en cause les fondements du régime de non-prolifération et sape la crédibilité du système international des garanties », ont réagi les pays de l’E3 dans un communiqué publié dans la soirée.

Ils espèrent que Téhéran « saisira cette opportunité (….) afin qu’aucune action supplémentaire ne soit nécessaire ».

La République islamique s’est affranchie progressivement des engagements pris dans le cadre de l’accord international de 2015 conclu avec les États-Unis, la Chine, la Russie, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Ce pacte connu sous l’acronyme JCPOA était censé encadrer ses activités atomiques en échange d’une levée des sanctions internationales. Mais il a volé en éclats après le retrait américain décidé en 2018 par le président d’alors, Donald Trump. Des discussions menées à Vienne pour le ranimer ont échoué à l’été 2022.

Dans une déclaration commune citée mercredi par l’agence iranienne Irna, Téhéran, Moscou et Pékin ont appelé « les pays occidentaux à faire preuve de volonté politique et à prendre des mesures » pour permettre un retour au JCPOA.

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