L’Iran fustige l’accord de normalisation Israël-Soudan
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L’Iran fustige l’accord de normalisation Israël-Soudan

Téhéran accuse son ex-allié, Khartoum, d'avoir payé une "rançon" pour sortir de la liste des pays terroristes et de fermer les yeux face aux crimes contre les Palestiniens

Le président américain Donald Trump après avoir terminé un appel téléphonique avec les dirigeants du Soudan et Israël, alors que le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, deuxième à gauche, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, le haut-conseiller à la Maison Blanche Jared Kushner, le conseiller à la sécurité nationale Robert O'Brien et d'autres applaudissent dans le bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 23 octobre 2020. (Crédit :  AP Photo/Alex Brandon)
Le président américain Donald Trump après avoir terminé un appel téléphonique avec les dirigeants du Soudan et Israël, alors que le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, deuxième à gauche, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, le haut-conseiller à la Maison Blanche Jared Kushner, le conseiller à la sécurité nationale Robert O'Brien et d'autres applaudissent dans le bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 23 octobre 2020. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon)

L’Iran a dénoncé samedi l’accord de normalisation conclu entre Israël et le Soudan, disant qu’il résultait d’une « rançon » versée par Khartoum.

Pour sa part, Bahreïn a été le dernier pays arabe à saluer l’annonce de l’accord.

« Payez donc la rançon suffisante, fermez les yeux face aux crimes commis contre les Palestiniens, et vous pourrez alors disparaître de la liste noire dite ‘du terrorisme’, » a écrit le ministère des Affaires étrangères iranien sur Twitter. « La liste est manifestement aussi factice que la lutte menée contre le terrorisme par les Etats-Unis. Honteux ».

Le Soudan avait été un fervent allié de l’Iran jusqu’à 2016, aidant la république islamique à trafiquer des roquettes et autres armements à destination des groupes terroristes palestiniens à Gaza. Ce qui avait amené Israël à frapper de manière répétée les structures militaires soudanaises, selon des informations parues dans les médias étrangers.

Avant l’annonce de l’accord de normalisation, vendredi, le président Donald Trump a signé une dispense permettant d’enlever Khartoum de la liste noire des Etats qui parrainent le terrorisme, une liste qui est établie par le département d’Etat. Le Congrès a dorénavant 45 jours pour approuver cette mesure.

Un Marine américain parle avec un enquêteur du FBI devant l’ambassade quasiment détruite des Etats-Unis dans la capitale de Dar es Salaam, en Tanzanie, après un attentat d’al-Qaida, le 15 août 1998. (Crédit : AP Photo/Brennan Linsley, File)

Au début de la semaine, Trump avait annoncé son intention de signer cette dispense après que le Soudan a tenu sa promesse d’indemniser les victimes américaines d’attentats terroristes passés et leurs familles à hauteur de 335 millions de dollars. Les fonds avaient été transférés dès le lendemain.

Cet argent sera versé aux victimes des attentats à la bombe commis contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie en 1998 par le réseau al-Qaida quand son leader, Oussama Ben Laden, vivait au Soudan.

La présence du Soudan sur la liste des Etats terroristes – aux côtés de l’Iran, de la Corée du nord et de la Syrie – soumettait le pays à des sanctions économiques écrasantes et limitait l’accès de ce pays pauvre aux crédits internationaux.

Un partisan du Hezbollah scande des slogans en brandissant le drapeau de l’organisation terroriste durant une manifestation contre l’intervention américaine dans les affaires du Liban, près de l’ambassade des Etats-Unis à Aukar, au nord-est de Beyrouth, le 10 juin 2020. (Crédit : AP Photo / Hussein Malla)

De plus, un haut-responsable américain a déclaré vendredi que le Soudan s’était engagé à désigner le Hezbollah, groupe terroriste soutenu par l’Iran, comme une organisation terroriste dans le cadre de l’accord conclu avec Israël. Le sujet n’est pas mentionné dans le communiqué conjoint réunissant Israël, le Soudan et les Etats-Unis qui a été émis par la Maison Blanche au sujet de cet accord de normalisation.

Trump a annoncé la conclusion de l’accord entre les deux pays dans la journée de vendredi, à la Maison Blanche, au cours d’un appel téléphonique avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et de hauts-responsables soudanais.

Lors de l’appel, Trump a dit que Téhéran en viendrait, en fin de compte, à signer un accord avec Jérusalem.

Le président américain a prédit que « en fin de compte », l’Iran pourrait potentiellement « devenir membre de toute cette affaire » et monter dans le train du processus de paix.

« J’aimerais aider l’Iran », a-t-il indiqué. « C’est un pays riche qui est devenu un pays pauvre en trois ans. Et j’adorerais le remettre sur les rails », a-t-il continué, soulignant que la république islamique ne pouvait tout simplement pas se permettre de se doter de l’arme nucléaire et qu’elle devait cesser d’appeler à la mort d’Israël. Il a noté que l’Iran souhaitait qu’il perde les élections du mois prochain mais qu’il se tournerait vers Téhéran pour tenter de trouver un accord s’il devait être réélu.

Cet accord avec le Soudan survient après la signature, le mois dernier, d’accords de normalisation entre Israël et les Emirats arabes unis d’un côté, et Bahreïn de l’autre.

Samedi matin, Manama a salué l’annonce de ce nouvel accord conclu entre l’Etat juif et le Soudan.

Sur cette photo d’archive du 15 septembre 2020, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif al-Zayani et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed al-Nahyan posent sur le balcon de la Blue Room pour une photo, à la suite de la signature des accords d’Abraham lors d’une cérémonie sur la pelouse sud de la Maison Blanche à Washington. (AP Photo / Alex Brandon, File)

« Le ministère des Affaires étrangères du royaume du Bahreïn salue l’annonce d’un accord portant sur l’établissement de relations entre la république du Soudan et l’Etat d’Israël, un accord qui a été facilité par les Etats-Unis d’Amérique et qui représente un pas historique supplémentaire vers la paix, la stabilité et la prospérité au Moyen-Orient », a expliqué le ministère dans un communiqué.

Les EAU avaient applaudi, plus tôt dans la matinée, cette normalisation des liens entre les deux pays.

Le ministère émirati des Affaires étrangères avait déclaré que l’accord était « une initiative importante qui permettra de faire avancer la sécurité et la prospérité dans la région », avait commenté l’agence officielle de presse des EAU, WAM.

L’Egypte, le premier pays à avoir signé un accord de paix avec Israël en 1979, a été l’un des quelques pays arabes à saluer publiquement l’accord entre Israël et le Soudan.

« Je me réjouis des efforts conjoints livrés par les Etats-Unis, le Soudan et Israël en vue de la normalisation des relations entre le Soudan et Israël et j’apprécie à leur juste valeur les initiatives visant à renforcer la paix et la stabilité régionales », a écrit sur Twitter le leader égyptien Abdel-Fattah el-Sissi.

L’Arabie saoudite, géante de la région, a pour sa part gardé le silence.

Tout en déclarant officiellement que les relations diplomatiques avec Israël ne seront pas normalisées avant la signature d’un accord de paix internationalement reconnu entre l’Etat juif et les Palestiniens, Ryad a donné son approbation tacite aux accords conclus avec les EAU et Bahreïn et a permis aux avions israéliens d’utiliser l’espace aérien saoudien.

Les autorités palestiniennes ont fustigé l’accord comme cela avait été le cas également de ceux conclus avec les Emirats arabes unis et avec Bahreïn.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas discute avec le président soudanais Omar al-Bashir alors que le ministre des Affaires étrangères de l’Indonésie, à droite, au deuxième rang, observe, lors de la cérémonie d’ouverture du 5ème sommet extraordinaire de l’organisation de la coopération islamique sur le territoire palestinien à Jakarta, le 7 mars 2016 (Crédit : Adek Berry/AFP)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a indiqué « condamner et rejeter » l’accord conclu entre Israël et le Soudan.

« Personne n’a le droit de parler au nom du peuple palestinien et de la cause palestinienne », a affirmé un communiqué émis par le bureau d’Abbas.

Le groupe terroriste du Hamas, à la tête de la bande de Gaza, a aussi condamné l’accord, le qualifiant de « péché politique » qui portera préjudice aux Palestiniens comme aux Soudanais.

L’accord avec le Soudan inclura des aides et des investissements de la part d’Israël, en particulier dans les secteurs des technologies et de l’agriculture, ainsi qu’un nouvel allègement de dettes. Il survient alors que le Soudan et son gouvernement de transition sont au bord du gouffre. Des milliers de personnes ont manifesté dans la capitale du pays, à Khartoum, et dans d’autres régions, ces derniers jours, pour dénoncer les conditions économiques difficiles.

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