L’Iran, la Shoah, ‘Septembre à Shiraz’ – et moi
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L’Iran, la Shoah, ‘Septembre à Shiraz’ – et moi

Le film avec Adrian Brody et Salma Hayek a été descendu par les critiques au Festival du film de Toronto, mais raconte une histoire de persécution qui fait mouche

'Septembres à Shiraz' parle de la lutte d'une famille juive  dans l'Iran d'après 1979. Salma Hayek, au centre, joue la mère de Parviz, à droite  (Jamie Ward) et de Shirin (Ariana Molkara). (Capture d'écran: YouTube)
'Septembres à Shiraz' parle de la lutte d'une famille juive dans l'Iran d'après 1979. Salma Hayek, au centre, joue la mère de Parviz, à droite (Jamie Ward) et de Shirin (Ariana Molkara). (Capture d'écran: YouTube)

JTA – « Septembre à Shiraz » est un film sur une famille juive prospère en Iran rattrapée par la révolution de 1979 qui a renversé le Shah, basé sur le roman de Dalia Sofer du même nom paru en 2007 et qui avait utilisé l’expérience de sa propre famille en tant que matériau source.
 
Lorsque le film a été projeté l’an dernier au Festival international du film de Toronto, les critiques étaient toutes négatives. Un critique l’avait qualifié de «raté décevant ». (Le film va officiellement sortir dans les salles aux Etats Unis le 24 juin)

Pourtant, j’ai voulu aller le voir. J’avais passé un mois en Iran avant la révolution et avais trouvé un pays – à défaut d’être convivial envers les Juifs – au moins tolérant envers les Juifs. J’étais curieux de voir comment suite au changement de régime, les Juifs et ‘l’entité sioniste’ devenus l’ennemi, seraient représentés.

D’ailleurs, je venais de me faire une projection de « Neighbors 2 », et de mon point de vue, tout serait un progrès en comparaison.

Franchement, j’ai trouvé « Septembre à Shiraz » bien meilleur que les critiques initiales, en partie parce qu’il avait touché une corde sensible. La trajectoire des principaux personnages m’a rappelé les quelques histoires que mes parents survivants m’ont raconté de leurs expériences dans la Vienne post-Anschluss. En fait, c’est malheureusement une histoire commune pour tout Juif qui a vécu dans un pays ayant un gouvernement antisémite.

Mais d’abord, revenons à l’Iran du début des années 1970. J’étais rédacteur en chef d’un magazine de l’industrie du voyage, et une association internationale d’aviation tenait son congrès à Téhéran. Nous devions sortir un bulletin d’information quotidien pour les participants, et je fus envoyé pour un voyage préliminaire pour tout organiser.

Adrien Brody interprète dans 'Septembre à Shiraz' le rôle d'Isaac Amin, le patriarche d'une riche famille juive iranienne qui est arrêté par les Gardiens de la  Révolution et interrogé par Mohsen (Alon Aboutboul). (Autorisation: Momentum Pictures / via JTA)
Adrien Brody interprète dans ‘Septembre à Shiraz’ le rôle d’Isaac Amin, le patriarche d’une riche famille juive iranienne qui est arrêté par les Gardiens de la Révolution et interrogé par Mohsen (Alon Aboutboul). (Autorisation: Momentum Pictures / via JTA)

Je ne savais pas à quoi m’attendre. Je savais que les Iraniens étaient Perses, pas Arabes. Je savais que le Shah, Mohammad Reza Pahlavi, était le principal fournisseur de pétrole d’Israël et avait aboli les restrictions sur les religions minoritaires. L’Iran était un pays musulman et j’étais Juif, mais je n’étais pas réellement inquiet à ce sujet – après tout, j’étais un invité du gouvernement. Donc pourquoi m’inquiéter ? L’Iran était un régime totalitaire et tout le monde n’appréciait pas mon sens de l’humour. Je pouvais voir les titres d’ici : « Un journaliste de Travel emprisonné ; Le congrès est donc annulé ».

Heureusement, peut-être parce que le gouvernement était disposé à donner une impression positive à la communauté internationale, tout s’est beaucoup mieux passé que je l’avais prévu. Le ministère avec lequel je travaillais m’a aidé (c’est-à-dire autorisé) à installer un télex pour communiquer avec New York lors du congrès – je rappelle que c’était au début des années 1970 – et a accepté ma promesse que le bulletin n’aurait pas de contenu politique.

Grâce à mes relations professionnelles, j’ai rencontré des Juifs dans des endroits inattendus. L’imprimeur avec lequel je travaillais était Israélien. Mon chauffeur de taxi était Juif. Je l’ai découvert quand il a crié « Oy vey » en rentrant accidentellement dans une fontaine dans la cour de mon hôtel.

Une question semble planer sur le public : pourquoi les Amin n’ont pas quitté l’Iran ?

Mais à l’époque où se déroule « Septembre à Shiraz », les choses avaient changé de façon spectaculaire. On est en 1979 et Isaac Amin, joué par l’acteur primé aux Oscars Adrien Brody, dirige avec sa femme Farnez (Salma Hayek) une prospère entreprise de bijoux ; leur travail a les faveurs de la femme du Shah et de son cercle. Le couple a un fils, Parviz (Jamie Ward), et une fille, Shirin (Ariana Molkara).

Lorsque le film commence, la famille et les amis sont réunis lors d’une fête pour souhaiter bon voyage à Parviz, qui étudie dans un prestigieux établissement de New York. Le seul signe juif à la fête est qu’Isaac termine son toast par un « L’chaim ! »

Mais quelque temps plus tard, les membres de la Garde révolutionnaire bandent les yeux d’Isaac et l’emmènent dans une prison, où il est soumis aux interrogatoires de Mohsen (l’acteur israélien Alon Aboutboul). Isaac est accusé de travailler avec le Mossad et sa femme est soupçonnée de diffuser de la propagande.

« Nos dossiers indiquent que vous avez visité Israël », lui dit Mohsen.

Oui, dit Isaac, mais seulement parce qu’il a de la famille là-bas. Et, oui, sa femme écrit de temps en temps des articles , mais ceux-ci n’ont aucun caractère politique. Cependant, il est torturé – d’abord émotionnellement puis physiquement – mais il n’a rien à avouer.

Malgré le dialogue parfois rempli de clichés – « Je peux sentir votre peur » – la tension monte au fur et à mesure que Mohsen augmente la pression. S’ajoutant au drame, Farnez ne sait pas ce qui est arrivé à son mari ; toutes les tentatives pour en savoir plus sont contrecarrées. Les Gardiens de la Révolution s’introduisent dans sa maison, volent les objets de valeur et détruisent le reste, augmentant encore son sentiment de danger.

Selma Hayek, à droite, interprète dans 'Septembre à Shiraz' le rôle de Farnez Amin, dont le mari (Adrien Brody) est enlevé et torturé par des agents du régime. (Autorisation: Momentum Pictures / via JTA)
Selma Hayek, à droite, interprète dans ‘Septembre à Shiraz’ le rôle de Farnez Amin, dont le mari (Adrien Brody) est enlevé et torturé par des agents du régime. (Autorisation: Momentum Pictures / via JTA)

Les Gardiens de la Révolution ne sont pas les seuls à voler dans la maison des Amin. Quelques années plus tôt, la famille avait pris en charge des gens pauvres vivant dans la rue : Habibeh (Shohreh Aghdashloo née à Teheran, qui joue dans « 24 » et « House of Sand and Fog »), qui travaille chez eux comme femme de chambre, et son fils, Morteza (Anthony Azizi). Malgré la générosité de la famille, Morteza, en utilisant comme excuse la ferveur révolutionnaire, pille le bureau de son employeur.

En fin de compte, Isaac achète sa liberté en vidant son compte en banque. Il utilise des trésors cachés pour financer la fuite de sa famille en Turquie.

Une grande partie de ce film est louable – la performance de Brody, notamment. L’acteur sait bien jouer les Juifs, et avait remporté un Oscar pour son interprétation de Wladislaw Szpilman dans « Le Pianiste » de Roman Polanski. Il a ensuite été nominé pour un Emmy pour le rôle principal dans « Houdini » sur la chaîne History .

Pourtant, je crois comprendre les réactions négatives des critiques. Le metteur en scène Wayne Blair a choisi de concentrer sa caméra sur la famille Amin, nous laissant, comme Farnez, ignorants de l’image globale.

Une question semble planer sur le public : Pourquoi les Amin n’ont pas quitté l’Iran ? Après tout, ils en avaient les moyens ; ils devaient savoir que leur avenir serait sombre. Je présume que cette question évidente – et l’absence d’une réponse dans le film – est ce qui a déplu aux critiques.

Mais je crois bien connaître la réponse : je pense que les Amin, comme tant d’autres, sont restés à cause d’un sentiment profond d’optimisme, la conviction que si vous ne mentionnez pas un problème, il va probablement disparaître.

Comme beaucoup de survivants, mes parents n’ont pas beaucoup parlé de leurs expériences durant la guerre. Bêtement, je ne leur ai jamais posé de questions à ce sujet. Je n’ai pas su à quel point ils étaient déchirés en quittant leur Vienne bien-aimée parce que cela signifiait laisser derrière eux leurs parents – mes grands-parents.

Comme les Amin, mes parents ont passé en contrebande la frontière, pour se rendre en Suisse. Et, comme les Amin, mon père a été arrêté lors de sa première tentative et remis aux autorités, mais un bon fonctionnaire l’a laissé partir.

Finalement, mes parents se sont installés à Bâle et ont trouvé assez d’argent pour faire sortir leurs parents. Mais mes grands-parents ne voulaient pas partir, disant qu’ils étaient vieux et que les nazis les laisseraient tranquilles. Bien sûr, ils ont eu tort – et mes parents ne les ont jamais revus.

Est-ce que mes souvenirs de l’Iran combinés avec l’histoire de ma famille ont influencé mon avis sur le film ? Bien sûr. Dans le générique de fin, on lit que « Septembre à Shiraz » est dédié aux victimes de persécution partout dans le monde.

Faut-il avoir été une victime – ou être lié à une victime – pour apprécier le film, percevoir son intensité ? Probablement pas.

Mais ça aide.

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