L’Iran met à mal les chaînes d’approvisionnement US en frappant des fonderies du Golfe
Les États-Unis importent 60 % de leur aluminium chaque année, ce qui fait craindre que des frappes contre des installations d'aluminium aux Émirats arabes unis et à Bahreïn ne transforment les risques liés à la chaîne d'approvisionnement en réalité
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REUTERS — Avec les attaques qui ont été lancées, ce week-end, à l’encontre des deux plus grandes fonderies d’aluminium du Moyen-Orient, l’Iran s’en est pris aux principaux fournisseurs des États-Unis d’un métal stratégique – la première économie mondiale n’étant pas en mesure d’en produire suffisamment sur son territoire, expliquent des analystes.
Avant ce week-end, les perturbations liées à la guerre avec l’Iran concernaient principalement l’acheminement en aluminium et en matières premières via le détroit d’Ormuz, de facto fermé par Téhéran.
Mais Emirates Global Aluminium a annoncé, dans la journée de samedi, que son site d’Al Taweelah à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis – qui est d’une capacité d’environ 1,5 million de tonnes par an – avait subi des dommages importants suite aux attaques iraniennes. Aluminium Bahrain a indiqué que son usine d’une capacité de 1,6 million de tonnes par an avait été prise pour cible le même jour.
Aucune des deux sociétés n’a depuis fourni de détail sur ses opérations. Mais ces attaques ont brusquement transformé les choses – et l’inquiétude qui portait sur de simples perturbations temporaires du transport maritime s’est mutée en une menace potentiellement plus grave pour la production dans la région.
« Cela change la nature du risque », a écrit Paul Adkins, directeur du cabinet de conseil en aluminium AZ Global, sur LinkedIn.
Les cours de l’aluminium à la Bourse des métaux de Londres ont réagi lundi, bondissant de 6 % à 3 492 dollars la tonne – un niveau proche de leur plus haut niveau en quatre ans.
« Sur ce type de marché, quand vous supprimez soudainement 3 millions de tonnes de capacité, cette dernière ne peut pas être remplacée » fait remarquer de son côté Tom Price, analyste chez Panmure Liberum.
La production nationale américaine éclipsée par celle du Moyen-Orient
L’aluminium — qui est largement utilisé dans l’automobile et l’emballage et qui figure sur la liste des 60 minéraux que le gouvernement américain considère comme critiques — voit désormais les risques liés à la chaîne d’approvisionnement se concrétiser.
Selon l’US Geological Survey, les États-Unis dépendent à 60 % des importations d’aluminium. En 2025, le pays n’a produit que 660 000 tonnes d’aluminium primaire, soit moins de la moitié de la production d’Alba à elle seule.
Sur les 3,4 millions de tonnes d’importations totales d’aluminium primaire des États-Unis l’année dernière, les approvisionnements en provenance du Moyen-Orient représentaient près de 22 %, selon le site d’information Trade Data Monitor.
Les Émirats arabes unis et Bahreïn, qui, par l’intermédiaire de l’EGA et d’Alba, représentent plus des deux tiers de la production d’aluminium de la région du Golfe, étaient respectivement les deuxième et quatrième fournisseurs des États-Unis.
L’Iran a noté que l’EGA et Alba étaient toutes deux liées aux industries militaires américaines, et que ces attaques ont fait suite à des frappes israéliennes contre deux sites sidérurgiques iraniens.
Les analystes restent toutefois sceptiques.
« Il n’y a pas de lien direct avec l’armée américaine, si ce n’est que certains de leurs métaux pourraient finir par être utilisés à des fins militaires après avoir changé de mains et après subi de nombreuses transformations », dit Uday Patel, directeur de recherche senior chez Wood Mackenzie.
Wood Mackenzie estime que l’armée et les industries de défense américaines consomment 450 000 tonnes d’aluminium par an.
Price indique qu’il pense que l’armée américaine s’approvisionne principalement en aluminium au Canada.
Mais si l’armée américaine n’est peut-être pas directement touchée, cela ne signifie pas pour autant que les attaques iraniennes visant la production du Golfe et l’éventuelle aggravation du conflit ne causeront pas de dommages aux États-Unis et à d’autres grandes économies.
« Les tensions commencent déjà à se faire sentir sur les activités industrielles et elles entravent davantage la planification, qui peinait déjà face à un niveau élevé d’incertitude », a écrit Natalie Scott-Gray, analyste chez StoneX, dans une note.
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