L’Iran promet de punir les « mercenaires » derrière la contestation
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L’Iran promet de punir les « mercenaires » derrière la contestation

"Nous avons arrêté tous les larbins et les mercenaires et ils ont avoué clairement qu'ils avaient agi au service de l'Amérique, des Monafeghin et d'autres", a dit Ali Fadavi

Le contre-amiral Ali Fadavi, commandant des Gardiens de la révolution iraniens. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le contre-amiral Ali Fadavi, commandant des Gardiens de la révolution iraniens. (Crédit : capture d'écran YouTube)

L’Iran punira sévèrement les « mercenaires » arrêtés en lien avec la vague de contestation et de violences ayant secoué le pays après une forte hausse de l’essence, a averti dimanche un chef des Gardiens de la Révolution.

La République islamique dit avoir ramené le calme après plusieurs jours de troubles ayant éclaté le 15 novembre, quelques heures après cette annonce surprise de la hausse du prix à la pompe.

Citant des responsables de la police, l’agence Fars, proche des ultraconservateurs, a affirmé dimanche que « 180 meneurs des récentes émeutes ont été identifiés et arrêtés ».

« Notre réponse sera certainement proportionnelle à leur brutalité », a déclaré le contre-amiral Ali Fadavi, commandant en chef adjoint des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, lors d’une conférence de presse à Téhéran.

« Nous avons arrêté tous les larbins et les mercenaires et ils ont avoué clairement qu’ils avaient agi au service de l’Amérique, des Monafeghin et d’autres », a ajouté l’officier général.

« Monafeghin » (« Hypocrites » en persan) est le terme par lequel les responsables de la République islamique qualifient habituellement les Moudjahidine du peuple iranien (MEK), groupe d’opposition en exil responsable de nombreux attentats en Iran au cours de la décennie 1980 et qualifié de secte « terroriste » par Téhéran.

« Nous les avons tous arrêtés, et si Dieu le veut, l’Autorité judiciaire les condamnera au maximum », a encore déclaré l’amiral Fadavi, en marge d’une réunion du Bassidj, corps de volontaires islamistes pouvant agir comme supplétifs des forces de l’ordre.

Les membres du Basij, mouvement paramilitaire de volontaires islamiques, ont pour but d’assurer la sécurité du pays. Fin octobre, Washington et six pays arabes du Golfe avaient sanctionné 21 entités soupçonnées de « fournir un soutien financier au Bassij (…) dépendant des Gardiens de la révolution », avait annoncé le Trésor américain.

Le nombre total des personnes arrêtées pour leur participation à la contestation reste difficile à déterminer. Mardi, le Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme avait parlé de « plus de 1 000 » arrestations.

Revenant sur les troubles, aux cours desquels des stations-service, des commissariats, des mosquées et des bâtiments publics ont été incendiés ou attaqués, le général Salar Abnoosh, haut responsable du Bassidj, les avait qualifiés jeudi de « véritable guerre mondiale contre le système » politique de la République islamique.

Il avait accusé une « coalition du mal » composée de « sionistes, de l’Amérique et de l’Arabie saoudite » d’avoir été à l’origine de la « sédition ». Des responsables des Gardiens ont ajouté les « services de renseignement » britanniques et français à cette liste.

Les autorités iraniennes ont fait état de cinq décès dans ces troubles, mais Amnesty International estime que plus de 100 contestataires auraient été tués.

Le porte-parole de l’Assemblée des experts, instance religieuse chargée de nommer, superviser et le cas échéant démettre, le guide suprême, a appelé pour sa part les autorités à maintenir bloqués les « réseaux étrangers » après le retour d’internet dans le pays, dans une référence apparemment aux réseaux sociaux et/ou télévisions satellitaires étrangers.

Ils « apprennent aux gens à se révolter, à commettre des crimes », a justifié l’ayatollah Ahmad Khatami lors de son prêche du vendredi retransmis à la télévision.

« Les dirigeants iraniens savent qu’un internet libre et ouvert expose leur illégitimité, ils cherchent donc à censurer l’accès à internet pour étouffer les manifestations anti-régime », a affirmé vendredi le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin en annonçant les sanctions contre le ministre des Télécommunications.

L’ambassadeur d’Iran en Grande-Bretagne Hamid Baeidinejad a de son côté annoncé samedi sur Twitter que l’ambassade avait « déposé une plainte » auprès de « l’autorité régulatrice des télécommunications au Royaume-Uni », l’Ofcom, pour dénoncer « le comportement de médias hostiles en langue farsi ».

M. Baeidinejad citait « BBC Farsi, Iran International et Manoto », les accusant de « déformations partiales sur les événements récents en Iran et d’appels à une violence généralisée contre les institutions civiles iraniennes ».

« Notre ambassade a demandé que la loi soit appliquée à ces médias », a-t-il ajouté.

Le bureau des droits de l’Homme des Nations-unies s’est dit alarmé cette semaine par les informations selon lesquelles des balles réelles ont été utilisées par les forces de sécurité pour réprimer les troubles, causant un « nombre important de morts ».

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