L’Iran riposte, affirmant que les US et Israël utilisent une propagande digne de Goebbels
Pour le président du Parlement iranien, les États-Unis peuvent tenter la diplomatie ou subir la colère de l'Iran ; des images satellites montrent que les navires US d'habitude amarrés à Bahreïn ont tous pris la mer

Mercredi, l’Iran a répondu aux pressions exercées par le président américain Donald Trump à la veille des négociations décisives qui se tiendront à Genève sur le programme nucléaire de Téhéran, en comparant les États-Unis et Israël à Joseph Goebbels, le propagandiste nazi.
Ces déclarations faites par deux responsables iraniens, en amont des pourparlers de jeudi, sont intervenues alors que Washington a déployé au Moyen-Orient son plus important contingent d’avions et de navires de guerre depuis des décennies – une démonstration de force qui a eu lieu dans le cadre des efforts livrés par Donald Trump pour décrocher un accord et alors que Téhéran est aux prises avec une contestation croissante au niveau national, suite aux manifestations qui ont secoué le pays le mois dernier.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a balayé les affirmations américaines, les qualifiant de « mensonges éhontés », après que Trump a indiqué, lors de son discours sur l’état de l’Union, que Téhéran développait des missiles capables de frapper les États-Unis.
« Quelles que soient leurs allégations au sujet du programme nucléaire iranien, des missiles balistiques de l’Iran et du nombre de victimes lors des soulèvements de janvier, ce ne sont que des répétitions de ‘mensonges éhontés' », a souligné le porte-parole du ministère, Esmaeil Baqaei, sur X.
« ‘Répétez un mensonge autant de fois que nécessaire et il finira par devenir une vérité’ : tel est le principe qui avait été établi par Joseph Goebbels, le ministre nazi de la Propagande. Un principe qui est désormais systématiquement utilisé par l’administration américaine et par les marchands de guerre qui l’entourent, en particulier par le régime génocidaire d’Israël, pour alimenter leur sinistre campagne de désinformation et de manipulation contre la nation iranienne », a-t-il écrit.
Trump a menacé à plusieurs reprises d’attaquer l’Iran en cas d’échec des négociations, un scénario qui, selon les pays du Moyen-Orient, pourrait conduire à une nouvelle guerre régionale. L’Iran a d’ores et déjà annoncé qu’il considérerait Israël et toutes les bases militaires américaines au Moyen-Orient comme des cibles légitimes.
Par ailleurs, Mohammad Bagher Qalibaf, président du Parlement iranien, a quant à lui déclaré que les États-Unis pouvaient opter pour la diplomatie, ou subir la colère de l’Iran.
« Si vous choisissez la voie diplomatique, une diplomatie respectueuse de la dignité de la nation iranienne et des intérêts mutuels, alors nous serons également présents autour de la table », a affirmé Qalibaf, des propos qui ont été repris par le Student News Network, un média semi-officiel considéré comme proche de la force Basij, qui est composée uniquement de volontaires et qui est rattachée aux Gardiens de la révolution iranienne.
« Mais si vous décidez de reproduire les expériences passées au moyen de tromperies, de mensonges, d’analyses erronées et de fausses informations, et si vous lancez une attaque alors que les négociations sont en cours, vous subirez le courroux de la nation iranienne et des forces armées du pays. »
Des photos satellites prises mardi par Planet Labs PBC ont semblé montrer que les navires américains qui sont normalement basés à Bahreïn, siège de la 5e flotte de la marine américaine, avaient tous pris la mer.
La 5e flotte a transmis nos questions au Commandement central de l’armée américaine, qui n’a pas donné de réponse immédiate. En juin, avant l’attaque de l’Iran contre le Qatar, la 5e flotte avait également envoyé ses navires en mer afin de se protéger contre une éventuelle menace.
Négociations et enjeux
L’Iran et les États-Unis doivent se retrouver jeudi à Genève pour ce qui sera leur troisième cycle de négociations sous la médiation d’Oman, qui assure depuis longtemps le rôle d’interlocuteur entre Téhéran et l’Occident.
Si les discussions échouent, une grande incertitude plane sur le calendrier d’une éventuelle attaque, ainsi que sur sa mission et ses objectifs.
Les objectifs d’une éventuelle action militaire des États-Unis n’ont pas été clairement définis. Si le but est de contraindre l’Iran à faire des concessions dans les négociations sur le nucléaire, rien ne garantit que des frappes limitées seront efficaces. Si l’objectif est de faire tomber les dirigeants iraniens, les États-Unis devront probablement s’engager dans une campagne militaire plus intense et plus longue. Aucun indice public ne laisse présager la suite des événements, notamment la possibilité d’un chaos en Iran.
La situation du programme nucléaire iranien demeure également un mystère. Trump avait précédemment affirmé que les frappes américaines l’avaient « anéanti ». Désormais, le démantèlement de ce qui reste du programme semble à nouveau figurer à l’ordre du jour de l’administration. Les inspecteurs de l’AIEA n’ont pas été autorisés à visiter ces sites et à en vérifier l’état actuel.
Une incertitude plane aussi sur les conséquences d’une éventuelle action militaire sur l’ensemble de la région. Téhéran pourrait mener des représailles contre les pays alliés des États-Unis dans le golfe Persique, ou contre Israël. Les prix du pétrole ont augmenté ces derniers jours, notamment en raison de ces inquiétudes.
En juin, Israël a mené des frappes contre des sites nucléaires et militaires iraniens, affirmant que le régime de Téhéran s’était engagé dans la voie de la production de l’arme atomique. L’Iran a répondu par des attaques de missiles ciblant des sites militaires et des villes israéliens. Les États-Unis, après avoir eux-mêmes bombardé des cibles iraniennes, ont négocié un cessez-le-feu.
Des photos satellites montrent toutefois que l’Iran a commencé à rebâtir ses sites de production de missiles et à entreprendre des travaux dans les trois sites nucléaires frappés par les États-Unis en juin, à la fin de la guerre entre Israël et l’Iran.
L’Iran, qui a juré de détruire Israël, affirme depuis longtemps que son programme nucléaire est purement pacifique. L’Occident et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) soutiennent que l’Iran a mené un programme d’armement nucléaire jusqu’en 2003. Avant les frappes de juin, le pays enrichissait de l’uranium à 60 %, soit à un niveau n’ayant aucune application civile et techniquement très proche des 90 % requis pour la fabrication d’armes nucléaires.







